Coronavirus : pendant le confinement, Emmaüs-Tourcoing produit des milliers de visières pour le personnel soignant

A partir d'imprimantes 3D, une trentaine de compagnons d'Emmaüs-Tourcoing ont fabriqué des visières de protection. Aujourd'hui l'aventure continue, davantage à destination des entreprises et des particuliers. 

Des soignantes du Centre Hospitalier de Tourcoing. En tout Emmaüs-Tourcoing a distribué ses visières dans 15 hôpitaux et 30 Ehpad.
Des soignantes du Centre Hospitalier de Tourcoing. En tout Emmaüs-Tourcoing a distribué ses visières dans 15 hôpitaux et 30 Ehpad.
17 mars, début du confinement à Tourcoing, comme partout en France. Philippe Grember, directeur de l'Emmaüs de la ville, propose aux 34 compagnons soit un confinement stricte au sein de la communauté, avec un espace de vie aménagé, plus grand ; soit la possibilité de rejoindre des proches (famille, amis, petite amie) à l'extérieur. 

Une petite trentaine de compagnons optent pour la première proposition, rester dans la structure de la rue du Tilleul, à Tourcoing. Les premiers jours passent mais "15 jours après le début du confinement, les gars, les familles sont venus me voir pour me dire : Philippe, il faut que nous trouve quelque chose à faire".  

L'idée vient alors de mettre directement en pratique des travaux d'impression 3D. "C'était soit ça, soit du fraisage numérique, mais on s'est dit qu'avec notre imprimante on pourrait faire une quinzaine de visières de protection pour les soignants par jour."
 
Keitha, un compagnon d'Emmaüs-Tourcoing et quelques-unes des imprimantes 3D
Keitha, un compagnon d'Emmaüs-Tourcoing et quelques-unes des imprimantes 3D © DR
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L'histoire prend alors un tout autre tour, dès les deux jours suivants. "En faisant les courses, j'ai croisé le directeur d''Intermarché-Tourcoing qui, prenant des nouvelles des Compagnons, m'a dit qu'il serait interessé par 300 visières pour son personnel, du coup il nous a financé une deuxième imprimante 3D et, à la livraison, une de plus était offerte par Dagoma, une entreprise roubaisienne".
 

En trois jours, don de 6 imprimantes 3D et 1500 commandes


"Au troisième jour de production, peu après la fin mars, nous étions ainsi à 7 imprimantes 3D et 1500 visières commandées", assure Philippe Grember. Entre-temps, la communication d'Emmaüs-Tourcoing sur les réseaux sociaux fait son effet, une cagnotte est lancée sur internet pour faire grossir le projet et, début mai, 19 imprimantes 3D ont permis aux compagnons tourquennois de réaliser 3700 visières pour le personnel soignants. Ce qui constituait le pari lancé par la cagnotte.
 
Aujourd'hui, l'aventure continue avec d'autres clients et les visières montées, imprimées, contrôlées emballées et expédiées par les compagnons se vendent 5 euros pièce aux particuliers comme aux entreprises de la métropole lilloise.
 

"Ils ont rendu au centuple ce qu'Emmaüs leur a donné"


"Cela a été un superbe investissement des compagnons 7j/7, 24h/24, notamment car il faut beaucoup de temps de process, en moyenne 3h30 pour la réalisation d'un support de visière et aujourd'hui, on est capable de produire entre 450 et 600 visières par jour", commente Philippe, fier de ses compagnons. "Ils savent qu'ils ont fait un confinement utile. Quelques articles de presse, une chronique sur RTL ont été des retours excellents. Quant à l'association Emmaüs, elle ne leur demande rien, mais ils lui ont rendu au centuple ce qu'elle a pu leur donner". 
 
Des soignantes du Centre Hospitalier de Tourcoing. En tout Emmaüs-Tourcoing a distribué ses visières dans 15 hôpitaux et 30 Ehpad.
Des soignantes du Centre Hospitalier de Tourcoing. En tout Emmaüs-Tourcoing a distribué ses visières dans 15 hôpitaux et 30 Ehpad. © DR

"Notre communauté a besoin d'argent pour vivre, mais on ne voulait tirer profit d'une situation sanitaire grave, explique Philippe Grember à propos du prix des visières. "Certaines communautés étaient dans une situation financière limite avant la crise sanitaire. Elles se sont mises dans le rouge avec les deux mois d'inactivité, mais nous, ce n'était pas notre cas. M'enfin, faudrait pas que cette situation continue". 

Quant à l'avenir, après le 11 mai, les échanges se feront davantage sans contact, par le biais du web : ouverture d'une Emmashop sur le site internet qui permettra d'acheter ce qu'on a donné et retapé à l'association. Puis retrait en drive. La boutique réelle sera accessible à un nombre limité de personnes chaque demi-heure (toujours au 53 rue du Tilleul - 172 rue Winoc Chocqueel) et les livraisons seront assurées gratuitement pour un montant d'au moins 35 euros. 

 
Emmaüs-Tourcoing
L'association Emmaüs est une communauté qui accueille une trentaine de compagnons, "nourris, logés, blanchis" en échange d'une activité déclarée et d'une allocation de 400 euros par mois. 

Plus précisément, 34 compagnons sont à Tourcoing dont deux familles avec chacune trois enfants

Pendant le confinement, 27 compagnons sont restés dans la structure tourquennoise 

Emmaüs est le nom d'un village de Palestine où deux hommes dans le besoin se sont rencontrés et mutuellement aidés

L'association a été fondée par l'abbé Pierre il y a 66 ans
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