Hauts-de-France : pendant le confinement, des dérogations pour autoriser la chasse au grand gibier

Des dérogations vont être accordées aux chasseurs de grand gibier pour éviter leur "prolifération" pendant le confinement, avance le ministère de l’écologie. Dans les Hauts-de-France, entre 40 000 et 50 000 grands animaux devraient ainsi être tués avant la fin de l’année.

Image d'illustration d'une battue aux grands gibiers organisée à Metz en janvier 2019.
Image d'illustration d'une battue aux grands gibiers organisée à Metz en janvier 2019. © PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP
Stoppée comme au printemps dernier, puis autorisée sous certaines conditions. La mise en place du confinement a dans un premier temps suspendu la chasse jusqu’au 1er décembre minimum, seul les déplacements pour le travail ou pour l’école étant autorisés. 

Ce dimanche 1er novembre, le ministère de l’écologie vient d’annoncer la mise en place de dérogations au confinement pour la chasse au grand gibier, avec pour objectif d’éviter la "prolifération" de sangliers ou de chevreuils responsables d’importants dégâts sur les cultures, a indiqué Bérangère Abba, secrétaire d’État à la Biodiversité. Ces actions de régulation du grand gibier doivent être décidées à l’échelon local par les préfets en lien avec les acteurs locaux pour "définir dans chaque département les objectifs de prélèvement", précise le secrétariat d’État.

"Mission de service public"

Une bonne nouvelle pour Willy Schraen, patron des chasseurs de France, des Hauts-de-France et président de la fédération des chasseurs du Pas-de-Calais, deuxième plus importante derrière la Gironde et devant la Somme et le Nord. 

Selon lui, il s’agit de remplir une mission de service public de régulation du grand gibier, rien à voir avec la chasse récréative. "On ne fera que ce qui est nécessaire de faire, assure-t-il, ne souhaitant pas que les chasseurs soient stigmatisés. Les écolos vont dire que les chasseurs profitent du système. Non ! On remplit simplement notre mission !"

"La chasse Française ne souhaite en aucun cas déroger aux règles et sera totalement solidaire du confinement qui touche notre pays. Néanmoins certaine de nos missions de service public ne peuvent être interrompues, sans provoquer de graves dommages aux intérêts économiques des acteurs ruraux, et en particuliers ceux du monde agricole."

Willy Schraen, patron des chasseurs de France

D’après le patron des chasseurs, les mois de novembre et décembre sont cruciaux pour la régulation des espèces. "D’ordinaire, il se tue plus d’un million d’animaux en France entre le 1er novembre et le 31 décembre, explique-t-il. Ce n’est pas possible qu’on arrête de chasser tous les animaux susceptibles de nuire, car ils vont ravager les cultures agricoles."

Sangliers, cerfs et cervidés

Il prend pour exemple le nombre de sangliers à tuer avant la fin de l’année 2020 d’après les quotas fixés : 500 000 en France selon le patron des chasseurs. "Si on ne le fait pas maintenant, je ne vous dis pas le résultat."

Dans les Hauts-de-France, les sangliers, les cerfs et les cervidés sont considérés comme des grands gibiers. Les préfets sont actuellement en train de train de définir les quotas qui seront mis en place pour la chasse, zone par zone, pendant le confinement. Les battues pourraient débuter dès ce week-end avec la mise en place de règles sanitaires strictes.D’après les calculs de Willy Schraen, les quotas fixés par les différentes préfectures des Hauts-de-France devraient estimer entre 40 000 et 50 000 grands animaux à abattre avant la fin de l’année.

"Celui qui ne comprend n'a qu'à payer les dégâts causés par les sangliers"

Joël Deswarte, le président de la fédération des chasseurs du Nord, rappelle qu'il appartient aux chasseurs de règler la facture des dégâts causés par le gibier dans les cultures agricoles. En 2019, sa fédération a payé 143.000 euros. 

Vous venez d'obtenir l'autorisation de réguler les populations de grands gibiers. Pourquoi jugez-vous cette mesure nécessaire ? 
Joël Deswarte : Sans régulation, on risque d'assister à une flambée des populations de nuisibles. En particulier des sangliers et des chevreuils, qui causent de gros dégâts dans les cultures agricoles.

Ces dégâts sont payés par les fédérations de chasse, c'est le Code rural qui l'oblige. Nous avons une mission de service public. En 2019, nous avons déjà réglé 143.000 euros, rien que dans le département du Nord. Si rien n'est fait cette année, nous allons payer au moins autant et les dommages dans les champs seront considérables. 


Que répondez-vous à ceux qui jugent ces autorisations illégitimes ? 
Joël Deswarte : S'ils ne comprennent pas, qu'ils payent pour les dégâts causés par les sangliers. Nous avons une demande très forte de la part des agriculteurs. Ces régulations ont été autorisées par la préfecture après discussion avec tous les acteurs, et notamment avec l'Office National de la Biodiversité (OFB).

Il faut prélever certains animaux pour stabiliser les populations. Il faut comprendre que si nous ne faisons rien le nombre de sangliers sera multiplié par trois en un an. Dans le Nord, nous devons tuer 3000 sangliers cette année. En ce moment, il y a en moyenne 15 sangliers pour 100 hectares. Il faut diviser ces populations par trois pour limiter les dégâts. 


Comment vont se dérouler ces battues ? 
Joël Deswarte : Seule la régulation de gibiers nuisibles est autorisée. Tout sera très encadré. Il ne s'agit pas de provoquer le grand public qui est en ce moment confiné. Nous sommes responsables.
 
La fédération des chasseurs du Nord est en train de délivrer des attestations dérogatoires. Et nous limiterons les rassemblements à des groupes de dix personnes.

Certains chasseurs nous disent qu'ils ne viendront pas car ils craignent d'attraper le Covid. Nous ne seront peut-être pas assez nombreux pour organiser autant de battues que nécessaire.  

Une décision "navrante" pour les associations de protection animale

Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), dénonce une décision "navrante" de la part du gouvernement, avançant que "si problème il y a ici ou là, c’est à l’Office Français de la Biodiversité d’évaluer les dégâts et d’effectuer le travail", tout en rappelant que "10% des communes en France concentrent 75% des dégâts indemnisés. Ne sortons pas les armes dans toute la France."

Son association, mobilisée pour la protection de la nature dans tout le pays, se dit très attentive aux dérives que ces dérogations pourraient entrainer. Selon Allain Bougrain Dubourg, "c’est la porte ouverte aux abus. Nous serons vigilants pour que le sanglier ne soit pas prétexte à tirer sur tout ce qui bouge."

"Je trouve ça navrant, alors qu’on vit une période douloureuse, qu’il y ait le jour même de la mise en place du confinement cette volonté des chasseurs de sortir pour tuer."

Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO

Le président de la LPO affirme que les chasseurs sont les premiers responsables de la prolifération des animaux, et notamment des sangliers. Rien à voir avec une mission de service public selon lui.  "Avant de sortir les fusils, il faut accepter une gestion rationnelle, chose qu’ils ne font pas. La mission consiste à arrêter de faire des élevages de sanglier, d’importer des animaux de l’Est ou encore faire de l’agrainage en hiver (nourrir les animaux sauvages) pour ensuite les taper. Le sanglier est la démonstration qu’ils sont mauvais gestionnaires."

Il conclut. "Cette énergie à vouloir tuer toujours plus conduit les chasseurs à se mettre une balle dans le pied parce que c’est très mal perçu par les citoyens."
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