Rencontre avec Hervé Brunelle, l'un des derniers artisans embauchoiristes de France à Troësnes dans l'Aisne

Hervé Brunelle est artisan formier-embauchoiriste à Troësnes dans l'Aisne. Son métier, quasi disparu, consiste à fabriquer des embauchoirs en bois pour les bottiers. Selon lui, il est le seul en France et même en Europe à proposer autant de formes et de produits, tous fabriqués à la main.

Hervé Brunelle, formier embauchoiriste dans l'Aisne, l’un des derniers artisans à fabriquer des embauchoirs de chaussures
Hervé Brunelle, formier embauchoiriste dans l'Aisne, l’un des derniers artisans à fabriquer des embauchoirs de chaussures © Laetitia Venancio / MAXPPP

Ne cherchez pas, nous l’avons trouvé et il est en Picardie ! À Troësnes dans l’Aisne, plus précisément, au sud de Villers-Cotterêts.

Hervé Brunelle est né à Château-Thierry en 1963. Compagnon du devoir, il a fait son tour de France pendant 10 ans. "Dans ce genre de métier, faire partie des Compagnons ça forge une réputation et cela garanti une certaine qualité", confie-t-il.

De retour sur les terres de son enfance pour des raisons familiales, son souhait était de ne pas faire de route le matin et le soir pour se rendre au travail. Avec son épouse, il achète à Troësnes une petite ferme et pose son atelier dans la grange du jardin.

Plus de 1000 pièces par an

Et c’est de ce petit village de 250 habitants qu’Hervé Brunelle conçoit une à une plus de 1 000 pièces par an, soit 18m3 de bois (l’équivalent d’une petite maison). Et son métier vous le connaissez sans prendre la mesure de la précision requise. Il fabrique des embauchoirs. C’est-à-dire ces petites pièces en bois que l’on glisse à l’intérieur des chaussures ou des bottes pour garantir la stabilité de la forme voulue. Il conçoit environ 30 modèles standards. Ce qui nous paraît beaucoup n’est rien à côté de ce que ses clients désirent. Car une bonne partie de sa clientèle est très exigeante et ne se contente pas du standard justement.

Hervé Brunelle, embauchoiriste, dans son atelier à Troësnes dans l'Aisne
Hervé Brunelle, embauchoiriste, dans son atelier à Troësnes dans l'Aisne © Laetitia Venancio / MAXPPP

Ainsi, au moment de notre entretien, il travaille sur une paire d’embauchoirs pour un bottier qui habite en Floride. Lundi, il travaillait pour un autre client japonais. Au Japon d’ailleurs, il existe un peu plus d’une centaine de bottiers, et ils sont très friands du savoir-faire made in Troësnes. 

À ce jour, Hervé tourne avec environ 120 clients. Quelques noms très prestigieux y sont inscrits, mais il n’en dira pas plus. Depuis que la crise sanitaire a explosé, la demande a quand même chuté. "Les bottiers voyagent beaucoup, mais depuis le confinement tout s’est arrêté. Les avions ne volent plus. Ils sont cloués chez eux et ne se déplacent plus pour prendre les mesures nécessaires et passer les commandes. Du coup, cela se ressent sur mon carnet de commandes. Mais je travaille quand même sans m’arrêter tous les jours."

Le seul à pouvoir répondre à vos exigences

Ce qui plaît à cet artisan unique en son genre, c’est encore une fois l’échange avec le client. Écouter les exigences et leurs souhaits tout en y ajoutant ses précieux conseils. Imaginez que lorsque vous l’avez en face de vous, c’est le seul en Europe à pouvoir répondre à vos exigences. 

Ainsi, pour fabriquer une paire d’embauchoirs de bottes d’équitation, il faut imaginer entre quinze et vingt heures de travail. Concevoir la forme, déterminer le nombre d’éléments, et choisir le type de bois. "Toutes les essences viennent de la forêt de Retz juste à côté. Par exemple pour un client qui fait du polo, je vais plutôt lui conseiller du tilleul léger, pour voyager plus léger. S’il ne bouge pas alors on ira vers du hêtre. Le hêtre, c’est le plus agréable à travailler."

Exemple d'un modèle d'embauchoir fabriqué par Hervé Brunelle, embauchoiriste dans l'Aisne
Exemple d'un modèle d'embauchoir fabriqué par Hervé Brunelle, embauchoiriste dans l'Aisne © Arnaud Dumontier / MAXPPP

Pour Hervé Brunelle les métiers d’art, dont on célèbre la journée internationale le 15 avril, c’est la combinaison d’un savoir-faire manuel cumulé à de la patience, de l’écoute et des machines anciennes. L’une des siennes coûte 80 000 euros. Il l’a dénichée en Allemagne. Une affaire de spécialiste...

"Les métiers d’art ont été abandonnés pendant les années 70-80. C’est en train de revenir, mais le travail est long. Ceux qui prendront ma place un jour devront avoir la même exigence que moi qui tient sur la volonté de ne pas avoir de retour de produits de la part des clients. C’est essentiel et c’est une marque de garantie."

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