Autonomie énergétique : des habitants d'un village s'associent pour produire et vendre leur électricité photovoltaïque dans l'Aisne

Sous l'impulsion du maire, à Montigny-en-Arrouaise, 317 âmes dans le nord de l'Aisne, des habitants ont décidé de s'équiper de panneaux photovoltaïques. Regroupés en communauté, ils vont produire de l'électricité dont le surplus sera revendu à d'autres à moindre coût. Ce réseau doit rendre la commune plus autonome en électricité à terme.

Montigny-en-Arrouaise est un village branché en matière d'électricité. Sous l'impulsion de son maire à la fibre écologiste, la commune s'est montrée depuis plusieurs années à la pointe en matière de recours à des concepts énergétiques récents : bornes de rechargement, véhicule municipal électrique, mise à disposition de vélos électriques. Elle n'allait pas s'arrêter là. Désormais, cette localité du nord de l'Aisne s'est engagée dans une démarche dite "d'autoconsommation collective" dont ce serait la première application chez des particuliers dans les Hauts-de-France.

Grâce à ce concept nouveau, les habitants volontaires et la commune vont bientôt produire et consommer de l'électricité solaire pour leurs propres besoins, mais aussi revendre le surplus à d'autres à un prix réduit. L'idée de base, c'est de produire sur place son énergie renouvelable, mais aussi de réduire la facture des participants. À terme, un véritable réseau communautaire devrait se mettre en place autour de cette solution rendue possible par les progrès technologiques.

Les habitants qui le souhaitent vont ainsi équiper leur maison de panneaux photovoltaïques. Le reste est simple. "On ajoute ou on remplace certains équipements chez le producteur et un boitier chez le consommateur. Il peut connaître sa consommation et sa production en temps réel. C'est anonymisé au sein de la communauté", explique Amaury Pachurka, président de la société Sween qui aide la commune dans la mise en œuvre du dispositif en partenariat avec Enedis. "On recrute des membres, on les accompagne dans l'installation, dans les rapports avec Enedis. Nous avons une panoplie d'outils clef en main", complète le dirigeant.

"C'est un peu une aventure"

7 à 8 à habitants prévoient déjà de participer à ce réseau et de faire installer des panneaux solaires. La commune va s'y ajouter en équipant les toitures de quatre de ses bâtiments. Le surplus de la production municipale sera revendu aux habitants.

Pour porter la petite communauté des pionniers, une association baptisée Cemea a été fondée. L'adhésion de 10 euros permet de participer soit en tant que producteur, soit comme simple consommateur de l'électricité produite. Françoise Laminie, une des habitantes, en est la présidente. D'ici à l'été, son domicile devrait être équipé de panneaux photovoltaïques. "Tout ce qui touche à l'écologie m'intéresse. J'ai déjà abandonné le fuel cet hiver, donc produire mon électricité ça m'intéresse. On verra bien. C'est un peu une aventure. On ne sait pas trop où on va tant que ce n'est pas installé. On ne se rend pas bien compte de ce que ça peut apporter. On sent les habitants un peu frileux, mais si ça marche, ça va faire boule de neige", concède l'intéressée.

Diminuer la facture électrique

"C'est assez complexe techniquement", reconnaît le maire Christophe Parent (EELV), mais l'élu voit dans cette démarche innovante un intérêt écologique et aussi financier pour les adhérents. L'électricité devrait leur être revendue pour 14 centimes TTC du kilowatt/heure contre 20 centimes habituellement. "C'est beaucoup moins cher", estime l'élu. Le prix sera fixé par l'association elle-même. "Le but n'est pas de produire beaucoup. On ne sait pas encore combien ça va rapporter, mais on ne prend pas beaucoup de risques. En mutualisant le système, on a fait baisser les coûts de 40 %", estime Christophe Parent.

Le premier magistrat travaille à concrétiser cette idée depuis 2 ou 3 ans. "C'est venu d'une dame à l'entrée du village qui possède une installation photovoltaïque depuis 8 ans et qui n'est pas connectée au réseau, pas utilisée, mais elle a payé. Je trouvais ça injuste, je me disais qu'il fallait que ce qu'elle avait installé profite à quelqu'un". Christophe Parent s'est donc renseigné sur une expérience du même type déjà menée dans le Sud-Ouest. "Moi, je revends de l'électricité photovoltaïque depuis 14 ans. Alors je me suis dit : on la vend, c'est bien, mais la consommer, c'est mieux".

Déjà livrés, dans quelques jours, les panneaux photovoltaïques devraient être montés sur les bâtiments de la commune, sorte de coup d'envoi du projet. Selon Christophe Parent, l'initiative suscite l'intérêt de ses voisins et pourrait bientôt faire école. "Je suis contacté par d'autres villages. Ils voudraient adhérer à la communauté. On a demandé une dérogation pour aller plus loin", confie l'élu.

Jamais à court d'idée, il prévoit également de pouvoir réinjecter dans le réseau d'autoconsommation l'énergie inutilisée dans les périodes de repos du véhicule électrique communal. Il aimerait aussi associer prochainement la production des éoliennes locales à la communauté pour rendre le village encore plus indépendant dans son approvisionnement en électricité, même si pour le maire, il ne sera pas possible de "se passer totalement d'EDF".