Coronavirus : "On ne veut pas risquer notre vie", des salariés d'un équipementier automobile de l'Aisne portent plainte

Les salariés de l’équipementier automobile AML Systems à Hirson dans l'Aisne ont déposé plainte pour mise en danger de la vie d’autrui. Ils estiment que leur sécurité n’est plus assurée dans ce contexte de pandémie de coronavirus.

L'usine AML système à Hirson dans l'Aisne
L'usine AML système à Hirson dans l'Aisne © Google Maps
À Hirson dans l'Aisne, l’usine AML Systems continue de fonctionner malgré le confinement, comme autorisé par le gouvernement. Les cadres sont en télétravail alors que l’atelier continue de fonctionner normalement.
 
Habituellement, 150 personnes se relaient pour produire des correcteurs de phares ou des actionneurs d'éclairage pour l’industrie automobile, mais depuis le début de l’épidémie, près de la moitié des salariés ont déjà exercé leur droit de retrait ou se sont mis en arrêt maladie par peur d’être infectés par le Covid-19.

"C’est notre entreprise, on a besoin d’elle pour nourrir nos familles mais ce n’est pas la mine non plus. Lorsque l’on voit les mesures de confinement appliquées en ville, alors que nous sommes obligés de travailler à 150 dans un atelier, c’est du n’importe quoi ! On ne veut pas risquer notre vie au travail", explique Romain Delhaye, délégué CGT et secrétaire du Comité social et économique d'établissement. "L’entreprise ne veut pas recourir au chômage partiel, et avec nos petits salaires il est très difficile de prendre la décision de s’arrêter". 
 

"La sécurité totale n'existe pas"

Lundi soir dernier, estimant que les mesures de sécurité (commandes de masques anti-projections, mise à disposition de gel hydroalcoolique) n’étaient pas suffisantes, les salariés de l’entreprise, via le CSE, ont décidé de porter plainte pour mise en danger de la vie d’autrui sur les conseils de leur avocat Me Ralph Blindauer. 

"La direction a reçu assez d’avertissements", estime l’avocat qui rappelle qu’une procédure de danger grave et imminent a été mise en œuvre. "La sécurité totale n’existe pas. Quand bien même il y aurait 1% de chance qu’un seul salarié meure on ne peut pas mettre cela en balance avec du chiffre d’affaires. C’est du bon sens."

Est ainsi mentionné dans le dépôt de plainte qu’"aucune raison ne milite dans le maintien d’une activité que l’on ne peut en aucun cas considérer comme essentielle." Les clients français de l’entreprise étant par ailleurs tous fermés. 
 

"La direction ne veut pas perdre la face"

Nous avons tenté de joindre la direction de l’entreprise, sans réussite pour l’instant. 

"On a l’impression qu’ils ne veulent pas perdre la face. Nous sommes dans un groupe chinois, et il faut montrer une image positive de l’usine, estime Romain Delhaye. Ils ne veulent pas être à l’initiative de l’arrêt, ce sera seulement si on les y oblige."

Le parquet de Laon a confirmé avoir reçu la plainte, et devra déterminer si des éléments suffisants existent pour ouvrir une enquête. 

Le Comité Social et Economique de l’entreprise s’est engagé à retirer cette plainte si l’entreprise décide finalement de fermer l’usine.
 
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