Mehdi Nemmouche, un geôlier "sadique, ludique et narcissique" : ce que ses anciens otages ont dit au procès

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Écrit par AFP

Voici les principales déclarations de deux des journalistes, Nicolas Hénin et Didier François, qui l'ont formellement reconnu jeudi comme un de leurs geôliers,
qualifié de "sadique, ludique et narcissique".

"Aucun doute!": Deux anciens otages du groupe Etat islamique en Syrie témoignant au procès de Mehdi Nemmouche pour la tuerie du musée juif de Bruxelles en 2014 ont formellement reconnu jeudi le jihadiste français comme un des leurs geôliers.

"Je n'ai absolument aucun doute sur le fait que Mehdi Nemmouche ici présent était mon geôlier et tortionnaire en Syrie connu sous le nom d'Abou Omar", a affirmé Nicolas Hénin, 43 ans, ex-reporter de guerre devenu chef d'entreprise.

A ses côtés, le journaliste Didier François a tenu des propos similaires. "Je suis venu pour trois choses: dire qu'on le connaît, voilà la dangerosité de cette personne et le risque de récidive", a ajouté cet homme de 58 ans.

Voici leurs principales déclarations :

Atypique

Hénin : "Il était relativement atypique dans le paysage par son envie de venir vers nous, de passer de longs moments pour échanger là où les autres cherchaient davantage la discrétion. Lui était clairement très peu religieux, en tout cas ne le montrait pas".

François : "On a vu de sa personnalité une extrême violence, une capacité à nuire, une entièreté qui s'exprimait par des excès de violence très forts".


Bras armé

Hénin : "On m'amène dans la salle de torture et je suis  soumis à plusieurs questions: +Est-ce que tu travailles pour la DST ?+. Evidemment, mes réponses déplaisent. A chaque fois que je réponds non, (...) le coup vient. C'était le bras armé (du responsable de l'interrogatoire)".


Tortures

Hénin: "Nos nuits étaient meublées du bruit des tortures qui se déroulaient dans la pièce en face, du bruit des coups, des hurlements et aussi des hurlements des tortionnaires".
François : "Sur les Syriens, on a entendu (Nemmouche) le faire. Sans aucun doute".
 

Petite juive

    
François: "Son rêve, c'était de +prendre une petite juive de quatre ans par les couettes et de la fumer avec un calibre+. Cette violence sortait quand il racontait l'affaire Merah. C'est un garçon qui est quand même assez entier. Que ce soit la frappe ou l'expression, c'est dense, c'est complet".
 

Joueur

 Hénin: "Il aimait nous faire des petites blagues. Ça tournait aussi assez régulièrement autour de la nourriture: lorsqu'il était en charge de
nous l'amener, nous savions que nous allions être particulièrement mal servis. Le 11 septembre nous avons jeuné: +Aujourd'hui, c'est férié on vous fait rien à bouffer+"
.
 

Aznavour

Hénin : "Il avait des références très profanes. Je l'ai entendu chanter du Trenet, du Aznavour et même du Chantal Goya. Il organisait des quiz et faisait des +Questions pour un champion+ en particulier avec Didier, qu'il appelait +mon petit Didier+".
 

Justice


Hénin : "Il a fait état à plusieurs reprises de son passé judiciaire. Il connaissait très bien l'institution judiciaire. Une fois, il avait pris la voix du juge d'instruction, qu'il avait imité (...) Il avait podcasté des épisodes de +Faites entrer l'accusé+, qu'il venait nous raconter. A la fin, il remontait son col et repartait en chantant le générique".


Modèle

Hénin : "Il était ravi d'avoir dans son aventure syrienne des journalistes face à lui (...). Il était très intéressé par son image, le fait qu'il allait devenir quelqu'un à la façon de Merah, qu'il allait peut-être faire l'objet d'une grande émission et que potentiellement, à l'avenir, des jeunes Européens auraient envie de marcher sur ses pas".


Exubérant

François : "Sa façon de se décrire était assez étonnante: +J'étais un petit criminel et maintenant je me suis reconverti dans le nettoyage ethnique religieux+. Il disait: +Je viole des femmes devant leurs maris, je vais bouffer dans leur frigidaire, je tue les gosses+. Il y a une façon de dire les choses qui à l'époque était très claire, démonstrative, exubérante". 
 

 Lâcheté

Hénin: "Son narcissisme est extrêmement marqué par de la lâcheté. C'est sur les tournées de toilettes qu'il nous frappait, parce qu'on avait les yeux bandés. C'est facile de rentrer dans un musée en Europe et de tirer par surprise sur des gens qui s'attendent à tout sauf à être face à un ennemi. Sa lâcheté, déjà à l'époque, m'avait particulièrement marqué".