Coronavirus : comment la méditation aide-t-elle à gérer le confinement ?

Très en vogue, la méditation serait néanmoins un merveilleux outil pour mieux se connaître, se développer et gérer son anxiété, sa santé mentale et physique. En particulier en cette période difficile de confinement. Entretien avec Emmanuel Faure, instructeur MBSR à Lille. 
Image d'illustration
Image d'illustration © DON EMMERT / AFP
La méditation de pleine consicence aide-t-elle à mieux supporter le confinement ? Nous avons interrogé Emmanuel Faure, instructeur MBSR (Mindfulness-Based-Stress-Reduction ou en français, Réduction du Stress Basée sur la Pleine Conscience), basé à Lille.


► Un article a été récemment publié, intitulé A Wuhan, la méditation a contribué à préserver la santé mentale des individus en quarantaine. Quels sont les résultats de cette étude ?

Emmanuel Faure : Une université chinoise et une université de Singapour ont observé l'impact de la méditation de pleine conscience sur un échantillon d'une centaine de personnes à Wuhan pendant le confinement. Avec plein de questions aux participants, ces études ont permis de mesurer l'anxiété des personnes.

On se rend compte finalement qu'il y a une différence d'anxiété ou de qualité de sommeil entre les personnes qui pratiquent la méditation et celles qui ne la pratiquent pas. Étrangement une pratique quotidienne assez courte de 10 minutes de méditation semble déjà, d’après cette étude, apporter des bénéfices.


 

"Notre cerveau ne supporte pas l'incertitude"


► Le confinement mondial est une situation inédite... est-elle génératrice de fort stress ?
 
Emmanuel FaureAujourd'hui, en très peu de temps, le monde a été transformé en laboratoire avec une grande incertitude pour notre santé, pour celles de nos proches, pour nos emplois, avec une perte de certaines de nos libertés. Or notre cerveau ne supporte pas l'incertitude. Il a évolué depuis 80 000 à 100 000 ans, l'évolution de l'espèce nous a légué un super cerveau avec un dispositif de survie extraordinaire.

À chaque instant nous captons les informations avec nos sens pour savoir s'il y a danger ou pas. Le danger d'un fruit avarié ou d'un prédateur était (et est) ainsi très vite écarté. Et aujourd'hui, non seulement nous sommes dans une situation très incertaine mais les chaînes d'informations en continu n'arrêtent pas de nous dire qu'il y a danger. Il y a donc naturellement du stress, de l'anxiété.


► En quoi la méditation va-t-elle remédier à cette situation apocalyptique ?

Emmanuel FaureAttention, nous la percevons comme apocalyptique mais elle ne l'est pas forcément. Si je reprends le mécanisme de survie... C'est un Lucky Luke, comme dit mon fils, il tire plus vite que son ombre ! Exemple : dans la rue je trébuche sur un caillou qui provoque un déséquilibre, eh bien je raccourcis ou j'allonge le pas instantanément pour retrouver mon équilibre. C'est inconscient, et beaucoup plus rapide que la réflexion.

Et bien ce magnifique système réactif que nous devons à l'évolution de l'Homo Sapiens est un peu perdu, surstimulé face à cette nouvelle menace qu'est le coronavirus. La méditation de pleine conscience, elle, permet de cultiver notre attention. C'est une gymnastique du cerveau, un entraînement comme celui d'un pianiste, d'un tennisman...


► Dans quel but ? 
Emmanuel FaureL'intention c'est de devenir conscient de ce qui m'arrive maintenant. Par exemple, pourquoi serais-je agressif envers mon fils Gaspard qui se réveille pour la quatrième fois cette nuit alors que j'ai une réunion importante demain ? L’impulsion est bien là !

La méditation va me révéler à moi-même mon stress, ma colère ou pourquoi pas ma haine. Je peux remettre alors en question cette réaction automatique. Je deviens conscient de la situation, et des sentiments qui m'animent en général, si je médite régulièrement. Cette attention à soi et cette prise de conscience rendent plus lucide, permettent répondre plus que de réagir et donc de modifier son comportement.

Aujourd'hui, ce gain en lucidité est éclairé scientifiquement. Tout comme le fait que la méditation puisse faire baisser la pression artérielle, diminue les rechutes de dépression, limite les troubles du comportement ou les troubles cardio-vasculaires.


 

"La méditation est bonne pour la santé mentale et physique"


► Comment expliquez-vous que la méditation soit à ce point en vogue actuellement ? 
Emmanuel FaureSi cela se déploie autant, c'est justement parce que cette pratique méditative rencontre la science et les chercheurs. Il n'y a rien de nouveau à faire attention à notre expérience, les philosophes grecs le faisaient, Nietzsche, les philosophies orientales, le "carpe diem", tout cela n'a rien de nouveau. Ce qu'il y a de nouveau c'est que cela est revisité et évalué par la science. C'est une pratique ancestrale : observer le mode de fonctionnement du cerveau, qui rencontre la science.

Aujourd'hui les avancées scientifiques tendent à prouver que la méditation est bonne pour la santé mentale et physique. Mais il y a une deuxième raison, c'est que la méditation peut aussi, comme beaucoup d’autre sujet être un objet de "commerce". Cela permet de vendre. C’est à la fois une belle chose de rendre accessible cette belle pratique et aussi il est essentiel de garder vivante cette question d’éthique et de cohérence.


 

Un exemple d'exercice

 
Méditer pendant le confinement ©Emmanuel Faure

Une réunion/conférence en ligne d'informations gratuite sur le programme MBSR à Lille, aura lieu le 23 avril 2020 à 18h30. Plus d'infos ici.
Emmanuel Faure
Emmanuel Faure est devenu instructeur MBSR certifié (Brown University) et qualifié (UMASS). Il a participé à un programme de formation professionnelle sous la direction du Docteur Jon Kabat Zinn et du Docteur Saki Santorelli.

Il découvre la méditation de pleine conscience au début des années 2000 alors qu'il travaille comme manager et dirigeant mais éprouve de plus en plus de mal à concilier sa sensibilité, ses convictions humanistes avec la posture professionnelle qu’il lui est implicitement demandé d’endosser. Perte de sens, épuisement, attaques de panique : ces symptômes l’amène à reconsidérer ses engagements et sa façon de vivre. La méditation lui apporte un apaisement rapide, une compréhension apaisée qui lui permet de redevenir acteur de situations qu’il pensait devoir subir. Petit à petit, avec douceur, il expérimente cette pratique comme voie de transformation.

Aujourd'hui, il explique que son intérêt pour la méditation est la conjonction de deux phénomènes. Une grande curiosité et une appétence particulière pour la psychologie humaine mais aussi un accident de la vie (épuisement professionnel et soucis de santé) qui le conduiront vers la méditation.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
confinement : conseils pratiques santé société