Déserts médicaux : des hôpitaux prennent des initiatives face à la pénurie de médecins dans l'Aisne

Face aux difficultés de plus en plus criantes pour se faire soigner dans certains secteurs, des initiatives émergent pour répondre aux besoins des patients. Dans l'Aisne, certains hôpitaux viennent de lancer des services innovants. Des initiatives nées généralement de dynamiques locales.

Depuis le début du mois, chaque mardi, il est désormais possible de venir consulter un généraliste sans rendez-vous au centre hospitalier d'Hirson. Une aubaine pour les patients du secteur qui peinent souvent à trouver un médecin.

Désormais, de 9h à 17h, le docteur Jean-Claude Natteau consulte non stop dans son cabinet installé dans l'hôpital. Un succès : au moins 40 consultations par jour et il pourrait y en avoir bien plus. Le praticien est un des médecins de l'établissement, à la fois urgentiste et généraliste. À 57 ans, cette figure médicale locale est bien connue pour son dévouement au service de la Thiérache. Cette activité supplémentaire vient encore s'ajouter à l'agenda déjà saturé de ce praticien, mais celui-ci explique le faire par "conviction" et sens du devoir. "Je suis seul pour le moment, mais ma réaction a été de nature humaine face à l'urgence", raconte le docteur Natteau.

Aggravation de la pénurie

Si ces consultations ont été lancées par l'hôpital en lien avec la municipalité et les généralistes du secteur, c'est que la situation s'est encore aggravée localement sur le front de la pénurie médicale.

Le décès récent d'un généraliste avec une énorme patientèle, le départ à la retraite de deux autres ont amené beaucoup de patients à se trouver "en déshérence", raconte le docteur Natteau. "Cela a sérieusement compliqué la situation dans le canton. C'est une certitude, la pénurie s'est aggravée. Et cela se ressent sur les sollicitations aux urgences de l'hôpital d'Hirson. Sans parler 'des patients qui n'osent pas déranger' et ne se soignent pas", déplore le médecin.

Il fallait agir et il a donc été décidé d'organiser cette nouvelle possibilité de consultations pour répondre aux besoins. Quelques aménagements réalisés au sein de l'hôpital et l'installation de logiciels informatiques ont suffi à rendre l'idée opérationnelle. "Il ne s'agit pas de piquer des patients aux généralistes locaux, mais de répondre à un besoin urgent", précise le Dr Natteau. 

Malgré la surcharge de travail, le praticien voit dans cette initiative "la satisfaction personnelle de répondre à ma vocation de médecin". Mais si la démarche est louable, suffit-elle à compenser la faiblesse de la présence médicale dans le secteur ? "On est un peu démunis. Les confrères se battent mais ça ne suffira jamais", concède le médecin. "Les prises en charge restent bien sûr extrêmement préoccupantes dans notre pays. La santé, c'est le problème de tous. Personne n'est à l'abri", ajoute le Dr Natteau.

Des médecins spécialistes à la rencontre des habitants

À l'autre extrémité du département de l'Aisne. Un même problème, une même volonté d'agir, mais une autre approche. Depuis le 16 décembre dernier à Oulchy-le-Château, bourgade rurale de 800 habitants à mi chemin entre Soissons et Château-Thierry, ce sont désormais des spécialistes qui viennent à la rencontre des habitants.

Une fois par mois, ou une fois par semaine pour l'ophtalmologiste, un urologue, deux chirurgiens ou une sage-femme accueillent dorénavant les patients. Ils s'installent dans le bureau voisin de celui d'un des deux médecins généralistes de la commune. Le cabinet est situé juste en face de la pharmacie.

Les rendez-vous se prennent sur internet avec l'aide de la Maison France service pour ceux qui éprouvent des difficultés. Les praticiens sont salariés du centre hospitalier de Château-Thierry à 25 kilomètres. Ils acceptent de faire le déplacement pour l'occasion.

Un service baptisé "consultation avancées" avant-gardiste à l'échelle du pays et totalement inédit dans la commune car jusqu'ici c'est le patient qui devait se déplacer chez le spécialiste. "À part des infirmiers ou un kiné, il n'y avait pas de spécialiste ici", indique Hervé Muzart, le président de la communauté de communes.

"Les délais de prise de rendez-vous sont tombés de 6 mois à 2 semaines"

"L'idée était celle d'un hôpital qui ne se ferme pas, qui soit ouvert sur son territoire et son bassin de vie", explique le docteur Michel Fiani, président de la commission médicale d'établissement du Centre hospitalier de Château-Thierry. "Je remercie mes collègues d'accepter de prendre leur voiture et de faire des kilomètres. C'est rare aujourd'hui d'avoir cette fibre citoyenne". De quoi éviter une "fuite" des patients du secteur pour aller consulter à Reims par exemple.

Le concept entend s'appuyer sur les médecins généralistes locaux. "Là où il y a des maisons de santé, on va travailler avec elles en amenant des spécialistes. Il est important de connaître le médecin traitant pour mettre en place des parcours de soins, de mailler notre territoire avec des médecins généralistes", détaille Michel Fiani.

Pour plus d'efficacité, tout est relié par informatique à l'hôpital de Château-Thierry, mais parfois un appel direct entre le généraliste et le spécialiste suffit. En tout cas, l'impact est réel et rapide pour le public estiment les promoteurs du concept. "Pour l'ophtalmologie, les délais de prise de rendez-vous sont tombés de 6 mois à 2 semaines", se réjouit le Dr Fiani. 

Les premiers pas de cette démarche ont été accomplis en 2018 à Montmirail dans la Marne, dans l'orbite de l'hôpital de Château-Thierry, puis plus récemment dans l'Aisne à Fère-en-Tardenois. L'idée continue donc de se déployer. "Chacun apporte sa pierre à l'édifice pour combattre les déserts médicaux" se félicite Michel Fiani.

Un service très apprécié

La communauté de communes d'Oulchy-le-Château a soutenu l'idée matériellement. Tout a débuté par l'arrivée d'un nouveau médecin généraliste. La collectivité a aménagé pour cela des locaux, elle a acheté l'équipement d'ophtalmologie. "Comme il y avait un deuxième bureau, cela s'est fait tout naturellement avec l'hôpital de Château-Thierry", raconte son président Hervé Muzart.

"Il est très très apprécié de la population d'avoir des consultations à proximité. En milieu rural, beaucoup de personnes ne peuvent pas se déplacer. Les délais sont longs pour avoir un rendez-vous, affirme l'élu. En plus, notre médecin fait venir des stagiaires internes pour compléter leurs études. Nous espérons qu'ils vont rester sur le secteur. Pour le moment, ça nous a bien réussi".

Le point commun à ces initiatives semble d'être issues de volontés et de dynamiques locales. Si elles permettent de soulager les patients en apportant un service indéniable, elles font malheureusement encore figure d'oasis dans l'immensité de nos déserts médicaux.

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