Dans l'Aisne, les baignades menacées par le manque de surveillants : "les candidatures pour ces postes ont disparu"

Les surveillants de baignade et maîtres-nageurs font cruellement défaut un peu partout en France. Dans l'Aisne, un certain nombre de structures sont contraintes de limiter l'accès à leurs plages ou leurs piscines par manque de personnel formé. Les collectivités et les acteurs privés se livrent une concurrence sans merci pour recruter les surveillants.

Philippe Courtin, le directeur d'Axo'plage, la base de loisirs du conseil départemental de l'Aisne, respire. Les fortes chaleurs enregistrées, ces derniers jours, ne sont pas en cause. La plage située à Monampteuil non loin de Laon pourra cette année fonctionner normalement assure son responsable. "Nous sommes parvenus à recruter 11 équivalents temps plein pour le mois de juillet et 10 pour le mois d'août". Tous ces salariés sont titulaires du précieux sésame indispensable pour surveiller les baigneurs : le BNSSA (brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique).

L'été dernier avait viré au cauchemar. Le nouvel aqua-park du département avait été contraint de limiter son ouverture à 1 heure 3 jours par semaine par manque de surveillants. Une catastrophe alors que la nouvelle attraction devait attirer le public sur une plage qui peut accueillir jusqu'à 6 000 baigneurs.

Une nouvelle formation pour assurer le bon fonctionnement d'Axo-plage

Pour ne pas gâcher cette nouvelle saison, les responsables ont décidé d'anticiper et de faire jouer les réseaux. "Nous sommes notamment passés par le SDIS (service départemental d'incendie et de secours) pour nous permettre d'avoir la réserve humaine. Le recrutement a été local, le surveillant le plus éloigné vient de l'Eure, nous assurons son hébergement", explique Philippe Courtin.

Le directeur d'Axo'plage ne nie pas les difficultés rencontrées, les désistements de dernière minute qui peuvent tout remettre en question. Pour pérenniser le recrutement, il indique qu'une formation doit être mise en place à Laon. "Une dizaine de candidats au BNSSA pourront être accompagnés. Cette formation sera couplée avec la préparation au brevet d'État jeunesse éducation physique et sportive". Tout devrait être prêt pour l'été 2023.

À Villers-Cotterêts, un seul bassin est ouvert

La pénurie de surveillants de baignade et maîtres-nageurs ne se limite pas à Axo'plage. À Villers-Cotterêts, la piscine gérée par la communauté de communes a la chance de bénéficier d'un bassin extérieur en plus de celui qui est couvert. Laurent Duchêne, le directeur des ressources humaines, explique que la collectivité a renoncé à ouvrir les deux simultanément. Si l'augmentation des coûts a joué son rôle dans cette décision, elle était de toute façon rendue inévitable par le manque de personnel qualifié.

Nous avons quatre titulaires, l'été avec les congés, nous ne pouvons pas organiser le roulement nécessaire pour la surveillance des deux bassins. Depuis quelques années, les candidatures de saisonniers pour ces postes ont disparu.

Laurent Duchêne

Directeur des ressources humaines, communauté de communes Retz-en-Valois

Un constat que rejoint le directeur de la base urbaine de loisirs, la bulle de Saint-Quentin. Rudi Foucaut confie qui lui manque encore à ce jour deux équivalents temps plein pour sa saison estivale. En manque de personnel saisonnier, le directeur de la structure n'a pas hésité à se rendre à la piscine Jean Bouin où se déroule l'examen pour débaucher de nouveaux diplômés. Cela n'a pas suffi. "Je me suis rendu directement à la piscine où avait lieu l'examen du BNSSA pour recruter sur place des surveillants. J'ai eu la surprise d'y croiser d'autres directeurs qui avaient eu la même idée", rapporte-t-il.

Moins de jeunes volontaires pour un examen plus exigeant

Michel Chauderlier dirige un centre de formation à Saint-Quentin affilié à la fédération nationale des métiers de la nature et du sport. Il reconnaît que les candidats au BNSSA sont moins nombreux qu'il y a quelques années. "Il faut avoir la disponibilité nécessaire. La formation dure 6 mois à raison de 3 séances par semaine."

Son centre de formation délivre bon an mal an environ 6 BNSSA par an. "Mais d'autres centres de formation existent dans l'Aisne, notamment à Soissons et un autre également à Saint-Quentin". Les brevetés ont l'embarras du choix.

Michel Chauderlier admet en creux que les récipiendaires font évidemment jouer la concurrence. Le salaire, la qualité de l'ambiance de travail, la proximité géographique et les garanties du contrat de travail sont déterminants. Le formateur reconnaît avoir un lien privilégié avec la base nautique de la Frette à Tergnier où il oriente de préférence ses élèves.

La base nautique de la Frette une exception dans l'Aisne

Franck Thiebaut, le directeur de la base nautique confirme n'avoir aucun souci de recrutement. "Nous aurions pu recruter cette année deux équipes de titulaires du BNSSA, nos conditions sont sans doute plus avantageuses et les jeunes savent qu'ils trouveront chez nous une ambiance agréable".

Jusqu'à 3 000 personnes peuvent venir se baigner à La Frette de 10 heures à 20 heures. L'équipe revendique son succès et met en avant également un réseau qui lui permet d'anticiper avec bonheur sa saison. Un coin de ciel bleu dans le marasme ambiant.

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