Azincourt : le programme des commémorations des 600 ans de la bataille

Un hommage sera rendu aux 6000 combattants sur les lieux mêmes de la bataille. / © Projet Gallois de Fougières
Un hommage sera rendu aux 6000 combattants sur les lieux mêmes de la bataille. / © Projet Gallois de Fougières

Le Centre Historique Médiéval d'Azincourt organise une grande journée de commémorations le 25 octobre 2015 pour les 600 ans de la célèbre bataille médiévale.

Par Yann Fossurier

Le dimanche 25 octobre 2015, 600 ans jour pour jour après la terrible défaite des Français face aux Anglais, le village d'Azincourt dans le Pas-de-Calais ravivera la flamme du souvenir. Pas évident de commémorer l'une des pires débâcles militaires de notre histoire. Pourtant la Garde Républicaine et la Gendarmerie Nationale seront présentes pour rendre hommage aux 6000 victimes de cette terrible journée.

Une cérémonie d'hommage à Auchy-lès-Hesdin

Si les gendarmes ont choisi de s'associer étroitement aux commémorations, c'est en raison d'un lointain "ancêtre",  Gallois de Fougières, prévôt des maréchaux de France, tué pendant la bataille d'Azincourt. Il est considéré comme le premier gendarme tombé pour la France. Dimanche 25 octobre, à 9h30, un hommage lui sera rendu en l'abbatiale d'Auchy-lès-Hesdin, située à quelques kilomètres d'Azincourt. C'est dans cette église qu'il fut inhumé juste après sa mort (sa dépouille fut transférée en 1945 sous le bouclier d'airain de l'hypogée, le Monument à la Gloire de la Gendarmerie Nationale érigé à Versailles).

 Les gendarmes Aymeric Savary et Kristian Boulinguez au-dessus de la sépulture de Gallois de Fougières et Jean des Quesnes, deux chevaliers dont ils ont reconstitué les armures. / © Projet Gallois de Fougières
Les gendarmes Aymeric Savary et Kristian Boulinguez au-dessus de la sépulture de Gallois de Fougières et Jean des Quesnes, deux chevaliers dont ils ont reconstitué les armures. / © Projet Gallois de Fougières

Vingt-six autres chevaliers et écuyers, tués à Azincourt, reposent également sous les dalles de l'abbatiale et dans son ancien cimetière où se trouve aujourd'hui la filature d'Auchy-lès-Hesdin. Parmi eux quelques grandes figures comme l'amiral Jacques de Châtillon, seigneur de Dampierre - dont le buste orne la Galerie des Batailles du château de Versailles - ou encore Guichard Dauphin et Guy de La Roche-Guyon qui commandaient tous deux l'aile gauche de l'armée française décimée par les archers anglais. La cérémonie d'hommage sera assurée par Jean-Jacques Danel, l’aumônier catholique de la Région de Gendarmerie du Nord-Pas-de-Calais. Un quintette à vent de la Musique de la Garde républicaine assurera la prestation musicale lors de l’office.

L'abbatiale d'Auchy-lès-Hesdin où 27 chevaliers et écuyer ont été inhumés après la bataille d'Azincourt. / © Claudine Paul / Creative Commons
L'abbatiale d'Auchy-lès-Hesdin où 27 chevaliers et écuyer ont été inhumés après la bataille d'Azincourt. / © Claudine Paul / Creative Commons

Inauguration d'un nouveau monument sur le champ de bataille

Ce même dimanche 25 octobre, une autre cérémonie aura lieu à 11h30 entre Tramecourt et Azincourt, sur les lieux mêmes de la bataille. Le Centre Historique Médiéval et la Communauté de Communes des 7 Vallées inaugureront, en lien avec l'association britannique "Agicourt 600", un nouveau monument près du hameau de la Gacogne, non loin de l'emplacement des fosses communes où près de 6000 combattants furent enterrés après les combats. Ce mémorial sera dédié à l'ensemble des morts de cette bataille - français et anglais - ainsi qu'à toutes les victimes de guerre.


Après cette inauguration, une dernière cérémonie militaire aura lieu sur la place du village d'Azincourt, avec montée de couleurs, remises de médailles et dépôts de gerbes. Les plus vieux régiments français et britanniques seront présents à cette occasion pour célébrer l'amitié franco-anglaise, comme cela s'était déjà fait en octobre 1915, pendant la Première Guerre Mondiale, pour les 500 ans d'Azincourt. Il n'y aura pas en revanche de reconstitution grandeur nature et en armure de la bataille. Celle-ci a déjà eu lieu les 25 et 26 juillet derniers. Pour cette date anniversaire, le Centre Historique médiéval sera ouvert tout l'après-midi, de 14h à 18h. L'occasion de découvrir une exposition Playmobil consacrée à l'histoire de la Gendarmerie Nationale, réalisée par Jean-Michel Leullier, plus grand collectionneur au monde de ces célèbres figurines. Cette expo temporaire débutera le 19 octobre pour s'achever le 26.

Le Gallois de Fougières reproduit en Playmobil par Jean-Michel Leullier. / © Centre Historique Médiéval d'Azincourt / Christophe Gilliot
Le Gallois de Fougières reproduit en Playmobil par Jean-Michel Leullier. / © Centre Historique Médiéval d'Azincourt / Christophe Gilliot


Un colloque exceptionnel début novembre

Les commémorations d'Azincourt ne s'arrêteront pas à la date anniversaire du 25 octobre. Deux semaines après, le Centre Historique Médiéval organisera un colloque exceptionnel avec quelques uns des plus grands spécialistes européens de la bataille d'Azincourt et de l'histoire médiévale, en partenariat avec le laboratoire IRHiS (Université Lille 3), le Centre Européen d’Études Bourguignonnes et la Fondation pour la Protection du Patrimoine Culturel, Historique et Artisanal (Lausanne, Suisse). Intitulé "Autour d’Azincourt : une société face à la guerre”, il se déroulera sur trois jours du 3 au 5 novembre.

Illustration du récit de la bataille d'Azincourt dans la Chronique d'Enguerrand de Monstrelet. / © Wikicommons
Illustration du récit de la bataille d'Azincourt dans la Chronique d'Enguerrand de Monstrelet. / © Wikicommons

Les conférences des deux premiers jours se tiendront dans les locaux de l'Université Lille 3 à Villeneuve d'Ascq, celles du dernier jour au Centre Historique Médiéval  d'Azincourt. La liste des intervenants et des thèmes a de quoi faire saliver les passionnés d'histoire:
  • Valérie Toureille (auteure du Drame d'Azincourt)
  • Jean Devaux ("Représentations de la guerre dans la Chronique d’Enguerran de Monstrelet")
  • Elisa Mantienne ("Comment un moine anglais jugeait la guerre en France : Azincourt et ses suites dans l’Ypodigma Neustriæ de Thomas Walsingham")
  • Esther Dehoux ("La dévotion aristocratique à Saint George")
  • Fabien Roucole ("La mort d’un ecclésiastique sur le champ de bataille : Jean de Montaigu, archevêque de Sens, et la bataille d’Azincourt")
  • Philippe Contamine ("Christine de Pizan, cheftaine de guerre")
  • Loïs Forster ("Les apertises d’armes, du champ clos au champ de bataille")
  • Gilles Lecuppre et Elodie Lecuppre-Desjardin ("Le comté de Hainaut et la guerre anglaise en 1415")
  • Alain Marchandisse et Bertrand Schnerb ("Le gouvernement royal face à l’invasion anglaise de l’été 1415")
  • Laurent Vissière ("Une ville assiégée : Harfleur en 1415")
  • Anne Curry ("L'acher anglais")
  • Christophe Masson ("À Gênes autour de Boucicaut")
  • Christophe Gilliot ("Le Gallois de Fougières, prévôt des maréchaux de France")
  • Pauline Bord ("Au lendemain d’Azincourt. Jean, bâtard d’Orléans (1403-1468) : l’enjeu de la captivité du duc Charles")
  • Bertrand Haquette ("Rançons, décès, honneurs, disgrâce et trahison : La Viesville, un lignage artésien mis à l’épreuve de la guerre")
  • Rémy Ambühl ("Jeanne d’Arc, prisonnière de guerre")
  • Michael Depreter ​("Le prince face à l’artillerie communale dans les Pays-Bas au début du XVe siècle : Flandre, Brabant, Hainaut")
  • Jean-Baptiste Santamaria ("La mise en défense du comté d’Artois sous Marguerite de France")
  • David Fiasson ("Le système défensif montois au temps d’Azincourt") 

Des expositions sur Azincourt à Paris et à Londres

Depuis le 7 octobre, le Musée de l'Armée, situé à l'hôtel des Invalides à Paris, propose une exposition intitulée "Chevaliers et bombardes. D’Azincourt à Marignan, 1415-1515". Elle s'intéresse surtout aux métamorphoses de l'armée française entreprises à la suite de l'incroyable désastre d'Azincourt, avec notamment le développement de l'artillerie à poudre qui permit à la France de redresser la tête face aux Anglais et de remporter la Guerre de Cent Ans.

En Angleterre, où Azincourt constitue l'une des pages les plus glorieuses du "roman national", les 600 ans de la bataille vont donner lieu à de nombreux événements. A partir du 23 octobre, la Tour de Londres proposera, avec Royal Armouries, une très belle exposition rassemblant armures, sculptures, manuscrits. Les visiteurs pourront découvrir aussi un immense diorama reconstituant le champ de bataille et les positions des combattants.

A l'occasion de cet anniversaire, la capitale britannique va exposer aussi quelques objets d'exception qui s'offrent rarement aux yeux du public : le bouclier, le bassinet, la selle et l'épée utilisés en 1422 lors des funérailles d'Henry V, le vainqueur d'Azincourt, seront visibles le 28 octobre en l'abbaye de Westminster où repose le mythique souverain anglais. La Guildhall Art Gallery va également ressortir le 24 octobre le sceptre en cristal offert par le roi d'Angleterre à la ville de Londres pour la remercier d'avoir financer sa campagne militaire de 1415 et son triomphe dans l'Artois face aux Français. Il sera visible jusqu'au 3 décembre.  

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