Le Démocrate de l’Aisne, journal centenaire et dernier titre imprimé au plomb d'Europe, classé monument historique

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Écrit par Rémi Vivenot et Justine Saint-Sevin

C’est une sacrée victoire pour les défenseurs d’un journal à la situation toujours très précaire. En décrochant la classification de monument historique, le Démocrate de l’Aisne devrait permettre d’assurer son avenir.

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C’est un soulagement. Le parfum de l’encre et le cliquetis des rotatives et de la linotype datée de 1927 ne devraient pas s’arrêter de sitôt à Vervins. Suspendue pour la première fois de son histoire pendant la pandémie de Covid-19, la publication du Démocrate de l’Aisne, a eu un temps son avenir en suspens. L’entrée du journal fondé en 1906 dans le cercle des monuments historiques devrait changer durablement la donne d’un titre dont la parution tenait souvent du sacerdoce.

Le quotidien de Cécile ne va pas subir un immense changement, à ce détail près que c’est désormais un monument historique qu’elle fait revivre chaque jour. Dernière arrivée dans l’équipe du titre, elle joue en tant que linotypiste, un rôle crucial dans la vie du journal : c’est elle qui coule au plomb les caractères permettant de perpétuer l’impression du journal.

Ce serait tellement dommage qu'il disparaisse. On dit que c’est le dernier journal imprimé au plomb d’Europe, mais c’est potentiellement le dernier du monde entier.

Cécile, Linotypiste au Démocrate de l’Aisne

à France 3 Picardie

Un nouveau chapitre à écrire

Alors forcément, l’annonce de classification au monument historique partagée à l’équipe vendredi, a flanqué de francs sourires sur les visages. "Ça me paraît tout à fait légitime puisque c’est un outil de travail qu’il faut préserver. Même le patrimoine industriel, tel qu’une imprimerie, est important", se réjouit Bénédicte Alexandre, membre de l’association du Démocrate. "Je me battais pour cette classification depuis des années. Étant l’arrière-petit-fils du co-fondateur du Démocrate, je me faisais un point d’honneur de classer cette institution", abonde Eric Potentier.

Cette décision, ouvrant la porte à des aides, notamment pour la maintenance de ces machines bien particulières et qui nécessitent une expertise toute aussi spécifique, a fait souffler un vent d’espoir dans le collectif. "Le fait d’être classé, ça va nous permettre déjà d’avoir un peu de subventions, donc d’alléger notre coût d’entretien des machines. Aujourd’hui, on a 7, 8 machines qui ne sont plus véritablement en entretien et qui vont pouvoir être remises en état de marche", détaille le président de l’association, Dominique Pierru.

Cette reconnaissance pourrait aussi aider à convaincre des mécènes de financer une nouvelle page de la vie journal. Le président espère notamment pouvoir créer une galerie d’accueil pour ses visiteurs. En attendant, le journal va pouvoir continuer à recenser les événements de la Thiérache.