Ils posent nus contre l'implantation de l'usine Rockwool : "le seul attentat : offrir notre pudeur contre un projet polluant"

Le collectif Stop Rockwool a une nouvelle fois fait parler de lui, cette fois-ci sur les réseaux sociaux. Depuis quelques semaines, les membres ont publié une série de photos de nus devant la cathédrale de Soissons, dans les rues et les champs. Une manière de se faire entendre et d’élargir leur communication.

La dernière photo publiée, lundi 6 mai, sur leur page Facebook, est celle d’un homme accroché à un panneau sur la voie publique, en face du lycée Gérard de Nerval, à Soissons, complètement nu. Seul un chapeau de paille cache son visage.

Depuis quelques semaines, ces clichés de femmes et d’hommes contre l’implantation de l’usine Rockwool, fleurissent sur les pages Facebook, Instagram, X (ex Twitter) du collectif. Tous font partie de ce groupe qui, depuis deux ans, multiplie les manifestations, les marches et les happenings pour dire non à la construction d’un second site français du danois à Courmelles, au sud de Soissons, dans l’Aisne.

Des actions coup de poing

Le collectif organise une action par mois, et deux fois par an une grande marche qui réunit jusqu’à 1 700 manifestants, des élus, des habitants, des médecins, des agriculteurs. "La population soissonnaise est majoritairement opposée à ce projet. Dans notre collectif, nous avons des pharmaciens, des médecins, des astrophysiciens, des scientifiques qui savent que ce projet est très mauvais pour la santé des habitants. C’est scandaleux que nos élus soutiennent des projets polluants. Nous voulons le faire savoir", insiste Génebaud Gérandal, membre du collectif Stop Rockwool.

Cette nudité, le froid et le lieu font partie du décalage voulu.

Philippe Denais, coordinateur de la communication dans le collectif Stop Rockwool

Et quoi de mieux que d’attirer l’attention pour se faire entendre ? Cette fois-ci, le collectif se met à nu. Sur une photo, deux hommes tiennent une pancarte "Toxic Rockwool", nus en plein champ. Sur un autre cliché, deux femmes en maillot de bain sont allongées sur la fontaine asséchée de Soissons et sur une autre photo, ce sont deux femmes et un homme postés devant la porte de la cathédrale. La traditionnelle pancarte "Toxic Rockwool" cache leurs parties intimes.

Ces clichés ont été pris il y a quelques semaines, alors que les températures étaient encore très fraîches, mais ces militants ne se sont pas découragés pour autant. "Le but est d’être rapide et efficace. C’est le côté happening. Cette nudité, le froid et le lieu font partie du décalage voulu. L’actualité est pesante et notamment avec Rockwool. On voulait faire un truc décalé et teinté d’humour, un peu à la Fluide glacial. Au passage, on, s’amuse", explique Philippe Denais, coordinateur de la communication dans le collectif Stop Rockwool.

Se mettre nu est la manière la plus vulnérable et non violente qu’on a trouvée pour dénoncer. Le seul attentat : offrir notre pudeur contre un projet polluant et méprisant des populations et des territoires

Membre du collectif Stop Rockwool

Sur les photos, tous les modèles portent un masque et un couvre-chef pour garder leur anonymat. "On ne veut pas jouer avec la loi, ni heurter les sensibilités. On est dans des lieux publics, on ne fait aucune dégradation et on fait attention qu’il n’y ait pas de passants quand on s’installe", ajoute Philippe Denais.

Le petit groupe, à l’initiative de cette communication, insiste sur l’humour de cette série de photos comme vecteur de sa lutte. "J’assume la campagne comme un acte artistique, de subversion légère pour dire que lutter c’est aussi créatif, joyeux, collectif, que la poésie est politique. On tente de montrer l’absurdité du monde et des décisions prises avec des situations décalées. Les écologistes sont très attaqués en ce moment, criminalisé. Se mettre nu est la manière la plus vulnérable et non violente qu’on a trouvée pour dénoncer. Le seul attentat : offrir notre pudeur contre un projet polluant et méprisant des populations et des territoires", justifie un autre membre du collectif.

Un projet controversé

Le projet d’implantation de la seconde usine en France du danois Rockwool est très controversé. Le site pourrait produire 80 000 tonnes de laine de roche chaque année. Dès 2020, des médecins ont lancé l’alerte sur la dangerosité des fumées rejetées : "du phénol, de l’ammoniac, des perturbateurs endocriniens". Un vrai danger pour la santé, d’après ces scientifiques qui ont signé une tribune en 2020.

Les opposants dénoncent également des problèmes environnementaux, une consommation excessive d’électricité pour faire fondre à la roche à 1 500 degrés et un prélèvement en eau potable irraisonné. "Tout le monde sait que c’est très mauvais pour le Soissonnais, mais les élus sont prêts à sortir des millions d’euros avec nos impôts. En plus, la laine de roche est un très mauvais isolant. D’où notre slogan sur une des photos : 'Plutôt vivre à poil que mal isolés avec Rockwool'. C’est un projet insensé. On manque d’énergie, d’eau pour produire un isolant qui est inefficace. Et on sait qu’il existe de très bons isolants biosourcés, comme le chanvre, et qui fait travailler les agriculteurs du coin", explique Génebaud Gérandal.

Depuis novembre 2023, Rockwool annonce le début des travaux, mais les habitants n’ont encore pas vu évoluer le chantier. Il faut dire que l’entreprise est sous le coup de cinq procédures judiciaires, dont une au pénal, déposée par le collectif. De leur côté, les militants continuent leur sensibilisation anti-Rockwool. Sept photos ont été publiées au compte-goutte sur les réseaux sociaux et la suite est en préparation. "Nous avons encore des photos en stock. Nous allons en publier d’autres pour élargir encore notre sphère de communication et toucher tous les élus, comme Xavier Bertrand par exemple", ajoute Génebaud Gérandal.

D’autres actions sont prévues dans les prochaines semaines. Le collectif devrait participer à un festival organisé les 15 et 16 juin, à Soissons et sur le plateau à Courmelles, non loin du chantier de Rockwool, par le comité local des Soulèvements de la terre. Au menu : musique, ateliers, conférences.

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