Après les attentats, rumeurs, fausses alertes, psychose et perquisitions dans le Nord Pas-de-Calais

Un policier armé à Lille. / © AFP
Un policier armé à Lille. / © AFP

Depuis les attentats de Paris, fausses alertes, rumeurs, début de psychose, peurs se multiplient. Et tout se mélange. Certains faits sont liés à l'état d'urgence, d'autres à la traque de Salah Abdeslam en fuite depuis vendredi dernier ou simplement à la peur d'un nouvel attentat.

Par France 3 Nord Pas-de-Calais web

L'enquête

La plupart des terroristes sont belges. L'homme le plus recherché d'Europe, Salah Abdeslam a été vu à Cambrai samedi dernier... Le positionnement du Nord Pas-de-Calais entre Paris et la Belgique n'est pas neutre. Et au-delà de la traque, les liens entre des personnes susceptibles d'être radicalisées dans la région et les terroristes sont forcément encore plus examinés à la loupe depuis quelques jours. 

Ce mercredi, un homme d'une vingtaine d'années qui était recherché par la police après la découverte d'explosifs lors d'une perquisition administrative à son domicile de Hem s'est rendu à la police judiciaire de Lille. "Il n'y a pas de lien établi avec les attentats de Paris", a expliqué la police mais les enquêteurs s'interrogent sur un possible lien entre "Mohamed K.", connu dans le milieu du banditisme, et Salah Abdeslam

Perquisitions

L'état d'urgence permet au ministre de l'Intérieur de procéder à des perquisitions administratives, sans passer par l'autorité judiciaire. "Au-delà des saisies et des interpellations, ces perquisitions nous permettent d'accélérer nos investigations sur les objectifs radicalisés et de nourrir les informations dont nous disposons", a expliqué Bernard Cazeneuve.

Dans ce cadre, les forces de l'ordre en ont profité pour mener des opérations chez des "cibles". Délinquance, trafic d'armes, drogues... Pas de lien direct avec les attentats mais une occasion saisie pour "faire le ménage" dans certains quartiers, procéder à des vérifications sans la "lourdeur" de la procédure judiciaire. 

Des opérations parfois menées avec l'aide du Raid qui peuvent impressionner ou faire peur aux riverains. Et contribuent à instaurer un climat inhabituel. Les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais ne souhaitent pas communiquer des chiffres officiels sur le bilan exact de ces opérations mais elles sont nombreuses. En France, ont ainsi été menées 168 perquisitions administratives qui ont conduit à 23 interpellations et à la saisie de 31 armes, selon Bernard Cazeneuve.

Exemples. A Saint-Nicolas, près d’Arras, les policiers ont deux individus potentiellement radicalisés et fichés "S".  "C’est moi qui ai alerté la police, la justice sur cette radicalisation, a raconté à La Voix du Nord, un des individus. Mon fils s’est retrouvé fiché S. Mais derrière, on ne me propose pas de solution. Il est chez moi. C’est moi qui le surveille."

A Calais, les policiers ont cherché, après un signalement, des armes dans un hôtel. En vain. Lundi, dans le Nord, 9 personnes, soupçonnés de divers trafics, ont été placées en garde à vue. Une kalachnikov et de la drogue ont été saisies. 

Ces perquisitions administratives continuent au fil des heures dans la région. 

Fausses alertes ?

Les forces de l'ordre doivent également sans cesse faire le tri entre les fausses alertes et les possibles vrais indices qui pourraient aider à retrouver Salah Abdeslam ou un complice. Ce mercredi, à Grand-Fort-Philippe, un témoin avait a dit avoir vu un ou des hommes armés dans une voiture. L'information a été prise au sérieux par les forces de l'ordre mais aucun homme armé n'a été interpellé.

Dans le Cambrésis, mardi, une course-poursuite avec un homme qui a forcé un barrage de police a pu faire croire à la présence dans le secteur d'un terroriste. Un témoin a cru avoir vu Salah Abdeslam. Finalement, un homme a été interpellé, il n'avait aucun lien avec les attentats.

Ce jeudi matin, à Grande-Synthe, un homme a abandonné une voiture devant l'usine Arcelor Mittal, plein feux allumés. Comportement étrange qui a immédiatement donné l'alerte. Il a fallu faire venir les démineurs. Fausse alerte. 


Psychose

Ce climat contribue aussi à donner à des faits banals un sens qu'ils n'ont pas d'habitude. 

A Boulogne-sur-mer, les policiers sont intervenus dans un immeuble et ont fouillé un appartement parce qu'un jeune homme était soupçonné de faire du repérage autour de la préfecture du Pas-de-Calais (on l'a vu prendre une photo à Arras). Il est finalement ressorti libre. « Tout ça pour une soi-disant photo à la préfecture, on a encore du mal à réaliser», raconte son père dans La Voix du Nord.

A Lille, mercredi, une supérette Casino, située à proximité de la Grand' Place de Lille, a été victime mercredi d'une fausse menace d'attentat. L'auteure n'était autre que l'employée d'un commerce voisin.

A Roubaix, mercredi, une simple embrouille entre deux personnes a pris des proportions inhabituels quand un homme a sorti son pistolet d'alarme. Les faits ont été amplifiés et déformés sur les réseaux sociaux.

A Calais, samedi dernier, cela a presque viré au comique. Un homme qui s'était mis une fausse barbe pour passer incognito auprès de sa compagne comédienne a fait peur à la salle du Channel venue voir un spectacle pour enfants.

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