Consommation d'alcool : malgré des chiffres en baisse dans les Hauts-de-France, les troubles liés à cet usage persistent

Selon une étude de Santé Publique France, publiée mardi 23 janvier, 6,8% des 18-75 ans résidant dans les Hauts-de-France consomment de l'alcool au quotidien. Un chiffre en baisse par rapport à la dernière période mesurée. L'addictologue Hakim Houchi rappelle toutefois que les troubles liés à l'usage de l'alcool existent et que des patients atteints passent encore sous le radar.

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Ce sont des chiffres qui rassurent, mais qu'il faut nuancer. L'étude de Santé publique France, parue le mardi 23 janvier dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, révèle que la France boit de moins en moins d'alcool depuis trois décennies.

Entre 2000 et 2021, la part de buveurs hebdomadaires parmi les 18-75 ans est passée de 62,6 % à 39 % et la part de consommateurs quotidiens de 21,5 % à 8 %.

La consommation varie selon le genre

Des différences notables existent selon les régions. Les Hauts-de-France se classent à la dixième place des plus grands consommateurs sur les seize régions et collectivités territoriales étudiées. 6,8% des 18-75 ans consomment de l'alcool au quotidien, en dessous de la moyenne nationale qui s'établit à 8%. 

Les Hauts-de-France peuvent également se targuer d'une baisse de la consommation d'alcool quotidienne par rapport à la dernière période mesurée entre 2017 et 2021. 

Les chercheurs notent que la consommation varie selon le genre. Les hommes dans les Hauts-de-France consomment en moyenne beaucoup plus que les femmes : 10,8% contre 3% en moyenne de consommatrices quotidiennes. Ils restent toutefois en dessous de la moyenne nationale. 

"La consommation reste présente"

Pour Hakim Houchi, médecin généraliste addictologue dans la Somme et l'Oise, il ne faut pas oublier que, malgré la baisse, la consommation reste présente. Des patients ne sont pas repérés pour leur consommation d'alcool. De plus, "passer un message que les Hauts-de-France consomment de moins en moins pourrait inciter à diagnostiquer de moins en moins". 

Il note que globalement, en France, la baisse de consommation existe depuis plus de 20 ans. "Les modes de consommation ont changé. Les jeunes consomment moins fréquemment, mais quand ils le font, c'est en quantité, et les anciens le font plus fréquemment, même si les quantités sont moindres". 

Quand on a compris que cette alcoolisation a des dommages et qu’on continue, on est dans la dépendance.

Hakim Houchi, médecin généraliste addictologue dans la Somme et l'Oise

Tomber dans l'alcoolisme dépend d'une vulnérabilité individuelle. Si certains peuvent s'en sortir, d'autres vont être poussés dans la dépendance telle qu'on la connait. Mais de quoi parle-t-on quand on évoque l'addiction ? "On parle de trouble d'usage inadapté d'une substance qui entraîne une souffrance clinique significative et le maintien du comportement consommatoire en dépit de la connaissance des conséquences négatives", explique l'addictologue. 

Cela signifie que si l'on consomme trop, on se retrouve dans un usage à risque. "Dès qu'on dépasse le repère de la Société française d'alcoologie", par exemple, c'est-à-dire "deux verres par jour" et quatre lors d'une consommation ponctuelle, lors d'un évènement par exemple, "là, on est dans l'usage à risque". 

"On parle de trouble lié à l'usage de l'alcool", d'intensité faible à sévère 

Aujourd'hui, les médecins parlent davantage d'un continuum : "on ne parle plus d'usage nocif ou de dépendance, on parle de trouble lié à l'usage de l'alcool, d'intensité faible, modérée à sévère", ajoute l'addictologue en soulignant qu'on essaie davantage de ne plus mettre les consommateurs dans des cases. 

Hakim Houchi cite deux types de profils relevés par le professeur de psychiatrie et génétique américain Claude Robert Cloninger. Le type 1, "ce sont des gens un peu plus matures, plus vieux, plutôt 30-40 ans, qui ont construit une dépendance à l'alcool en allant progressivement, en consommant de plus en plus car la vie les a poussés". 

Le deuxième représente les jeunes consommateurs "qui consomment tôt et commencent avant l'âge de 25 ans. Ils consomment beaucoup, lourdement et ont généralement des antécédents familiaux". 

S'il se dit "content que dans les Hauts-de-France, la consommation d'alcool diminue, car mécaniquement, les dommages associés", dans toutes les sphères de la vie, "seront moindres", il rappelle que l'alcoolisme reste un problème de santé publique qui n'est pas réglé.

Avec Hadrien Hubert / FTV