Le village de Levergies totalement évacué pour le déminage de 27 tonnes d'obus et de 1500 munitions de la Grande Guerre

En juin 2021, un stockage de munitions potentiellement explosives datant de la Première Guerre mondiale avait été découvert dans un champ de Levergies dans l’Aisne. Les démineurs ont commencé leur travail dans un village évacué pour l’occasion.

C'est une journée un peu particulière qui débute mardi 12 octobre à Levergie dans l'Aisne. Dans le car qui les amène vers le collège de Fresnoy-le-Grand, les 98 écoliers ne semblent pas perturbés par la situation. Pourtant, les opérations de déminage ont débuté afin d'évacuer les 27 tonnes d'obus et les 1 500 munitions découvertes aux portes du village en juin dernier.

"C'est assez exceptionnel, mais on comprend tout à fait. On doit s'adapter et faire en sorte que tout se passe bien pour nos enfants", nous confie une maman. "On est préparés, les institutrices ont vraiment bien travaillé auprès des enfants par rapport à cette semaine, ils ont très bien compris ce qu'il se passait. Après, ce qui change de d'habitude, ce sont toutes ces caméras de télévision", sourit une autre maman. 

Pour les quatre prochains jours, les habitants vont devoir composer avec une nouvelle organisation. Les personnes âgées de la commune sont hébergées à l'Ehpad de Bohain-en-Vermandois. Pierre-Yves et Angélique, eux, ont bouclé leurs valises lundi 11 octobre au soir pour aller se réfugier à quelques kilomètres de chez eux. "On n'a pas le choix, on part une semaine", nous confie-t-elle. S'ils préfèrent vivre ailleurs quelques jours, la majorité des 500 habitants du village a prévu de rentrer chez elle le soir. Le village est de nouveau accessible aux résidents à partir de 16h30. Ceux-ci devront évacuer à nouveau le lendemain matin et ainsi de suite jusqu'à vendredi. 

"On tombe environ tous les dix ans sur un gros dépôt comme celui-là"

Les opérations de déminage ont lieu dans le champ où ont été découverts les 27 tonnes d'obus de la Première Guerre mondiale. "L’enjeu, c’est d’enlever les obus en toute sécurité et que les personnes ne soient pas impactées par une éventuelle explosion", explique le maire de Levergies, Bernard Nuttens.

Hindenburg, du nom de la ligne de défense des Allemands lors de la Première Guerre mondiale, étant voisine du village, les habitants sont quelque peu habitués à ce genre de découverte. Malgré tout, le maire de la commune a dû faire preuve de pédagogie pour répondre aux interrogations et apaiser les inquiétudes. "Depuis que j’ai l’âge de 5 ans, on ramasse des obus dans les champs. Mon père était agriculteur. Quand on en trouvait, on les ramassait, on les stockait au fond de la cour et une fois de temps en temps les démineurs venaient les chercher. Donc ça ne nous inquiète pas spécialement", affirme-t-il.

Ce sont des fouilles pyrotechniques réalisées pour trouver des engins de guerre avant l'agrandissement d'une route destinée à accueillir des convois éoliens qui ont révélé ce trésor historique. Pour le premier jour de chantier, il n’est pas question de toucher aux plus de 1 500 munitions présentes. Les 25 démineurs mobilisés se contentent "d’une mise à jour (...) : on enlève la terre recouvrant provisoirement les obus avant le réel début des opérations", explique le commandant du centre de déminage de Laon, Gilles Soreau.

"C’est une opération exceptionnelle parce qu’on tombe environ tous les dix ans sur un gros dépôt comme celui-là. Pour le moment, on se contente de la terre autour, ensuite ça sera plus risqué notamment quand on entrera dans le cadeau. On peut tomber sur une surprise", indique-t-il. 

Soixante gendarmes sont présents tout au long de l'opération, avec l'appui de trois drones, afin de surveiller le village de Levergies de jour comme de nuit.

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