"On va faire au mieux" : trois semaines pour organiser des élections législatives, l'annonce qui prend de court les communes

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Alors que le scrutin des Européennes vient de s'achever, la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron entraîne l'organisation de deux autres dimanches de vote pour les législatives. Un enchaînement difficile à suivre pour les petites communes. D'autant que le délai de trois semaines avant le premier tour est très court. Un nouveau scrutin qui, pour certains élus, tombe mal.

"Que voulez-vous que je vous dise ? On va faire au mieux..." Yann Painvin était déjà dépité de la tournure qu'avait prise la campagne des Européennes. 38 panneaux électoraux à installer dans sa petite commune de 150 habitants, ça avait un peu découragé monsieur le maire de Lugny dans l'Aisne.

Alors l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale et d'un nouveau scrutin trois semaines après le dernier a fini de le désabuser. Au téléphone, on ne le sent même pas exaspéré. Mais plutôt fatigué et démoralisé. Voire sonné.

L'organisation des Européennes a déjà demandé beaucoup d'investissement en temps pour les élus. Et d'ici à lundi 17 juin, date de l'ouverture de la campagne électorale officielle, il va falloir tout recommencer. "Remarquez, les panneaux électoraux sont déjà installés !", tente-t-on d'ironiser. Mais sans grande réussite. "Oui", répond laconiquement Yann Painvin. On devait les démonter. Mais pour le moment, on les laisse. On verra combien on doit en garder en fonction du nombre de candidats", indique-t-il. Sur le sujet, monsieur le maire n'a pas vraiment envie de rire, même jaune.

Un délai d'organisation très (trop ?) court

Et le casse-tête de la tenue du seul et unique bureau de vote va lui aussi recommencer. Avec un bureau de vote ouvert de 8h à 18h, Yann Painvin a besoin au minimum de trois fois quatre personnes pour tenir les rôles de président de bureau, de secrétaire de bureau et d'assesseurs. "C'est toujours un peu compliqué dans les petites communes. Il faut que les élus soient disponibles pour tenir les bureaux de vote, explique-t-il sans beaucoup de conviction. En plus, fin juin, c'est le moment des mariages, des baptêmes. Tout le monde ne va pas être disponible".

À quelques kilomètres de là, à Aubenton, Bernard Gréhant, lui, sourit un peu plus de la situation. On retente la petite blague sur les panneaux électoraux déjà installés qui, cette fois, fait mouche : "Oui ! On en enlèvera quand même quelques-uns parce que ça m’étonnerait qu’il y ait 38 candidats ! Enfin, j'espère !"

On va se débrouiller. C’est comme ça. On fait avec. Il n’y a rien à dire là-dessus. On s’aligne et puis c’est tout.

Bernard Gréhant, maire (SE) d'Aubenton

Lui aussi avait été éprouvé par l'organisation des Européennes. Alors si la perspective d'un nouveau scrutin dès le 30 juin ne le réjouit pas, loin de là, elle le rend fataliste, même s'il reconnaît qu'"on se serait bien passés de ça. On est pris de court. Le délai est évidemment extrêmement court. Ça va nous obliger à modifier quelques plans. On va se débrouiller. C’est comme ça. On fait avec. Il n’y a rien à dire là-dessus. On s’aligne et puis c’est tout."

Partout, le casse-tête des assesseurs

Bernard Gréhant s'interroge quand même sur l'enchaînement des évènements. Monsieur le maire estime que "le choix le plus serein" aurait été que la dissolution intervienne après les vacances parlementaires et les JO. "Les conséquences de cette décision sur le plan de la logistique, c’est que ça va être un peu plus compliqué, mais ça n’est pas infaisable. On n'a qu’un seul jour bureau. Dans une petite commune, ce sont les conseillers municipaux qui sont présents pour être assesseurs. Ils jouent bien le jeu. Il suffit ensuite d’avoir quelques volontaires en plus. C’est que ça va être un peu plus compliqué, mais ça n’est pas infaisable. Mais ça va aller. Ça va aller…", termine-t-il, un sourire dans la voix.

On a 34 bureaux de vote à Beauvais. Donc il me faut minimum 68 assesseurs, 34 présidents et 34 secrétaires

Samira Moula, directrice adjointe des services - Mairie de Beauvais

À Beauvais, autre ambiance. Samira Moula est déjà sur le pont. La directrice générale adjointe des services à la mairie attend la publication au Journal officiel en fin de semaine des noms et surtout du nombre de candidats pour savoir combien de panneaux électoraux vont devoir rester en place. Mais les urnes sont déjà vidées de "la paperasse des Européennes pour qu'elles soient nettoyées".

Et la composition des bureaux de vote est, elle aussi, déjà à l'étude. Il ne lui faudra pas trop de trois semaines pour remobiliser du monde pour le scrutin du premier tour des législatives, le 30 juin : "on a 35 bureaux de vote à Beauvais dont un dérogatoire pour les détenus. Pour ouvrir un bureau de vote, il faut un président, un secrétaire et deux assesseurs. Donc il me faut minimum 68 assesseurs, 34 présidents et 34 secrétaires. C’est toujours un peu tendu, mais on y arrive toujours", explique-t-elle.

À la question de savoir si elle a bien conscience de l'ampleur de la tâche alors même que le deuxième tour tombe le premier week-end des vacances d'été, Samira Moula préfère rire de la difficulté : "je sais ! Je sais ! Je suis d'accord avec vous ! Mais je me dis que tout le monde ne part pas le premier week-end et que des aoûtiens seront disponibles !"

Un scrutin qui tombe au mauvais moment

Si elle reconnaît que le délai d'organisation est court, elle avoue qu'un scrutin à organiser, ça a un coût pour une municipalité, alors deux de suite, encore plus. "C’est beaucoup d’heures pour nos services techniques : l’installation des panneaux, le nettoyage pour rendre les locaux dès le lendemain aux écoles puisque beaucoup de bureaux de vote dont dans des écoles, énumère-t-elle. Là, pour le coup, le second tour, c’est les vacances scolaires. Donc on pourra attendre un peu pour remettre en état les salles. Mais c'est évident que ça génère des heures supplémentaires. Là, deux scrutins de suite, ça va me générer des heures sup, c’est sûr. Heureusement qu'on a une subvention de l’État pour compenser le coût de l’organisation d’un scrutin qui est proportionnel à la taille de la commune". À savoir 44,73 € par bureau de vote par tour de scrutin et 0,10 € par électeur inscrit sur les listes électorales.

On devait commencer les travaux dans la mairie fin juin. Est-ce qu'on reporte ? Franchement, je ne sais pas.

Yann Painvin, maire (SE) de Lugny

Enfin, dernier petit détail qui n'en est pas un pour nombre d'enfants : le dernier samedi de juin est souvent celui des kermesses des écoles, des fêtes de fin de saison des clubs sportifs ou des associations. "Et les bureaux de vote sont souvent dans des salles des fêtes, des gymnases, des écoles. Donc on va avoir mardi une grosse réunion avec la direction des sports, celle de l’éducation et le tissu associatif pour voir s’il y a des évènements à déplacer. Parce que, même si le vote, c’est un dimanche, les services techniques ont besoin du samedi pour tout installer pour que tout soit prêt le lendemain matin".

La kermesse de l'école, ça n'est pas ce qui préoccupe le plus Yann Painvin. Celle de l'école primaire de Lugny aura déjà eu lieu. C'est plutôt la rénovation de la mairie. "On devait commencer fin juin. Donc est-ce qu'on reporte ? Franchement, je ne sais pas... Là, tout ce que je peux vous dire, c'est qu'on va faire au mieux".

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