1940, la bataille de France au jour le jour : 1er juin, Lille se rend après avoir aidé au succès de l'Opération Dynamo

EPISODE 24 - C'était il y a 80 ans. Le début de la Seconde Guerre Mondiale. Les soldats français déposaient les armes à Lille après avoir contenu des troupes allemandes pendant cinq jours et aidé au succès du rembarquement des troupes alliées à Dunkerque.

Les soldats français déposant leurs armes devant la gare de Lille, le 1er juin 1940.
Les soldats français déposant leurs armes devant la gare de Lille, le 1er juin 1940. © Bundesarchiv, Bild 101I-126-0311-14

Dès les premières heures de ce samedi 1er juin, les bombes allemandes tombent sur la poche de Dunkerque. Le préfet Le Gentil décrit des bombardements de plus en plus violents : "Tout brûlait autour de nous… On respirait un air surchauffé, et les bombes faisaient, en tombant, après avoir déchiré l’atmosphère, un affreux bruit qui détraquait les plus résistants".
 

Un bateau accosté au bout de la jetée Est de Dunkerque en juin 1940 alors que la ville est bombardée.
Un bateau accosté au bout de la jetée Est de Dunkerque en juin 1940 alors que la ville est bombardée. © IWM HU 76075


150 personnes périssent dans l’écroulement d’un abri dans le quartier de la Citadelle, 77 autres dans une usine de Saint-Pol-sur-mer où elles s’étaient réfugiées. 
 


C’est comme si les Allemands sentaient leur proie s’échapper, alors la Luftwaffe lance une des plus importantes attaques aériennes de ce siège.
 


Plus de 100 bombardiers se relaient au-dessus de Dunkerque pour couler les navires dans le port et au large. Trois destroyers anglais et un contre-torpilleur français sont coulés. Une trentaine de bateaux plus petits est détruite, une dizaine très endommagée.
 

Des épaves photographiées par un Allemand dans le port de Dunkerque, quelques mois après l'Opération Dynamo de mai/juin 1940.
Des épaves photographiées par un Allemand dans le port de Dunkerque, quelques mois après l'Opération Dynamo de mai/juin 1940. © Berliner Verlag/Archiv/picture alliance / ZB/MaxPPP


64 500 soldats réussissent malgré tout à passer en Angleterre.
 

Des soldats britanniques célèbrent leur retour en Angleterre, après avoir été évacués de Dunkerque, dans un train arrêté en gare d'Headcorn, dans le Kent, le 1er juin 1940.
Des soldats britanniques célèbrent leur retour en Angleterre, après avoir été évacués de Dunkerque, dans un train arrêté en gare d'Headcorn, dans le Kent, le 1er juin 1940. © IWM H 1700
Des soldats britanniques en gare de Paddock Wood, dans le Kent, après leur retour de Dunkerque, le 1er juin 1940.
Des soldats britanniques en gare de Paddock Wood, dans le Kent, après leur retour de Dunkerque, le 1er juin 1940. © IWM H 1701
Un soldat britannique, entouré de deux Français, en gare de Paddock Wood, dans le Kent, le 1er juin 1940.
Un soldat britannique, entouré de deux Français, en gare de Paddock Wood, dans le Kent, le 1er juin 1940. © IWM H 1703


Face aux pertes de navires, les Britanniques décident que les évacuations ne se feront que la nuit à partir de cette date.
 


Dans la ville, les pompiers luttent contre des quinzaines d’incendies. Louis Aragon et son unité traversent la ville pour embarquer : "On rase les murs, on plonge dans ces rues en ruines derrière lesquelles des bateaux flambent".

 


A 19h, Aragon monte à bord du torpilleur La Flore.
 

La Flore, le torpilleur à bord duquel Louis Aragon fut évacué de Dunkerque le 1er juin 1940. La vaisseau est photographié ici en 1936.
La Flore, le torpilleur à bord duquel Louis Aragon fut évacué de Dunkerque le 1er juin 1940. La vaisseau est photographié ici en 1936. © Naval History and Heritage Command - NH 79664


Des avions sont repoussés par la DCA du navire. Dans Les Communistes, le poète décrira le soulagement des évacués : "La senteur du soir et de la mer emmène les esprits à la dérive. On voit à peine s’éloigner Dunkerque et ses fumées. Dunkerque est déjà si loin d’eux".
 


Louis Aragon arrive à Plymouth, en Angleterre, sain et sauf, pour immédiatement repartir vers Brest. Car après Dunkerque, la guerre continue. Il sera décoré de la Croix de Guerre par le général Weygand pour être allé 19 fois chercher des blessés dans les lignes ennemies.
 

Louis Aragon en 1936
Louis Aragon en 1936 © Studio G. L. Manuel frères / Domaine public

 

Au sud de Dunkerque, les Français tiennent tête aux Allemands


Ces embarquements sont possibles parce que quelques kilomètres au sud du port, les Français tiennent tête aux assauts allemands. Le front de la Colme est abondamment bombardé. Vers 10h des unités allemandes commencent à passer ce canal grâce à des canots pneumatiques. Les défenseurs doivent se replier sur le hameau des Neiges, près de Téteghem.
 

Le canal de la Colme à hauteur de Hoymille.
Le canal de la Colme à hauteur de Hoymille. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3


Depuis le fort Vallières, à Coudekerque-Branche, des canons de marine français bloquent la progression des Allemands vers Dunkerque. Le fort est écrasé par les bombes d’une trentaine de Stukas. Les Français réussissent à sortir les canons et à les mettre à l’abri pour continuer la lutte le lendemain.
 


Des Français résistent dans le village de Hoymille, à l’entrée de Bergues. Mais à 17h, le canal est franchi au Benkies Meulen.

Pour ne pas être encerclés, les derniers défenseurs de Hoymille se replient également vers le hameau des Neiges. Les pertes sont élevées des deux côtés mais 250 français tiennent toujours le hameau en fin de journée.
 
Les Allemands tentent de passer par la plage vers Bray-Dunes. Le 8e régiment de Zouaves les arrête et installe un barrage anti-chars à la nuit tombée.
 

Bray-Dunes après les combats de mai/juin 1940.
Bray-Dunes après les combats de mai/juin 1940. © Berliner Verlag/Archiv/picture alliance / ZB/MaxPPP
La plage, près de Bray-Dunes, de nos jours.
La plage, près de Bray-Dunes, de nos jours. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3

 

Lille rend les armes


A Lille, en ce samedi matin, les soldats français, qui résistent depuis cinq jours, s’apprêtent à se rendre aux Allemands. Le dernier soldat à mourir dans la poche lilloise est le colonel Dutrey. Il commande l’artillerie française à Haubourdin et n’accepte pas la défaite, même avec les honneurs. A 6h30, il se suicide pour ne pas voir ses canons saisis par les Allemands.
 

Des soldats allemands défilent rue Nationale, à Lille, en 1940.
Des soldats allemands défilent rue Nationale, à Lille, en 1940. © Bundesarchiv, Bild 101I-383-0330-26
Des soldats allemands se restaurant à Lille, en 1940, près de la Carne Négrier, à l'angle de la rue Princesse et de la façade de l'Esplanade.
Des soldats allemands se restaurant à Lille, en 1940, près de la Carne Négrier, à l'angle de la rue Princesse et de la façade de l'Esplanade. © Bundesarchiv, Bild 121-0464 / CC-BY-SA 3.0


Des centaines de soldats et de civils ont été tués ou blessés. Une compagnie de tirailleurs tunisiens ne compte plus qu’une trentaine d’hommes sur 160 au départ.
 

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1er juin 1940 : Lille rend les armes


Dans la nécropole nationale d’Haubourdin reposent 1850 soldats français tombés à Lille et dans le Nord en mai 1940. Parmi ces tombes, celles des généraux Dame et Mesny chargés de la défense d’Haubourdin et Loos.
 

La nécropole nationale d'Haudourdin où sont enterrés les soldats morts pendant la bataille de Lille de mai 1940.
La nécropole nationale d'Haudourdin où sont enterrés les soldats morts pendant la bataille de Lille de mai 1940. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
Tombe d'un soldat tué le 28 mai 1940 pendant la bataille de Lille.
Tombe d'un soldat tué le 28 mai 1940 pendant la bataille de Lille. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
Tombe d'un soldat nord-africain tué le 27 mai 1940 pendant la bataille de Lille.
Tombe d'un soldat nord-africain tué le 27 mai 1940 pendant la bataille de Lille. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
Tombe d'un soldat non-identifié, mort pendant la bataille de Lille en mai 1940.
Tombe d'un soldat non-identifié, mort pendant la bataille de Lille en mai 1940. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
Tombes de deux soldats tués pendant la bataille de Lille et ses prémices en mai 1940.
Tombes de deux soldats tués pendant la bataille de Lille et ses prémices en mai 1940. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3


Emmenés en captivité après la reddition de la poche de Lille, ils sont morts en Allemagne. Le général Dame meurt en juillet 1940 de maladie à cause des mauvaises conditions d’incarcération dans la forteresse du Koenigstein.

Le général Mesny, qui contribuera à l'évasion du général Giraud, sera abattu par un SS d'une balle dans la nuque, le 19 janvier 1945.

Ces Français, sous le valeureux commandement du général Molinié, avaient durant quatre jours critiques contenu pas moins de sept divisions allemandes qui, autrement, auraient pu prendre part aux attaques du périmètre de Dunkerque.

Winston Churchill, Premier ministre britannique.


Mais avant le départ vers les camps de prisonniers, une des scènes les plus étonnantes de ce conflit se déroule sur la Grand’Place de Lille. Trois compagnies de soldats français défilent en armes mais sans munition précédés par leurs officiers.

Le général Waeger et des troupes allemandes au garde-à-vous leur rendent les honneurs militaires.
 

Les soldats allemands regardant les soldats français défiler sur la Grand'Place de Lille, le 1er juin 1940, après leur reddition.
Les soldats allemands regardant les soldats français défiler sur la Grand'Place de Lille, le 1er juin 1940, après leur reddition. © Bundesarchiv, Bild 101I-126-0311-07


L’acte est plus que symbolique. En 14/18, seuls les défenseurs du fort de Vaux près de Verdun avaient eu droit à cette reconnaissance par les Allemands. Le général von Reichenau, commandant en chef de la 6armée allemande, fait également dire au général Molinié qu’il rend hommage à "la résistance héroïque" des Français à Lille.
 

Des soldats français observant leurs camarades défiler à Lille, le 1er juin 1940.
Des soldats français observant leurs camarades défiler à Lille, le 1er juin 1940. © Bundesarchiv, Bild 101I-126-0311-19


Dans ses mémoires, Winston Churchill écrit : "Ces Français, sous le valeureux commandement du général Molinié, avaient durant quatre jours critiques contenu pas moins de sept divisions allemandes qui, autrement, auraient pu prendre part aux attaques du périmètre de Dunkerque. Ces troupes apportèrent ainsi une splendide contribution au salut de leurs camarades plus favorisés et du corps expéditionnaire britannique".  
 


Hitler pense également que la résistance de la poche de Lille l’a empêché d’en finir plus vite avec les Alliés à Dunkerque. Agacé par le temps perdu et les honneurs rendus aux Français, il fait limoger le général Waeger.

Le commandant en chef de l’armée allemande ordonne que désormais "il soit rendu compte à l’autorité supérieure de tous pourparlers de capitulation". Dans la journée, Hitler arrive près de Lille, à Annappes où il passera la nuit dans le château de Brigode...
 

► La suite de notre série demain avec la journée du 2 juin 1940. Vous pouvez relire les épisodes précédents dans le récapitulatif ci-dessous :
 

 

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