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Le Kahlburg, la forteresse oubliée du mur de l'Atlantique

Quasi invisible à l'oeil nu, nichée dans la falaise, la forteresse du Kahlburg dispose de 3 postes d'observation orientés vers la mer / © Jean-Paul Delance / FTV
Quasi invisible à l'oeil nu, nichée dans la falaise, la forteresse du Kahlburg dispose de 3 postes d'observation orientés vers la mer / © Jean-Paul Delance / FTV

Le 6 juin prochain nous commémorons le 75ème anniversaire du D Day, le Débarquement Allié en Normandie durant lequel 150.000 soldats vont se heurter au redoutable Mur de l'Atlantique. Parmi ces ouvrages militaires, le Kahlburg du Tréport, un ouvrage qui reste méconnu. 

Par Yolande Malgras

Indétectable à l'oeil nu, seules deux ouvertures discrètes percées à même la falaise signalent son existence. Le Kahlburg reste à ce jour une énigme pour les Tréportais qui le côtoient chaque jour sans vraiment le connaître. Pourtant, il constitue un ouvrage unique au monde, dont l'histoire et la construction commencent en 1942, au lendemain de la tentative de débarquement avortée des Canadiens à Dieppe. Un épisode méconnu de l'histoire du 20ème siècle, aux confins de la Picardie et de la Normandie, entre Mers les Bains, Le Tréport et Eu.

   
Une forteresse née dans la souffrance 

  
C'est l'Organisation Todt, du nom de l'ingénieur en charge du génie civil pour le Troisième Reich, qui supervise les travaux nécessaires à ce projet fou : un poste de commandement creusé à même la falaise, dans la craie, juché à près de 100 mètres de haut, si discret, que personne ne soupçonne son existence. Chaque jour, de 1942 à 1944, pendant plus de 12 heures, des travailleurs tréportais requis de force, soumis à un secret absolu, et des prisonniers ukrainiens, surtout des femmes, vont creuser, à la barre à mine ou à la pioche, et évacuer des tonnes de gravats. Ces prisonniers sont détenus à quelques kilomètres de là, à Eu, dans une maison à l'écart, discrète.Très peu de gens soupçonnent que leur cité, lieu de villégiature préféré du Roi Louis-Philippe, héberge ces forçats venus de l'Est. Et chaque jour, avant et après leur harassante besogne, ils font ce trajet à pied. "Des conditions de travail inhumaines" explique Philippe Joint, bénévole de l'Association le Mur de la Manche. Leur état d'épuisement est tel, que beaucoup mourront et finiront enterrés dans la fosse commune. 20 corps y sont inhumés, surtout des femmes ukrainiennes, "mal nourries, travaillant plus de 12 heures, vivant dans des conditions exécrables", précise Jacques Viarre, guide-conférencier du Mur de la Manche. Pour marquer cet épisode, dans les années 50, la ville d'Eu érigera une stèle en leur mémoire dans son cimetière.
Des requis tréportais et des prisonniers ukrainiens creusent dans la falaise, travail harassant qui fera plusieurs dizaines de morts / © Association Le Mur de la Manche
Des requis tréportais et des prisonniers ukrainiens creusent dans la falaise, travail harassant qui fera plusieurs dizaines de morts / © Association Le Mur de la Manche


Un colosse inutile
 
Construit sur quatre niveaux, le Kahlburg est prévu pour accueillir une soixantaine d'hommes dédiés à la surveillance de la mer, du port et de la ligne de chemin de fer. L'ouvrage culmine à 70 mètres de haut, il comprend 225 marches, 32 pièces, 270 mètres de galeries Tout est prévu pour que les soldats vivent au secret, confinés, en autarcie, grâce notamment à un groupe électrogène à fioul et une réserve d'eau potable. Outre leur mission de surveillance, ils donnent les ordres de tir aux lignes de batteries disséminées alentour et notamment sur la crête des falaises de la ville attenante, Mers les Bains. On maçonne les longues coursives du Kahlburg avec les briques du Trianon, un palace construit sur la falaise, rendez vous de la jet-set européenne depuis 1912, que les Allemands dynamitent en 1943 ; à 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, il est trop visible de l'aviation alliée, d'où ce sort funeste qui lui est réservé...
Le palace le Trianon sera dynamité en 1943 par les Allemands pour ne pas attirer l'attention des aviateurs alliés pendant la Seconde Guerre Mondiale / © Association Le Mur de la Manche
Le palace le Trianon sera dynamité en 1943 par les Allemands pour ne pas attirer l'attention des aviateurs alliés pendant la Seconde Guerre Mondiale / © Association Le Mur de la Manche

Mais cette forteresse des superlatifs ne fonctionnera jamais : le débarquement allié du 6 juin 1944 met un terme à ce projet fou, les Allemands fuient devant l'ennemi en août de la même année, et laissent l'ouvrage inachevé. Le Tréport est libéré le 1er septembre 1944.
Peu à peu, le Kahlburg tombe dans l'oubli. 60 années durant, les lieux sont pillés, dégradés. Puis au début des années 2000, une poignée de passionnés de la Seconde Guerre Mondiale, réunis au sein de l'Association "Le Mur de la Manche", redécouvrent la forteresse cachée et commencent sa réhabilitation. Grâce à leur travail de déblaiement et d'électrification mené depuis des années, 75% du site, en partie propriété de la ville, est désormais visitable. Une nécessité historique. En effet, déplore Philippe Joint, "beaucoup de tréportais ne connaissent pas le Kahlburg. Et tous les ans, nous avons des visiteurs qui nous disent leur étonnement de découvrir un tel lieu".  

Mers Les Bains, la ville soeur sacrifiée

Voisine immédiate du Tréport, mais située dans la Somme, les blockhaus construits par les Allemands sur la crête des falaises de Mers les Bains, abritent les pièces d'artillerie répondant aux ordres de tir du poste de commandement du Kahlburg. Des dizaines d'ouvrages,  qui seront comblés dans les années 70 pour des raisons de sécurité. Pour compléter ce dispositif défensif, les Allemands vont aussi murer les rues et les fenêtres des maisons 1900. Pire, il vont percer un couloir de circulation de part en part des habitations. "Un massacre architectural" nous dit Michel Delépine, le maire de Mers les Bains.. Heureusement, peu de temps après la Libération, "des mersois vont se battre pour que, ce qui est devenu un décor de théâtre ne soit pas rasé". Et c'est grâce à cette résistance qu'en 1986 une grande partie de la cité balnéaire sera classée site patrimonial remarquable.
Aujourd'hui, seuls restent deux blockhaus visibles sur les falaises. Dont l'un sert de support à une statue de la Vierge, Notre Dame de la Falaise, déboulonnée par les Allemands, qui craignaient qu'elle ne serve de point de repère à l'aviation alliée et l'autre, support à une oeuvre graphique : une fillette endormie, symbole de paix sur un ouvrage de guerre.
L'un des tous derniers blockhaus visible sur la crête des falaises de Mers Les Bains. Peint par un artiste local, il sert aujourd'hui de bergerie / © Jean-Paul Delance / FTV
L'un des tous derniers blockhaus visible sur la crête des falaises de Mers Les Bains. Peint par un artiste local, il sert aujourd'hui de bergerie / © Jean-Paul Delance / FTV
 
Le Mur de l'Atlantique, le rêve fou d'Hitler

Le Kahlburg, littéralement "château chauve" en allemand, fait partie intégrante du gigantesque système défensif du Mur de l'Atlantique. Le Troisième Reich redoute une invasion du continent depuis la Grande Bretagne. Dès le début de la guerre, l'organisation Todt est chargée de l'édification de ces ouvrages qui s'étendent du sud de la France au nord de la Norvège. En 4 ans, entre 1940 et 1944, plus de 13.000 blockhaus ou fortifications seront érigés tout au long des 2000 kilomètres de cette ligne littorale ouest, et des milliers de mètres cube de béton armé sont engloutis. Les travailleurs sont d'abord volontaires, puis, face à l'énormité du chantier, les Allemands réquisitionnent en masse des travailleurs forcés, prisonniers de guerre, simples civils...A la veille du débarquement, le 6 juin 1944, les Alliés sont conscients de cet obstacle monumental , mais leur supériorité aérienne et navale écrasante fera la différence. De même que la mauvaise coordination des commandements côté allemand. Le Jour J, les Alliés attaquent les défenses du Mur de l'Atlantique sur cinq plages différentes. Le dernier bout de territoire européen libéré sera la poche de Saint Nazaire, le 11 mai 1945. 10.000 soldats alliés ont trouvé la mort face aux fortifications du Mur.
   

  

 

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