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CETA : “On va avoir une distorsion de concurrence énorme” selon la présidente de la chambre d'agriculture de la Somme

Les députés ont voté pour le traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne / © Stéphane de Sakutin / AFP
Les députés ont voté pour le traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne / © Stéphane de Sakutin / AFP

Depuis des années qu’il est sur la table des négociations, le CETA est en passe d'être ratifié : les députés se sont prononcés à 266 voix pour et 213 voix contre. Françoise Crété, présidente de la chambre d’agriculture de la Somme, répond à nos questions sur ce traité.

Par Boris Granger et Claire Berthelemy

Les députés français viennent de mettre fin aux âpres discussions autour du traité de libre échange entre le Canada et l'Union européenne. Ils se sont prononcés sur la ratification du traité avec 266 voix pour et 213 contre. Les sénateurs doivent voter à leur tour d'ici la fin de l'année. Si le traité interdit l'importation de viandes issues d'animaux traités aux hormones de croissance, il ne précise rien sur l'utilisation des farines animales et des antibiotiques dans les élevages. 

Françoise Crété, présidente de la chambre d'agriculture de la Somme et ancienne présidente de la FNSEA a répondu à nos questions sur les conséquences de la ratification du traité.

Comment réagissez-vous au vote de cet après-midi ?

Je pense qu’il s’agit là d’une incohérence totale. D’un côté, on demande à nos agriculteurs des efforts énormes. De l’autre, on va à l’encontre d’avancées fondamentales comme la loi Égalim. Avec ce nouvel accord, on se dirige vers une distorsion de concurrence sociale qui se manifeste à différents niveaux : sur les retraites, sur les congés... Par ailleurs, nos normes ne sont pas les mêmes. En France, les OGM, les hormones, les néonicotinoïdes ou encore le glyphosate sont interdits. Pas au Canada. C’est la mort de l’agriculture française : on ne joue pas dans la même cour. En fait, on a vendu l’agriculture pour des enjeux économiques.

La viande bovine a concentré une grande partie des débats. Quelle est votre position à ce propos ?

Au niveau de la viande, il va y avoir une distorsion de concurrence énorme. Certes, il n’y a pour l’instant pas beaucoup de fermes au Canada capable d’exporter de la viande bovine vers la France. Mais ce qui nous inquiète, c’est la viande en provenance des États-Unis qui passera la frontière pour finir dans nos assiettes.
Pour l’instant, les volumes visés par l’application provisoire du Ceta étaient de petits volumes. Mais lorsqu’ils vont augmenter, ils vont déstabiliser totalement la filière française alors qu’elle a déjà du mal à se vendre à un prix juste, qu’elle souffre d’une méfiance généralisée et que les gens consomment de moins en moins de viande. On nous plonge dans une impasse.

Ne pensez-vous pas que le consommateur défendra la production nationale ?

On entend beaucoup parler de préférence nationale. Et c’est pour cette raison qu’on travaille au maximum sur la traçabilité des produits. Mais lorsque vous regardez le contenu des caddies en sortie de supermarché, le constat est différent. Personnellement, je défends une production locale. Dans nos supermarchés, la traçabilité fonctionne bien sur les produits de base. Mais dès qu’il s’agit de plats préparés, c’est tout de suite beaucoup plus compliqué. Je me demande comment les députés vont faire pour régler les problèmes de traçabilité dans le cadre du Ceta. Avant, on avait au moins la distance qui permettait de réguler les aberrations mais aujourd’hui, avec le surgelé et l’évolution des transports, ce n’est plus pareil.
 

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