Barrages filtrants, opération escargot... Le secteur médico-social exprime son ras-le-bol lors d'une mobilisation inédite

De 7 heures à 11 heures du matin ce mardi 14 mai 2024, sept villes du Nord et du Pas-de-Calais vont tourner au ralenti. 80% des associations et structures des métiers de l'humain prévoient de manifester pour demander la revalorisation de leur secteur. Barrages sur les ronds-points et opérations escargots sont au programme.

Depuis la pandémie, les soignants du milieu hospitalier ont largement pris la parole pour dénoncer leurs conditions de travail invivables, non proportionnelles face à leur engagement personnel. Dans la continuité de ce mouvement national, les métiers de l'humain ont eux aussi commencé à tirer la sonnette d'alarme concernant leur profession.

Handicap, protection de l’enfance, personnes âgées, personnes en grande précarité... Les métiers de l'humain touchent à la santé, mais également au social et à la solidarité, accompagnant les publics les plus vulnérables pour leur offrir une meilleure qualité de vie. Seulement voilà, tous les professionnels s'accordent à dire que leur engagement n'est pas assez reconnu et qu'un manque de moyen dégrade leurs conditions de travail.

Pour la 3e année consécutive, les professionnels des métiers de l'humain vont donc se mobiliser dans les Hauts-de-France ce mardi 14 mai 2024.

Une "révolution" pour le secteur

Et cette fois-ci, pas question de rester sage. Trois manifestations - qui ont rassemblé 6000 personnes à chaque fois - ont déjà eu lieu ces derniers mois à Lille sans que l'information ne fasse grand bruit. "On est des gentils, on ne monte pas au créneau d'habitude. Mais là on n'en peut plus, il faut qu'on se fasse remarquer", fustige Delphine Brard, directrice de la communication chez La Vie Active à Arras. "C'est une révolution d'aller dans la rue, on n'est pas des syndicats. Une manif' classique ok, mais de là à gêner le trafic des travailleurs, on a atteint une autre dimension."

Le COMEHD (collectif des métiers de l’Humain en danger des Hauts-de-France), qui organise la mobilisation, a donc choisi de s'organiser en barrages filtrants sur les ronds-points et de constituer des opérations escargots à l’entrée des grandes villes de la région. Ces mobilisations auront lieu en simultanée sur l’ensemble du département du Pas-de-Calais et sur la ville de Lille à partir de 7h30 et jusqu'à midi.

C'est une révolution d'aller dans la rue, on n'est pas des syndicats. Une manif' classique ok, mais de là à gêner le trafic des travailleurs, on a atteint une autre dimension.

Delphine Brard, directrice de communication de La Vie active

"Même si la Picardie ne sera pas mobilisée, les Hauts-de-France sont la seule région où toutes les associations sont unies. Aucune autre région ne s'entend aussi bien que nous. On va tenir", affirme Delphine, en regrettant que cette solidarité interassociative ne soit pas partagée nationalement.

"On gagne mieux sa vie à l'hôpital"

80% des associations de la région ont accepté de participer à ces actions. La démonstration d'un ras-le-bol que les métiers de l'humain ne peuvent plus retenir. Au cœur de leur cahier de doléances : problème d'attractivité, salaires non considérés dans le SEGUR, manque de moyens, manque de place et salaires non indexés à l'inflation.

Pour Aline Delory, directrice générale de l'APEI Hénon-Carvin, qui sera en tête de cortège dans les opérations de Lens, une chose est sûre : "L'État continue de croire qu'on est une charge pour la société. Alors que nos établissements créent du lien social, consomment, créent de l'emploi, créent de la richesse humaine, participent à la culture... Nous sommes de réels acteurs de la société !"

On gagne mieux sa vie en étant aide soignante ou infirmier à l'hôpital... On ne rivalise pas avec le sanitaire donc notre relève n'est plus assurée.

Aline Delory, directrice générale de l'APEI Hénin-Carvin

Dans les 25 APEI que comprend la région, plusieurs services ont notamment été obligés de fermer leurs portes, faute de moyens pour remplacer des salariés en arrêt maladie ou démissionnaires. "On gagne mieux sa vie en étant aide soignante ou infirmier à l'hôpital... On ne rivalise pas avec le sanitaire, donc notre relève n'est plus assurée", se lamente Aline, appuyée par Delphine Brard : "Vu le coût de la vie actuellement, 200 euros de plus sur un salaire ça se prend. Donc soit les travailleurs vont voir ailleurs, soit ils ne s'engagent plus dans ce secteur." Ce qui, par conséquent, pose évidemment des problèmes pour la prise en charge des personnes dans le besoin.

Liste des lieux d'action

Dans le Pas-de-Calais :

  • Sur la ville d’Arras : barrage filtrant devant Auchan et la Cité Nature à 7h40 ;
  • Béthune : barrage filtrant au rond-point de l'autoroute, sur la zone commerciale de Fouquières-les-Béthune de 8h à 10h30 ;
  • Boulogne-sur-Mer : à partir de 7 heures, tractage au rond-point du dernier sous, au rond-point de Nausicaa et à la gare de Boulogne Ville. Opération escargot depuis tous les points de tractage vers l'A16 et jusqu'au péage de Berck ;
  • Calais : opération escargot depuis le boulevard du 8 mai, montée vers l'A16 puis direction la rocade est, sortie au rond-point zone Marcel Doré et passage dans les rues jusqu'à l'esplanade Jacques Vendroux ;
  • Lens : opération escargot depuis Vimy à 7h30, sur la N17 puis la A211, la A21 et l'A1 avec une sortie à Ikea puis un retour sur Vimy ;
  • Saint-Omer : filtrage et tractage à 7h00 au rond-point au croisement de la D928 et de l’avenue Léon Blum et au rond-point de l’avenue des Frais Fonds.

Dans le Nord :

  • Lille : démarrage du cortège à 8h, au Centre Vauban rue Colbert. Le cortège remontera l’avenue de l’Hippodrome à Lambersart puis prendra la rocade Nord Ouest jusqu’à Comines avant de revenir dans l’autre sens jusqu'au Centre Vauban, vers 11 heures.