Coronavirus : faut-il passer les villes au karcher, comme à Doullens et Gauchy ?

La ville de Nice a été imitée par d'autres communes des Hauts-de-France, comme Doullens et Gauchy. / © Cyril Dodergny / MAXPPP
La ville de Nice a été imitée par d'autres communes des Hauts-de-France, comme Doullens et Gauchy. / © Cyril Dodergny / MAXPPP

Dans la Somme et dans l’Aisne, des communes se sont lancées dans des campagnes de désinfection de l'espace public. Des opérations appelées à se développer. Et à se renouveler. Mais pour quelle efficacité ?
 

Par @pgcreignou

"Nous avons vu les images de désinfection en Chine, puis entendu que des villes du sud de la France allaient s’y mettre, alors nous nous sommes lancés." Doullens a donc sorti les combinaisons et les pulvérisateurs pour la première fois, lundi 30 mars. La première adjointe au maire, Christelle Hiver, parle d’un "principe de précaution".

Déjà précurseur dans la région, avec un couvre-feu imité par d’autres communes ensuite, Doullens s’est lancé dans une grande campagne de désinfection, "deux fois par semaine", le temps du confinement. Déjà appliquée auparavant autour de la piscine de la commune, la technique s’est donc étendue au mobilier urbain et "aux abords des commerces encore ouverts et donc fréquentés", mais pendant les heures du couvre-feu, "il n’y aura aucun risque de contact avec la population", détaille l’élue de cette commune de la Somme.
 
 
À Gauchy, dans l'Aisne, l'opération a débuté bien avant, en milieu de semaine dernière. Et sera renouvelée tous les jours. Un grand nettoyage, pas évident à mettre en place pour Fabrice Legrand, responsable du service population : "Il a fallu trouver les combinaisons adaptées, louer une balayeuse pour propulser du désinfectant". Concentrée d'abord sur le mobilier urbain, cette désinfection va évoluer : "On s'attaque désormais à la chaussée, aux caniveaux, sur les 5 kilomètres de voiries de la commune".
 

À moindres frais pour Doullens


Avantage de la démarche à Doullens : elle ne coûte rien, pour le moment. Pas besoin d’une société extérieure, ce sont les services techniques de la ville qui sont mis à contribution, des agents "tous volontaires", ajoute Christelle Hiver. Quant aux combinaisons intégrales, elles appartiennent déjà à la ville : "les normes sur les produits phytosanitaires s’étant durcies, nous avions déjà les équipements nécessaires". Là aussi, rien à débourser.

Enfin, reste le produit pulvérisé lors de la désinfection. Il s’agit d’une solution à base de chlore. Pour l’heure, la ville a des stocks. Restera à le renouveler lorsque le produit viendra à manquer.
 

À quoi ça sert ?

En la matière, il n’y a pas de préconisation en France. Est-ce alors la solution idéale pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 ? Interrogée, la préfecture de la Somme renvoie vers la réponse du gouvernement : "l’efficacité de la désinfection systématique des rue […] n’est pas démontrée". Et de rappeler qu'à ce stade, seuls "le confinement, le respect des règles d’hygiène et de distanciation sont les méthodes qui ont montré leur efficacité, notamment en Chine".

Dans d’autres régions où la question de la désinfection se pose également, les réponses sont plus marquées. À nos confrères de 20 minutes à Bordeaux, la préfète de Nouvelle-Aquitaine, Fabienne Buccio, allait plus loin : "il n’y a pas de réel besoin de désinfecter, en revanche il faut continuer le nettoyage des rues comme on le fait tous les jours, évidemment".

Contactés par Que Choisir, les principaux organismes qui font autorité, de l’Agence Nationale de Santé à l’Institut Pasteur, l’admettent volontiers : il n’existe pas d’étude scientifique sur les risques de contamination liés au mobilier urbain et aux trottoirs. Ou, dans tous les cas, d’étude suffisamment sérieuse justifiant de sortir les karchers en pleine rue... 

Ça, les élus picards le savent parfaitement. La première adjointe de Doullens savait qu’il n’y avait pour l'heure "aucun retour scientifique, et pas de retour d’expérience", mais qu’il fallait tenter l’opération, sans attendre les consignes éventuelles de la Préfecture. "Nous avons pesé le pour et le contre, en la matière, il y a plus de bénéfices que de risques."
 

Quels sont les risques ?

Là aussi, le gouvernement se veut prudent. Les produits utilisés lors des désinfections peuvent poser problème : "l’impact éventuel de l’utilisation massive de produits désinfectants dans les lieux publics peut poser un problème environnemental et sanitaire non négligeable". Un produit dans le viseur en particulier : l'eau de Javel.

C'est pourtant la base de ce qui est pulvérisé à Gauchy, tous les jours. Mais pour Fabrice Legrand, des services techniques,  "il s'agit justement d'un désinfectant bactéricide". La commune n'y voit aucune menace pour la santé ou l'environnement, ce produit serait un "classique, adapté pour la chaussée". 

À l'inverse, Doullens a fait le choix de se passer d'eau de Javel, il n'y en aura pas dans les pulvérisateurs. Concernant la toxicité des produits employés dans la commune, Christelle Hiver se veut rassurante, il s'agit d'un produit chloré, "dans la mesure où nous l’utilisons déjà pour notre piscine, que c’est homologué, cela ne peut pas faire de mal".

 

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