Chicorée en danger, menacée par l'interdiction d'un herbicide non remplacé, la filière a besoin de votre soutien

La chicorée, c’est une habitude  qui s’est enracinée chez nous, il y a bien longtemps. Mais aujourd’hui, cette boisson chaude, remplaçant le café traditionnel des ch'tis, pourrait disparaître : une alerte que lance le Comité de Promotion Économique et Touristique Intercommunal de la région d’Audruicq Oye-Plage.

C'est l’interdiction, depuis janvier, d’un herbicide indispensable à la culture de cette petite plante de nos campagnes, qui fait réagir sur les réseaux sociaux. Depuis quelques jours, consommateurs et amateurs sont invités à témoigner de leur attachement pour la chicorée, boisson emblématique de notre région, sous le hashtag #TousCompletmentChicoree.

Le Comité de Promotion Économique et Touristique Intercommunal - CPETI - invite les adeptes à "raconter leurs souvenirs d’enfance, leurs utilisations culinaires ou tout simplement leur amour pour la chicorée" comme nous l’explique Cathy Denudt, chargée de développement économique et touristique à la Communauté de Communes d’Audruicq.

Avec "cette interdiction, une menace plane sur la survie de toute une filière. Car la chicorée, c’est l’ADN de notre territoire. Un patrimoine transmit de génération en génération qui, depuis quelques années, a même le vent en poupe" précise Cathy Denudt. "En récoltant ces témoignages, notre objectif est de sensibiliser le grand public à la difficulté de rencontrer, aujourd’hui, les agriculteurs et de montrer par la même occasion, le soutien de la population à toute la filière de la chicorée : agriculteurs, sécheurs torréfacteurs… »

Un produit 100 % ch’ti et exporté partout dans le monde


Semée au printemps, dans les terres sableuses du Pas-de-Calais et du Nord, puis récoltée de septembre à décembre, la chicorée est un "produit local, végétal, naturel, peu transformé, riche en fibre et qui cartonne à l’étranger " comme nous le rappelle Stéphane Catrice, Directeur de la "Chicorée du Nord", à Oye-Plage, dernière entreprise artisanale française de torréfaction.


"Cette année, c’est toute notre activité qui pourrait être menacée par cette interdiction émise par l’Union européenne" détaille Stéphane Catrice. "Bien sûr que nous sommes favorables à une économie plus verte. Mais faute d’alternative au benfluraline - le Bonalan -, utilisé comme désherbant et dont l’Union européenne n’a pas renouvelé l’approbation, la chicorée industrielle, comme sa cousine l’endive, pourrait bientôt déserter la Côte d’Opale."

Selon l’agence européenne de santé des aliments - EFSA -, le benfluraline pourrait comporter des risques d’empoisonnement à long terme pour les oiseaux et les mammifères.

Soutien unanime des élus politiques de la région

Les élus du Conseil Régional des Hauts-de-France ont assuré les cultivateurs de chicorée de leur soutien et la semaine dernière, Pierre-Henri Dumont, le député du Calaisis, a interpellé le gouvernement à l’Assemblée Nationale sur les risques qui pèsent sur les filières de l’endive et de la chicorée.

Natacha Bouchart, maire de Calais et présidente de Grand Calais Terres et Mers, a aussi alerté en écrivant au ministre de l'Agriculture pour demander que les producteurs soient indemnisés et qu’on les aide à trouver un substitut à ce produit phytosanitaire.


Le gouvernement s’était engagé à ne plus interdire aucun produit phytosanitaire tant qu’il n’y aurait pas de solution de remplacement. Mais cette fois, l’interdiction tombe directement de l’Europe et la France n’a pas d’autres choix que de s’y plier même si plus de 200 agriculteurs espèrent encore que l’Europe leur accorde un délai d’un an ou deux, le temps de trouver une solution alternative. 

"Pas d’interdiction sans solution" martèle Stéphane Catrice. "1 500 tonnes de chicorée sortent chaque année de notre usine, 70 % de cette production sont exportés dans 16 pays comme l’Australie où la chicorée jouit d’une excellente image, pour ses nombreuses vertus pour la santé et sa capacité à se substituer au café. Être entendus est primordial et tous les soutiens sont les bienvenus."


En attendant, vous pouvez toujours partager vos souvenirs, vos envies, vos trucs et vos astuces de chicorée sur la page Facebook du CPETI . Elle attend vos témoignages, cette petite racine aux vertus médicinales, utilisée depuis l’Antiquité par les Grecs et les Égyptiens et dont certains chefs cuisiniers d’aujourd’hui, en ont fait un ingrédient clé de leur recette.