Confinement : les soignants réagissent, "le Covid, c'est comme les attentats, il faut apprendre à vivre avec"

Même si les services de réanimation de la région sont saturés, le confinement dans les Hauts-de-France n'est pas accueilli comme un soulagement par les soignants, conscients des répercussions psychologiques de celui-ci et des limites de la vaccination, présentée comme la seule sortie de crise.

Dans l'unité Covid-19 de l'hôpital d'Arras, en février 2020.
Dans l'unité Covid-19 de l'hôpital d'Arras, en février 2020. © Frédérik Giltay

Le confinement c'est maintenant. En tout cas pour l'Ile-de-France, les Hauts-de-France, les Alpes-Maritimes, la Seine-Maritime et l’Eure. Dans la région, les chiffres sont parlants concernant la situation sanitaire. Au 18 mars, jour de la prise de parole de Jean Castex, les services de réanimation de la région accueillaient 510 personnes. Un chiffre désormais aussi élevé que lors du pic de la seconde vague lors du mois de novembre 2020.

Les 11 lits du service de réanimation de l'hôpital de Maubeuge sont occupés

Les chiffres parlent et le personnel de santé aussi. A l'hôpital de Maubeuge (Nord), après l'annonce de ses nouvelles mesures, aucun "ouf" de soulagement n'a été poussé. Premièrement car il va falloir attendre une grosse dizaine de jours avant qu'elles aient un impact sur le nombre de personnes hospitalisées pour Covid-19 et celles en réanimation. "Ce qui importe dans les mesures qui ont été prises, c'est qu'elles soient efficaces", juge Franck Bridoux, directeur adjoint de l'hôpital de Saint-Amand-les-Eaux. 

Deuxièmement, car les répercussions psychologiques sur la population sont désormais trop bien connues pour se réjouir d'une telle mesure. "Le confinement, ça embête les gens et en même temps, sur le plan sanitaire, les possibilités de sortie restent nombreuses", rappelle simplement Adeline Brière, infirmière dans le service réanimation de l'hôpital de Maubeuge.

Eloigné des grandes agglomérations, son service "reste loin de ce que l'on peut voir à la télévision", estime-t-elle. "Sur les 11 lits disponibles, tous occupés, 3 le sont par des patients Covid", calcule l'infirmière. La fatigue guette. Depuis mars 2020, elle n'est partie en vacances qu'en août. En octobre et en février, elle a dû revenir à l'hôpital sur ses congés. "Deux ou trois de mes collègues ont fait un burn-out à cause de l'épuisement physique et psychologique", témoigne-t-elle.

Une de ses collègues du service de gériatrie, qui souhaite rester anonyme, préfère politiser les décisions du gouvernement. Si elle témoigne aussi de l'occupation importante de son service, elle rappelle "qu'en temps normal, sans Covid-19, 95% des lits du service sont occupés". Elle continue : "la gestion de la crise est dramatique : il ne faut pas oublier que nous en sommes-là car nous avons un problème de lits qui résulte de décisions politiques". Elle explique d'ailleurs que dans le nouvel hôpital de la ville, qui devrait ouvrir ses portes en octobre, "il y aura une vingtaine de lits en moins"

"Nous ne savons toujours pas ce qui déclenche les formes graves de Covid-19"

D'un point de vue médical, pour elle, les choses n'ont que trop peu évolué depuis le début de l'épidémie en mars 2020 : "même si nous savons que l'obésite, l'hypertension et le diabète, par exemple, aident au développement des formes graves de Covid-19, nous ne savons toujours pas ce qui les déclenche". Adeline Brière note néanmoins que la prise en charge des patients a changé : "l'intubation des patients se fait plus tard, ce sont les recommandations nationales qui ont été données"

Dernier sujet, la vaccination, présentée par les autorités comme la seule solution de sortie de crise. Les deux infirmières, qui ne sont pas vaccinées, ne souhaitent pas l'être, arguant du peu de recul des données concernant les vaccins. Elles rappellent aussi que le vaccin "empêcherait les formes graves de la maladie mais pas la transmission du virus". Elles s'inquiètent d'une décision, pour l'instant purement hypothétique, qui obligerait les soignants à être vaccinés. "Le Covid, c'est comme les attentats, il faut apprendre à vivre avec", juge Adeline Brière.

Franck Bridoux, le directeur adjoint de l'hôpital de Saint-Amand-les-Eaux, qui est également un centre de vaccination, témoigne d'une trentaine de rendez-vous encore à pourvoir pour ce week-end. "Nous injectons 150 doses par jour en moyenne. Avec deux lignes de vaccination, nous ne pouvons pas faire plus. Mais on peut en ouvrir une troisième", conclut-il.

 

Les nouvelles règles du confinement dans les Hauts-de-France

Le troisième confinement débute à minuit dans la nuit du vendredi 19 mars au samedi 20 mars et va durer au moins quatre semaines. Un système d’attestation est de nouveau mis en place : 

  • Les promenades autour de chez soi pour s’aérer ou faire du sport sont autorisées sans limite de temps, dans un rayon de 10 kilomètres.
  • Les écoles et collèges restent ouverts, les lycées basculent en demi-jauge.
  • Seuls les commerces vendant des biens jugés essentiels restent ouverts. Contrairement aux confinements précédents, les librairies, disquaires, fleuristes, coiffeurs ou encore magasins de bricolage font désormais partie de cette liste et peuvent maintenir leur activité.
  • Le couvre-feu, instauré depuis la mi-décembre, reste en vigueur mais est retardé de 18 à 19 heures.
  • Les déplacements interrégionaux sont interdits, sauf pour motif impérieux ou professionnel.
  • Les lieux de culte restent accessibles selon les règles actuelles.
  • Les universités continuent à fonctionner selon le rythme en vigueur.
  • Le télétravail doit être encouragé au maximum pour ceux qui le peuvent, au moins quatre jours sur cinq.
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