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Entre mai 1995, le jour du crime et le renvoi devant la Cour d’assises de l’accusé, plus de 20 ans se sont écoulés. Le meurtre de Stéphanie Fauviaux, resté inexpliqué pendant tant d’années, a été le plus gros dossier criminel non résolu depuis l’affaire de Bruay-en-Artois. 

Deux services de police, 5 juges d’instruction, des dizaines de magistrats et de nombreux experts ont planché sur ce dossier hors norme. Les progrès de la police technique et scientifique ont été déterminants dans la quête de la vérité. La ténacité des enquêteurs et la volonté farouche des parents de Stéphanie ont permis l'interpellation de Lylian Legrand, devenu gendarme dans le Sud et évité la clôture de ce dossier par un non-lieu. L'accusé a été condamné 30 ans de réclusion pour les faits qui lui sont reprochés, en 2016. Le procès d'appel débute ce mercredi au tribunal de Saint-Omer.



24 mai 1995

C’était un mercredi.  Le 24 mai 1995. A 17h30 , un appel urgent alerte les policiers du commissariat de Lille. Une équipe est immédiatement envoyée au 52 rue Faidherbe à Lille, une avenue du centre ville très fréquentée, qui mène à la gare Lille Flandres. Les policiers s’engouffrent dans l’immeuble et grimpent jusqu’au 5ème étage. Ils sont accueillis par trois personnes, deux hommes Lylian et Régis Legrand et une jeune fille, Karine Dupont. Dans la salle de bain, ils découvrent le corps sans vie et  dévêtu d’une jeune étudiante en première année de DEUG mathématiques et sciences sociales, Stéphanie Fauviaux. Elle n’a pas encore 18 ans.

Quand les policiers arrivent dans l’appartement, ils découvrent le corps de la jeune fille dans la baignoire, vêtu d’un peignoir largement ouvert et recouvert par une couverture. Sa tête est presque totalement immergée dans l’eau jusqu’au menton. On a l’impression que Stéphanie est tombée à la renverse dans la baignoire, ses jambes pendent sur le rebord, vers le sol. Son corps porte des traces de coups et de brûlures.


Les faits ont eu lieu au 52 rue Faidherbe à Lille. / © MAXPPP
Les faits ont eu lieu au 52 rue Faidherbe à Lille. / © MAXPPP

 

Karine Dupont, la co-locataire de Stéphanie raconte qu’elle est rentrée vers 17h ce jour-là, accompagnée de Régis et de Lylian Legrand. Elle présente Lylian, 24 ans,  comme son futur beau-frère car il va bientôt épouser sa sœur. Régis, le frère de Lylian avait apporté des bouquets de fleurs séchées. Il veut les montrer à Karine pour les lui vendre. La fête des mères approche.

D’abord, ils enfoncent la porte de l’appartement car un morceau de clef cassé bloque la serrure. Une fois à l’intérieur, Karine décide de préparer quelques affaires. Elle se dirige vers la salle de bain et de nouveau,  ne parvient pas à ouvrir la porte qui est fermée à clef. Tous les trois regardent par une petite trappe d’aération au bas de la porte et aperçoivent un pied qui dépasse de la baignoire. Karine court chercher de l’aide, appelle la police. Les deux frères eux, fracassent la porte et découvrent le corps. Lylian Legrand affirme alors lui avoir mis une couverture.
Stéphanie Fauviaux.
Stéphanie Fauviaux.

 

L'enquête

Dans les premiers temps, les investigations s’orientent vers l’environnement proche de la victime, avant de s’élargir au fur et à mesure des années. Les enquêteurs privilégient d’abord la thèse du suicide. Ce qui retarde l’enquête.

Il faut attendre 5 jours pour que des policiers chevronnés prennent le relais et placent sous scellés le peu d’éléments exploitables. Le meurtrier a été méticuleux. Tout a été fait pour brouiller les pistes. Par exemple, des objets sans valeur ont été volés pour laisser croire à un crime crapuleux. Lylian Legrand,  une des deux personnes à avoir découvert le corps a bien été entendu dès le début des investigations. Mais ses empreintes ADN n’ont pas été relevées. A cette époque, il est régulièrement  mis hors de cause.

La recherche d’une preuve scientifique est la priorité absolue des juges d’instruction. Un poil pubien est retrouvé sur le nombril de la victime.
Il ne correspond à aucun ADN connu. Rien ne permettra jamais de l’identifier.

On sait maintenant que Stéphanie Fauviaux était une jeune fille très prudente et qu’elle n’aurait pas ouvert sa porte à un inconnu, surtout habillée d’un simple peignoir. Depuis quelques semaines, les noms des deux co-locataires ne figuraient plus sur le tableau des sonnettes. Sur le palier, rien n’identifiait non plus l’appartement des filles. Les voisins de l’immeuble affirment qu’aucun coup de sonnette intempestif et qu’aucun cri n’a été perçu.

A qui Stéphanie a-t-elle ouvert ce matin-là ?

Le petit ami de la jeune victime, Vincent, en est sûr : elle a ouvert sa porte à quelqu’un qu’elle connaissait. Il affirme aussi que Lylian venait parfois à l’improviste, le matin de bonne heure, pour voir Stéphanie quand elle était seule. Ce que confirme la mère de la jeune fille.

Mais Lylian Legrand est formel : entendu par les policiers, il déclare que le jour du meurtre, il a quitté Lens avec sa future femme aux alentours de 8h pour se rendre chez ses parents à La Couture. Tous les deux affirment y être restés jusqu’à 11h30. Les parents de Lylian confirment.

Lylian admet aussi qu’il allait parfois le matin à l’appartement en l’absence de Karine et qu’il s’était parfois « retrouvé seul avec Stéphanie ».

Le père de Stéphanie, lui, raconte d’autres confidences : sa fille avait aussi rencontré un jeune homme qui voulait lui donner des cours de maths. Il avait tenté de la séduire. Une histoire que confirmera une amie de la victime. Le jeune homme, Radouane, interrogé par la police, ment et fournit un faux alibi pour le matin du meurtre. Il est mis en examen le 13 juin 2008 pour homicide volontaire. Il a toujours nié les faits. En 2013, le juge décidera qu’aucune charge ne peut être retenue contre lui. Cette fausse piste a forcément influencé l’enquête pendant de longues années.



L'interpellation de Lylian Legrand, 17 ans après

Juillet 2010 : un nouveau juge d’instruction s’empare du dossier. Il fait procéder à de nouvelles expertises biologiques : il s’agit d’identifier trois traces ADN relevées sur le peignoir de la victime. Un laboratoire privé chargé de l’expertise démontre que cet ADN est également présent sur un mégot de cigarette de marque Marlboro, retrouvé dans le cendrier de la victime. L’expert, le 14 novembtre 2012, affirme que cet ADN , présent sur le mégot et sur le peignoir, correspond au génotype de Lylian Legrand.
Conférence de presse du Procureur de la République de Lille (le 16 novembre 2012)

17 ans après le meurtre, Lylian Legrand est devenu adjudant de gendarmerie à Nice. Il est placé en garde à vue.
Lylian Legrand, au centre de l'image, à son arrivée à l'aéroport de Lesquin en provenance de Nice. / © MAXPPP
Lylian Legrand, au centre de l'image, à son arrivée à l'aéroport de Lesquin en provenance de Nice. / © MAXPPP

 

Dans les 1ères heures, il réitère sa version des faits : celle de 1995. Il nie absolument avoir sonné à la porte de l’appartement le matin de la mort de Stéphanie.

Ses déclarations évoluent au fil des jours. Au cours de sa quatrième audition, il reconnait avoir eu des relations sexuelles avec la victime pendant 4 à 6 semaines précédant son décès, sans utiliser de préservatif. Le matin de la mort de Stéphanie, il prétend finalement s’être rendu à l’appartement et avoir eu des relations sexuelles avec la jeune fille, notamment dans la salle de bain. Ils seraient tombés tous les deux et elle se serait cognée la tête une fois contre la baignoire, et une autre fois par terre. C’est ainsi que la jeune étudiante serait morte.

Pris de panique, Lylian affirme qu’il l’a déposée dans l’eau du bain. Les traces de strangulation autour de sa gorge ? Lylian raconte qu’il aimait lui serrer le cou pendant qu’ils faisaient l’amour. Mais le gendarme fluctue encore. Et avance une nouvelle version : il admet avoir étranglé Stéphanie, déjà morte, pour faire croire à une agression. Il reconnait aussi lui avoir porté des coups, post mortem toujours.
Reportage diffusé sur France 3 Nord Pas-de-Calais le 16 novembre 2012
Le 16 novembre 2012, Lylian Legrand est mis en examen pour homicide volontaire. Quelques jours après son arrestation, il envoie trois lettres à son épouse. Sur l’une d’elle, il écrit : « Si tu savais à quel point je le regrette, maintenant tu sais d’où viennent mes insomnies… Mille fois, j’ai voulu t’en parler mais j’avais peur de te perdre. Et maintenant, c’est encore un beau gâchis de ma part. »

Le temps passe et Lylian Legrand revient sur ses déclarations. Il raconte avoir subi des pressions en garde à vue, parle d’une relation sexuelle le jour de la mort de Stéphanie mais affirme que la jeune fille était vivante quand il est parti de chez elle. Les amis, les proches de Stéphanie sont formels : aucun d’eux ne croit que l’étudiante ait pu avoir ce type de comportement avec Lylian. C’était une jeune fille timide et fidèle.
Une étudiante qui travaillait beaucoup, très calme et très réfléchie. Seul Lylian Legrand décrit une jeune fille dévergondée, attirée par le sexe facile. 

Qui est Lylian Legrand ?

Lylian Legrand / © MAXPPP
Lylian Legrand / © MAXPPP

Originaire du Béthunois, Lylian Legrand est âgé de 23 ans et demi à l’époque des faits en 1995. Il vit une enfance et une adolescence heureuses, entouré de ses parents et de ses 3 frères. Il arrête ses études après l’obtention de son baccalauréat et s’engage dans la gendarmerie.

A l'âge de 41 ans, il est interpellé à Nice. Il n'était pas gendarme en 1995. Il l'est devenu un an après le meurtre. Il était en couple avec la soeur de Karine, colocataire de Stéphanie Fauviaux. Il s'est marié avec elle en 1997. Le couple a deux enfants. A la gendarmerie de Nice, Lylian Legrand était adjudant et s'occupait d'informatique (technicien en transmission). 

Les experts psychiatres parlent d’un homme intelligent et réfléchi mais impulsif, qui aime dominer les femmes et multiplie les conquêtes. Il peut, toujours selon ces experts, être violent avec ces femmes.


Francis et Ginette Fauviaux : un combat sans fin

Stéphanie Fauviaux est enterrée à Wizernes, près de St-Omer, là où vivent encore ses parents. Francis et Ginette Fauviaux se sont toujours battus pour connaître la vérité. Aujourd'hui, ils attendent avec impatience le procès. Ils ont refusé toute interview en indiquant qu'ils voulaient d'abord assister à l'audience. Ils y seront présents, avec leurs deux enfants. 

En mai 2009, 14 ans après la mort de leur fille, ils avaient notamment lancé un appel à témoins dans La Voix du Nord. Un appel lancé à tous ceux à qui un détail reviendrait (sur le suspect ou sur un autre), qui ont ommis une anecdote ou n'auraient pas été entendus. « On demande aux gens de faire un effort », avaient-ils déclaré. Ils sont toujours restés en contact avec les enquêteurs. Ils avaient même participé à l'émission de Jacques Pradel "Témoin, numéro 1" sur TF1. 

Pendant une semaine, à Douai, en 2016, ils vont faire face au meurtrier présumé de leur fille. Il y a 21 ans maintenant qu'ils attendent la vérité.



Lylian Legrand fait appel

Le 14 octobre 2016, Lylian Legrand est condamné à 30 ans de réclusion criminelle. C'était la peine maximale dont il pouvait écoper. Mais même après la condamnation, de nombreuses questions restent sans réponse. La victime présentait apparemment des traces d'héroïne dans le corps, et la personne a qui appartenait le poil pubien n'a pas été identifié. 

Pour ces raisons et par "manque de preuves", selon la défense, Lylian Legrand a décidé de faire appel. Son procès s'ouvrira mercredi, à Saint-Omer.