Deux chirurgiens de Beauvais ont réalisé une opération hors du commun

Suite à un tragique accident de tracteur, deux chirurgiens ont été obligés d’intervenir dans la cour d’une ferme qui s’est transformée en bloc opératoire improvisé.

Le joueur de 45 ans avait été transporté à l'hôpital dans un état grave.
Le joueur de 45 ans avait été transporté à l'hôpital dans un état grave. © MaxPPP
Ça aurait pu être un mardi presque « ordinaire » pour les deux chirurgiens. Pourtant ce jour-là, le Dr Amine El Yazidi, chirurgien orthopédiste, et chef de service au centre hospitalier de Beauvais, le Dr Massimo Gianfermi, chirurgien plasticien, et l’infirmière Melissa Djelil vont réaliser une intervention hors du commun.

Un jeune agriculteur de 27 ans vient de subir un tragique accident. Il est coincé sur son tracteur, sa jambe s’est enroulée sous l’arbre de transmission de l’appareil. Pour lui sauver la vie, il n’y a qu’une seule solution, réaliser une amputation sur place.

C’est donc loin du bloc opératoire que l’intervention va se dérouler. En plein milieu d’une ferme. Une intervention exceptionnelle qui relève presque de la médecine de guerre.

Le patient, semi-conscient ne ressent pas la douleur grâce à la kétamine, un puissant anesthésiant, qui lui a été administrée. Il va lui aussi faire preuve d’un grand courage.


Ce mardi 20 octobre, quand on vous donne l’alerte, que se passe-t-il ?
Dr Amine El Yazidi : On m’a alerté à 17 h30, c’était au coucher du soleil. L’un des premiers éléments que j’ai pris en compte c’était la lumière. Je savais que j’allais démarrer l’intervention de jour et la terminer de nuit. Il fallait donc une visibilité optimale.
J’ai demandé à ce qu’on me décrive la situation sur place et à ce qu’on m’envoie des photos pour bien comprendre ce qui se passait et pour préparer au mieux l’intervention. Je suis ensuite descendu au bloc préparer tout mon matériel, tout en m’informant des sources électriques disponibles. Puis j’ai rassemblé mon équipe : le Docteur Gianfermi, chirurgien plasticien et l’infirmière Mélissa Djelil.

Quand vous êtes arrivé sur place, quelle était la situation ?
Dr Amine El Yazidi : Il fallait que l’intervention se fasse rapidement et en sécurité. Une fois que tout le monde était en place, j’ai réalisé ma préparation cutanée, et je me suis habillé comme au bloc. J’ai préparé mon patient, et la table. L’amputation a duré entre 20 et 25 minutes. Mais il y avait une difficulté supplémentaire. Le patient était en position semi-assise, avec la jambe enroulée dans l’arbre de transmission du tracteur.

Et le patient, comment réagissait-il ?
Dr Amine El Yazidi : Le jeune homme était semi-conscient. Comme il était assis, on ne pouvait pas l’intuber. On lui a donc donné de la kétamine : il se rendait compte de ce qui se passait mais il n’avait pas mal.
Il était calme, il demandait ce que je m’apprêtais à lui faire. Il avait compris. Dans ces moments, on essaye d’exprimer les choses avec le maximum de douceur et de psychologie. Il fallait le réconforter. J’étais très sensible à sa douleur. Il a été très courageux.

Comment a-t-il ensuite été pris en charge  ?
Dr Amine El Yazidi : Après l’intervention dans la ferme, il a été ramené à l’hôpital de Beauvais pour des soins complémentaires.  Il est actuellement en rééducation, il va être appareillé, avant de reprendre le cours de sa vie. Je lui souhaite un bon rétablissement.

Qu’est ce que vous vous dites quand vous repensez à cette journée ? 
Dr Amine El Yazidi : J’espère que c’est la dernière. Ce type d’intervention reste exceptionnel. Cette journée, je ne l’oublierai pas.
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