"Ils mettent la vie de nos enfants en danger" : moisissures, fissures, électricité défaillante, des locataires de HLM envahissent une agence Clésence

Ils étaient une vingtaine, déterminés à obtenir des réponses, à faire intrusion dans l'agence Action Logement de Soissons. Locataires du bailleur social Clésence, ils dénoncent leurs immeubles insalubres et l'inaction de l'agence.

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Quotidiennement, Cédric Miel, habitant des immeubles de Presle à Soissons, suit le même rituel dans sa chambre aux murs bleu roi. "Tous les matins, je suis obligé d'ouvrir pendant au moins trois, quatre heures, de nettoyer, car l'odeur est importante le matin. Ça a commencé le premier hiver où je suis arrivé et là, ça fait vraiment deux ans que ça ressort beaucoup."

"Ça", ce sont les moisissures multicolores qui couvrent le mur à quelques centimètres de sa tête de lit. "Le mur est toujours trempé. J'ai contacté Clésence à plusieurs reprises, ils me disent que c'est parce que je n'aère pas. Ils trouvent toujours des excuses. J'ai acheté de l'eau de javel, du produit anti-moisissure. À chaque fois, ça revient." Cela fait sept ans que le jeune homme habite cet endroit, sept ans que le problème n'est pas réglé.

La visite continue au rez-de-chaussée de l'immeuble. Dans les parties communes, l'électricité est en panne, l'ascenseur ne fonctionne pas. "Dès qu'il pleut, ça n'arrête pas de disjoncter, continue Cédric Miel. Donc, une dizaine de fois par jour, je suis obligé de descendre pour remettre l'électricité. L'électricité fonctionne puis au bout de cinq, dix minutes, ça disjoncte à nouveau. Je les appelle depuis le mois de novembre pour dire que ça fait ça, ça ne bouge pas non plus." Clésence aurait envoyé un électricien, mais la situation n'a pas évolué.

"Ce matin, c'était ce ras-le-bol"

Cédric Miel s'est donc joint à la vingtaine de personnes qui ont fait irruption dans l'agence Action Logement de Soissons, dans la matinée du 22 février.

"Entre les moisissures, l'électricité, tous les problèmes que ça engendre, ça commence à faire gros sur la patate. Rien ne bouge, regrette Cédric Miel. Ce matin, c'était ce ras-le-bol. Dans mon immeuble, on est beaucoup. Dans ceux d'à côté aussi, beaucoup de monde est embêté avec la moisissure. Clésence n'agit pas donc on ne sait plus vraiment que faire."

"C'est très triste, on paie des loyers tous les mois, c'est un ras-le-bol quotidien, entre la moisissure, les fissures et tout ce qui s'ensuit. Je leur ai dit qu'ils mettaient la vie de nos enfants en danger, abonde Julie, également locataire de Clésence. J'ai une petite de 2 ans qui est déclarée asthmatique en raison de la moisissure de sa chambre."

"Déjà, ils nous ont écoutés, c'est pas mal"

Quatre locataires ont été reçus par le responsable de l'agence. "Ils ont répondu à nos questions. J'espère que ça va bouger, souffle Chloé, locataire mobilisée. Ça fait quatre ans que j'étais chez Clésence, mais avec ces problèmes de moisissure, je dois déménager. C'est vraiment dommage."

Malgré la maladie de sa fille, Julie compte rester et se battre. "On espère avoir la victoire, déjà, ils nous ont écoutés, c'est pas mal. Ils doivent nous recontacter la semaine prochaine, on verra, sinon on reviendra."

"On verra bien ce qu'ils vont vraiment faire, on attend, lance Cédric. C'est la première fois qu'on fait ça. On a mobilisé un maximum de personnes pour être un minimum entendu. Quand on y va seuls, ils nous reçoivent, mais ils s'en fichent un peu. À plusieurs, j'espère que ça va bouger."

Une réponse d'attente

Du côté de l'agence Action Logement, le responsable de la gestion locative pour Clésence, François Guilleminot, plaide l'ignorance de ces problèmes : "les informations nous ont été remontées aujourd'hui, on va voir point par point ce qu'on peut traiter. Certains problèmes peuvent être vite réglés, d'autres vont nécessiter un peu plus de temps."

Il reconnaît tout de même un manque de réactivité. "Le premier volet, c'est d'apporter plus d'informations en amont à nos locataires. Dans le traitement des sollicitations, il nous faut être plus réactifs, admet-il. On est en lien avec nos prestataires, on travaille avec eux pour raccourcir les délais d'intervention."

Pour ce qui est des moisissures, "nous avons un plan d'éradication des passoires thermiques. On réhabilite en priorité ces logements", assure-t-il. Mais aucune date d'intervention n'est communiquée à l'issue de la rencontre.

"Pour l'électricité des appartements, c'est dans le cadre de la réhabilitation de l'isolation des HLM, ils referont tout en même temps, donc on a le temps d'attendre", traduit Chloé aux locataires restés devant l'agence pendant la rencontre.

Quelques actions prévues

"Pour le chauffage, ils vont régler ça rapidement, ajoute Chloé, car ils se sont aperçus qu'il y a bien une panne de chauffage dans notre secteur." Les locataires présents rient jaune. Le sujet est visiblement sensible. "Pour les balcons fissurés, ils vont voir ça en urgence. Si, d'ici à la semaine prochaine, je n'ai pas de nouvelles, je les harcèlerai", promet la jeune femme.

Les locataires demandent aussi l'enterrement des poubelles qui attireraient les rats, une intervention devrait être réalisée dans les deux ans. Quant aux problèmes d'électricité récurrents, Clésence assure que leur nouveau prestataire Engie home services interviendra dès qu'il aura recruté le personnel suffisant. "On espère que ça va changer les choses. S'il le faut, on reviendra. On reste soudés", conclut Chloé.

Que dit la loi ? 

Un bailleur a l'obligation légale de louer un logement décent, d'après l'article 1719 du Code civil. Cette obligation inclut également l'entretien des lieux. Le site du gouvernement précise que cette décence du logement implique que "les menuiseries extérieures et la couverture avec ses raccords et accessoires assurent la protection contre les infiltrations d'eau dans l'habitation."

Il mentionne aussi que "les réseaux et branchements d'électricité et de gaz sont conformes aux normes de sécurité et sont en bon état d'usage et de fonctionnement." Idem pour "les équipements de chauffage et de production d'eau chaude". 

Si un logement est indécent, le locataire a des recours. Il doit commencer par notifier par écrit les signes de non-décence au propriétaire. Si le propriétaire accepte de reconnaitre ces signes, il doit renvoyer par écrit, en recommandé avec accusé de réception, la liste des travaux de mise en conformité qu'il compte réaliser ainsi que leurs délais et envoyer le tout à son locataire. 

Si le propriétaire refuse de reconnaitre la non-décence du logement, le locataire doit le mettre en demeure de réaliser les travaux, par lettre recommandée avec accusé de réception. 

Si la mise en demeure reste lettre morte pendant plus de deux mois, les locataires peuvent saisir la greffe du tribunal. C'est alors un juge qui tranchera l'affaire et pourra décider des travaux à faire, ainsi que de réduction ou suspensions de loyers éventuelles. 

Le locataire peut aussi faire appel à la commission départementale de conciliation, dans l'espoir de régler la situation à l'amiable. 

Si un arrêté d'insalubrité est pris et que le bailleur continue à percevoir des loyers après l'arrêté, il risque 100 000 € d'amende et trois ans d'emprisonnement.