Bailleul-Belval : comment les habitants réagissent aux nouveaux centres de migrants ?

Un migrant devant l'ancien hôtel Formule 1 de Bailleul / © PHILIPPE HUGUEN / AFP
Un migrant devant l'ancien hôtel Formule 1 de Bailleul / © PHILIPPE HUGUEN / AFP

De Bailleul à Belval, les habitants oscillent entre colère et bienveillance relative face aux centres de migrants. 

Par AFP

De Bailleul, ville plutôt prospère des Flandres, à Belval, hameau verdoyant du Pas-de-Calais, la population oscille entre colère et bienveillance relative après l'annonce de la création de deux centres d'accueil de migrants d'un type nouveau.

"Bailleul est une ville tranquille, ce centre, ça fait peur aux gens, ça ne nous plaît pas trop": au pied du beffroi de cette commune proche la frontière belge, Antoine, 18 ans, se montre surpris, comme beaucoup d'habitants, par l'annonce du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb de l'implantation d'un Centre d'accueil et d'évaluation des situations (CAES).

"Tout le monde est contre. Ici, normalement, il ne se passe jamais rien. Vous êtes chez les Flamands, les gens aiment rester entre eux et faire la fête, ils ne boivent pas des mojitos mais des bières ! Et au restaurant on vous sert des carbonades ou du potjevleesch", raconte un commerçant, préférant ne pas être cité.

Le CAES sera implanté dans un ancien hôtel Formule 1, à proximité immédiate de l'autoroute A25 et d'un hypermarché situé de la zone commerciale de cette ville touristique de 15 000 habitants. Là aussi, les habitants rencontrés voient majoritairement d'un mauvais oeil l'arrivée de migrants dans ce CAES, qui pourra en accueillir 85. "Quand on voit tous les SDF qui sont par ici, on devrait donner la priorité aux Français plutôt qu'aux étrangers. Et on a vu le bazar qu'ils ont mis à Calais et à Steenvoorde !", lance Justine, résidant à Bailleul et qui travaille en Belgique, comme nombre d'habitants de la commune.

Loïc, 19 ans, maillot de l'OM sur le dos, se dit aussi "très mécontent". "C'est mauvais pour l'image de la ville, alors que d'habitude c'est calme". A rebours de cette défiance, Jean-Marie, 68 ans, en revanche, dit "comprendre la douleur de ces personnes qui ont dû quitter leur pays à cause de leur religion", tout en craignant "des débordements".

"Le repos du guerrier"


L'écho diffère du côté de Belval, hameau d'une cinquantaine d'âmes logé au creux d'un vallon verdoyant. Son abbaye de briques rouges, qui était déjà un Centre d'accueil et d'orientation (CAO) de 40 places, hébergera désormais jusque 100 migrants en tant que CAES. "Ça ne dérange pas, ceux qui sont déjà là, on ne les voit pas", dit Josiane (prénom d'emprunt), retraitée d'une soixantaine d'années. Une de ses amies a apporté des
vêtements aux migrants. "Elle a trouvé des enfants propres, souriants, très bien tenus..."

A une centaine de mètres, affaité à couper du bois avec ses enfants, Eric, ouvrier en bâtiment de 49 ans, hausse les épaules: "Tant qu'on ne les voit pas, qu'ils ne viennent pas nous emmerder, ça nous dérange pas !", lance-t-il. Philippe, fermier de 59 ans, assure qu'"on ne va pas les mettre dehors, moi je suis toujours pour aider"... tout en vilipendant l'association gestionnaire de l'abbaye, partenaire de l'Etat, qui "veut ramasser du fric et faire du social, alors qu'ici les gens votent Front national".

"C'est rural, on est 50 habitants, et là il arrive le double de personnes. Ça va générer une circulation supplémentaire", s'inquiète Béatrice, 56 ans. "En plus ici les pauvres ils vont être au milieu de nulle part, coupés du monde: il n'y a pas de réseau (téléphonique), pas de bus, le seul endroit pour faire des courses est à 6 km à pied..."
Une famille irakienne devant l'abbaye de Belval / © PHILIPPE HUGUEN / AFP
Une famille irakienne devant l'abbaye de Belval / © PHILIPPE HUGUEN / AFP

Sa fille Mathilde, 27 ans, sourit: "Ici c'est le repos du guerrier. C'est bien, ça renouvelle le village car il y a beaucoup de personnes âgées". Cette professeure des écoles à Paris pointe aussi le problème qui, selon elle, conduit à "la peur de l'inconnu" chez certains habitants: "Lundi on apprenait leur arrivée à la radio et la télé, puis on a juste eu un mot du maire. On est mis devant le fait accompli".

En cause, selon le président de la communauté de communes du Ternois Marc Bridoux, qui l'a vertement fait remarquer au préfet jeudi en conférence de presse: "L'impression que l'Etat réagit à la petite semaine".


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