Covid-19 : la France ne se donne toujours pas les moyens de détecter le variant indien selon le Professeur Froguel

Santé publique France vient de lancer un appel d’offres pour augmenter les capacités françaises de séquençage. Une procédure jugée inadaptée pour contrer la menace des variants selon le Professeur Philippe Froguel.

Philippe Froguel, professeur à l'Université de Lille 2, interviewé par une équipe de France 3 Nord-Pas-de-Calais le 17 février 2021
Philippe Froguel, professeur à l'Université de Lille 2, interviewé par une équipe de France 3 Nord-Pas-de-Calais le 17 février 2021 © Alice Rougerie / FTV

Le cas d’un variant indien endogène confirmé mercredi 2 juin par l’agence régionale de santé en Nouvelle Aquitaine, un mois après la contamination du patient, vient souligner à nouveau le cruel manque d’outils de détection pour surveiller l’épidémie dénoncé depuis des mois par le généticien lillois. 

"Cet appel d’offres n’est pas honnête", martèle d’entrée le généticien lillois. "Santé publique France et les virologues qui sont derrière, ont été obligé de le lancer parce qu’ils n’avaient pas dit la vérité au Président Macron et à son Ministre de la santé sur leur capacité de séquençage."

Olivier Véran, le ministre de la Santé, l’avait annoncé à la fin du mois dernier : Santé Publique France lance un appel d’offres, afin d’augmenter les capacités de séquençage dans l’hexagone. 

Le séquençage, c’est l’arme incontournable pour lutter contre l’explosion des variants. Le coronavirus mute régulièrement. En détectant ses avatars au plus tôt, les autorités sanitaires peuvent tenter de stopper leur propagation.

Sauf que la France n’est pas vraiment exemplaire dans ce domaine. L’Etat avait pourtant déjà mis en place en janvier un consortium EMER-GEN pour augmenter ses capacités de séquençage. Jusqu’à 6000 génomes par semaine. C’est beaucoup mais très peu si l’on compare avec nos voisins. Quand l’Angleterre séquence jusqu’à 60 % de ses cas Covid, la France peine à dépasser les 2 à 3 %. 

Le dernier épisode en date en Nouvelle Aquitaine vient démontrer une nouvelle fois cette difficulté. C’est seulement le 2 juin que l’ARS de la région a annoncé qu’un cas de contamination détecté début mai à Dax, relevait du variant indien : un mois après...

On ne sait toujours pas comment le variant indien se propage en France, on n’en a aucune idée, m’a-t-on dit hier soir au ministère.

Professeur Philippe Froguel

Alors, cet appel d’offre de Santé Publique France, Philippe Froguel le juge sévèrement inadapté. "D’abord, je viens de l’apprendre hier soir par le ministère de la santé, les résultats de cet appel d’offres ne seront connus que fin juillet", révèle-t’il. "Comme personne dans les laboratoires ne travaillent en août, la nouvelle plate-forme ne sera mise en place qu’en septembre. Alors qu’on ne sait toujours pas comment le variant indien se propage en France, on n’en a aucune idée, m’a-t-on dit hier soir au ministère."

D’autre part, l’appel exclut d’emblée tous les labos génomiques. Selon le professeur Froguel, une des conditions pour participer est de compter parmi ces employés un virologue qui publie des articles. Pourtant c’est bien à son labo que la région a demandé depuis trois mois des enquêtes flash pour connaître l’état des variants dans les Hauts-de-France. Des labos comme le sien, il y en a une petite dizaine en France capable de séquencer des variants. Des labos qui pourraient augmenter substantiellement nos capacités de séquençage. 

Contacté, le ministère des Solidarités et de la Santé nous redirige vers Santé Publique France, qui ne nous repond pas.

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