1940, la bataille de France au jour le jour : 31 mai, 68 000 hommes évacués de Dunkerque en une journée

EPISODE 23 - C'était il y a 80 ans. Le début de la Seconde Guerre Mondiale. La journée commençait par une nouvelle tragédie en mer avec le naufrage du Siroco, touché par des bateaux et des avions allemands. 68 000 hommes étaient évacués de Dunkerque tandis qu'un cessez-le-feu se négociait à Lille.

Les soldats britanniques évacués de Dunkerque, heureux et soulagés de retrouver Douvres et l'Angleterre le 31 mai 1940.
Les soldats britanniques évacués de Dunkerque, heureux et soulagés de retrouver Douvres et l'Angleterre le 31 mai 1940. © IWM H 1656

Un peu après minuit, le torpilleur Siroco quitte Dunkerque avec 930 hommes à bord, dont 750 fantassins du 92e régiment d’infanterie.
 


Jusqu’ici le Siroco et son capitaine, Guillaume de Toulouse-Lautrec, ont eu de la chance. En trois semaines dans le détroit du Pas-de-Calais, ce navire a coulé plusieurs sous-marins allemands. Le 11 mai, au large des Pays-Bas, il a été touché par une bombe de Stuka mais celle-ci n’a pas explosé. Il a aussi échappé à l’attaque d’une vedette rapide allemande le 21 mai.
 

Le torpilleur français Siroco, construit en 1925, était un "classe Bourrasque", comme La Bourrasque, coulée la veille au large d'Ostende, après son départ de Dunkerque.
Le torpilleur français Siroco, construit en 1925, était un "classe Bourrasque", comme La Bourrasque, coulée la veille au large d'Ostende, après son départ de Dunkerque. © Naval History and Heritage Command - NH 110741


Mais cette fois, au large de Nieuport, le Siroco est attaqué par deux vedettes allemandes. Après avoir évité deux premières torpilles, le navire est touché. Les hélices sont hors d’usage.
 


Immobilisé, le Siroco est alors bombardé par un avion allemand. Les soutes de munitions sont touchées. Le torpilleur français explose. Deux navires britanniques et un torpilleur polonais, le Blyskawica, viennent en aide aux survivants qui nagent dans une épaisse nappe de mazout.
 

Le torpilleur polonais ORP Błyskawica en 1938.
Le torpilleur polonais ORP Błyskawica en 1938. © Narodowe Archiwum Cyfrowe (Archives Nationales Numériques polonaises)
L'ORP Błyskawica, qui a participé à l'Opération Dynamo mai/juin 1940, est aujourd'hui conservé à Gdynia en Pologne, où il a été transformé en navire-musée.
L'ORP Błyskawica, qui a participé à l'Opération Dynamo mai/juin 1940, est aujourd'hui conservé à Gdynia en Pologne, où il a été transformé en navire-musée. © Koefbac - CC BY-SA 4.0
L'ORP Błyskawica à Gdynia en Pologne.
L'ORP Błyskawica à Gdynia en Pologne. © Zala - CC BY-SA 4.0


Sur les 930 hommes d’équipage et soldats à bord du Siroco, seuls 270 en réchappent, dont son capitaine.

Un nombre record d'évacuations

 
A partir de 7h30, le Camp des Dunes est déplacé à hauteur du Sanatorium de Zuydcoote pour être plus près de Dunkerque. 70 000 soldats français y sont regroupés. Les Anglais embarquent désormais des plages à l’est du Sanatorium, les Français des plages à l’ouest.
 


Marc Bloch, officier d'état-major, cherche un navire pour embarquer vers l’Angleterre. Il traverse Dunkerque : "Je conserve un souvenir aigu de la ville en décombres, avec ses façades creuses, sur lesquelles flottaient de vagues fumerolles et, épars parmi ses rues, moins des cadavres que des débris humains. J’ai dans les oreilles encore l’invraisemblable fracas qui, comme le final au terme d’un opéra, vint peupler de ses sonorités nos dernières minutes, sur les rives de la Flandre : éclatements de bombes, éclatements d’obus, tac-tac des mitrailleuses, tirs de DCA".
 


Dans la soirée, Marc Bloch quitte la jetée du port de Dunkerque à bord d’un bateau anglais, le Royal Daffodil : "Un admirable soir d’été déployait sur la mer ses prestiges. Le ciel d’or pur, le calme miroir des eaux, les fumées, noires et fauves, qui s’échappant de la raffinerie en flammes, dessinaient, au-dessus de la côte basse, des arabesques si belles qu’on en oubliait la tragique origine… tout dans l’atmosphère de ces premières minutes de voyage, semblait conspirer à rendre plus pleine l’égoïste et irrésistible joie d’un soldat échappé à la captivité".
 

Le Royal Daffodil photographié en 1956. C'est à bord de ce navire que Marc Bloch embarqua à Dunkerque pour l'Angleterre le 31 mai 1940.
Le Royal Daffodil photographié en 1956. C'est à bord de ce navire que Marc Bloch embarqua à Dunkerque pour l'Angleterre le 31 mai 1940. © ZUMAPRESS/MAXPPP


Marc Bloch arrivera sain et sauf en Angleterre pour repartir vers Cherbourg. Pour lui, le combat peut continuer. Après l’armistice, il s’engagera dans la résistance. En juin 1944 il sera assassiné par la Gestapo.
 

Marc Bloch, officier d'état-major pendant la bataille de France en mai 1940.
Marc Bloch, officier d'état-major pendant la bataille de France en mai 1940.


Ce 31 mai, le Premier ministre britannique Winston Churchill est à Paris pour un conseil suprême interalliés. Il décrète ce vendredi "Journée des Français", demandant à la Royal Navy d’embarquer davantage de soldats français.

Au Sanatorium de Zuydcoote, transformé en énorme hôpital de campagne, les blessés qui peuvent marcher sont rassemblés pour une évacuation.

Parmi eux le soldat Jean Beauvalot, originaire de Craywick : "Ici, au milieu de la plaine, il y avait un drap immense de la Croix Rouge pour montrer aux avions allemands que c’était un hôpital militaire. Les pilotes allemands passaient parfois au-dessus de nous - je ne sais pas si c’était pour nous narguer - en battant des ailes ou en nous faisant signe du bras. Le vendredi 31 mai, il y avait peut-être 150 ambulances ici".
 

durée de la vidéo: 01 min 18
31 mai 1940 : un ancien combattant raconte son évacuation de Dunkerque vers l'Angleterre


"Nous avons eu l’ordre - tous les blessés français qui pouvaient se déplacer par eux-mêmes sans aucune aide - de nous rassembler pour embarquer à Dunkerque. Nous avons réussi à embarquer le long de la jetée Ouest, sur deux navires. C’étaient des malles, des bateaux qui faisaient habituellement Boulogne-Folkestone ou Calais-Douvres. Des navires assez longs qui étaient tout au bout de la jetée Est. Et moi, j'ai embarqué sur le Lady of Mann".
 

Le Lady of Mann, photographié dans les années 1930. Le soldat Jean Beauvalot embarqua à son bord le 31 mai 1940, lors de l'évacuation de Dunkerque.
Le Lady of Mann, photographié dans les années 1930. Le soldat Jean Beauvalot embarqua à son bord le 31 mai 1940, lors de l'évacuation de Dunkerque. © Harvey Milligan - Domaine public


Malgré les lourdes pertes en mer, 68 000 soldats seront embarqués ce 31 mai vers l’Angleterre. Un record qui ne sera plus égalé d’ici la fin de l’Opération Dynamo.
 

Deux "Little Ships" évacuant de nombreux soldats de Dunkerque pendant l'Opération Dynamo en mai 1940.
Deux "Little Ships" évacuant de nombreux soldats de Dunkerque pendant l'Opération Dynamo en mai 1940. © MEDIA DRUM WORLD/MAXPPP
Un navire rempli de soldats évacués de Dunkerque devant le port et le château de Douvres, en Angleterre, le 31 mai 1940.
Un navire rempli de soldats évacués de Dunkerque devant le port et le château de Douvres, en Angleterre, le 31 mai 1940. © IWM H 1662
Des soldats britanniques débarquant à Douvres, en Angleterre, le 31 mai 1940.
Des soldats britanniques débarquant à Douvres, en Angleterre, le 31 mai 1940. © IWM H 1640
Un marin aide un soldat britannique blessé à débarquer à Douvres le 31 mai 1940.
Un marin aide un soldat britannique blessé à débarquer à Douvres le 31 mai 1940. © IWM H 1622
Des soldats britanniques revenus de Dunkerque, à Douvres le 31 mai 1940.
Des soldats britanniques revenus de Dunkerque, à Douvres le 31 mai 1940. © IWM H 1624
Des soldats britanniques et français descendant à quai, au port de Douvres, le 31 mai 1940.
Des soldats britanniques et français descendant à quai, au port de Douvres, le 31 mai 1940. © IWM H 1686
Des soldats français et belges évacués à Douvres le 31 avril 1940.
Des soldats français et belges évacués à Douvres le 31 avril 1940. © IWM H 1688
Des soldats britanniques évacuant un blessé à Douvres le 31 mai 1940.
Des soldats britanniques évacuant un blessé à Douvres le 31 mai 1940. © IWM H 1670
Un soldat britannique donnant à boire à un camarade blessé, à Douvres, le 31 mai 1940.
Un soldat britannique donnant à boire à un camarade blessé, à Douvres, le 31 mai 1940. © IWM H 1642
Les soldats britanniques rentrés par le port de Douvres prennent directement le train, ce 31 mai 1940.
Les soldats britanniques rentrés par le port de Douvres prennent directement le train, ce 31 mai 1940. © IWM H 1619
Du thé est servi aux soldats revenus de Dunkerque à la gare d'Addison Road, à Londres, le 31 mai 1940.
Du thé est servi aux soldats revenus de Dunkerque à la gare d'Addison Road, à Londres, le 31 mai 1940. © IWM H 1630
Un soldat britannique, évacué ce 31 mai 1940, porte sur sa tête un casque allemand.
Un soldat britannique, évacué ce 31 mai 1940, porte sur sa tête un casque allemand. © IWM H 1635
Les soldats évacués se ravitaillent à la gare londonienne d'Addison Road, le 31 mai 1940.
Les soldats évacués se ravitaillent à la gare londonienne d'Addison Road, le 31 mai 1940. © IWM H 1632


Ce 31 mai, c'est aussi le jour où la Royal Air Force et la DCA abattent le plus d’avions allemands au-dessus de Dunkerque : 77 en cette seule journée.

A Paris, Churchill assure également à ses alliés que les Britanniques défendront le périmètre de Dunkerque aussi longtemps que les Français : "Bras dessus, bras dessous". Mais au même moment à Dunkerque, le général britannique Gort se rend au QG français dans le bastion 32 pour annoncer son départ. Il est remplacé à la tête des forces britanniques par le général Alexander qui ordonne l’embarquement immédiat de toutes les forces britanniques.
 

Lord Gort à Arras le 15 octobre 1939.
Lord Gort à Arras le 15 octobre 1939. © IWM O 177
Le Bastion 32, près du port de Dunkerque, était le QG des Forces Françaises en mai/juin 1940. Il abrite aujourd'hui le musée Dunkerque 1940, consacré à l'Opération Dynamo.
Le Bastion 32, près du port de Dunkerque, était le QG des Forces Françaises en mai/juin 1940. Il abrite aujourd'hui le musée Dunkerque 1940, consacré à l'Opération Dynamo. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3


A minuit, les défenseurs britanniques de la poche de Dunkerque quittent le secteur de La Panne et Bergues pour se replier vers les plages.

Pour faire face au départ des Britanniques, le général Janssen fait reculer ses hommes jusqu’à Uxem, derrière les marais inondés.
 


La poche de Dunkerque se réduit un peu plus. Le général Janssen s’installe dans le Fort des Dunes à Leffrinckoucke. Pour défendre l’est de Dunkerque, il lui reste la 12e DIM, le 27e GRPI et des éléments d’infanterie du Secteur Fortifiés des Flandres, soit 8000 soldats français face à 72 000 Allemands selon l’historien Dominique Lormier.
 

Le secteur de la Colme, près de Warhem, abandonné par les Français ce 31 mai 1940/
Le secteur de la Colme, près de Warhem, abandonné par les Français ce 31 mai 1940/ © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3


Les Allemands attaquent Bergues après d’importants bombardements qui détruiront la charpente en bois du Beffroi.
 

Le beffroi de Bergues après l'incendie du 30 mai 1940.
Le beffroi de Bergues après l'incendie du 30 mai 1940. © Guy Rommelaere, "Bergues, 1939-1945 : du martyr à la résurrection"


Dans les remparts, tirailleurs tunisiens et fantassins français tiennent bon et repoussent les assauts.
 

Les remparts de Bergues, près de Dunkerque.
Les remparts de Bergues, près de Dunkerque. © BELPRESS/MAXPPP
Le beffroi de Bergues dont la charpente est détruite dans un incendie le 30 mai 1940. Il sera dynamité 4 ans plus tard par les Allemands et reconstruit après la guerre.
Le beffroi de Bergues dont la charpente est détruite dans un incendie le 30 mai 1940. Il sera dynamité 4 ans plus tard par les Allemands et reconstruit après la guerre. © Sébastien Jarry/MAXPPP

 

Cessez-le-feu à Lille


A Lille, la situation devient impossible pour les Français encerclés. Les Allemands progressent au cours de violents combats de rue. A 17h, le quartier Canteleu à Lambersart est pris. Les Français détruisent leurs armes avant de se rendre.
 

Une barricade à Lille en mai 1940.
Une barricade à Lille en mai 1940. © Bundesarchiv, Bild 101I-126-0310-05


A Loos, des soldats du 9e Régiment de Dragons contre-attaquent une dernière fois avec un char et deux chenillettes. Ils ramèneront 11 prisonniers allemands. Mais à 18h, les derniers défenseurs de Loos doivent déposer les armes, à court de munitions. A Haubourdin aussi, les Français puisent dans leurs dernières ressources.

A 20h30, le général Jean-Baptiste Molinié rencontre le général allemad Kurt Waeger dans une maison de la rue de la Rache à Haubourdin, à quelques dizaines de mètres du pont du Moulin Rouge pour lequel les tirailleurs de la 5e Division Nord-Africaine se battent depuis trois jours.
 

C’est dans cette maison d'Haubourdin que les généraux Molinié et Waeger ont négocié la reddition des forces françaises encerclées à Lille le 31 mai 1940.
C’est dans cette maison d'Haubourdin que les généraux Molinié et Waeger ont négocié la reddition des forces françaises encerclées à Lille le 31 mai 1940. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
Haubourdin, quartier du pont du Moulin Rouge.
Haubourdin, quartier du pont du Moulin Rouge. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
L’église Saint-Maclou d’Haubourdin a perdu son clocher dans les bombardements de la ville en 1940.
L’église Saint-Maclou d’Haubourdin a perdu son clocher dans les bombardements de la ville en 1940. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3


Les deux généraux se mettent d’accord sur les termes de la reddition. Les Français peuvent conserver leurs armes et leurs positions jusqu’au lendemain. Le cessez-le-feu est ordonné à 22h.


► La suite de notre série demain avec la journée du 1er juin 1940. Vous pouvez relire les épisodes précédents dans le récapitulatif ci-dessous :
 

 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
seconde guerre mondiale culture histoire belgique international
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter