Coronavirus : aux Restos du Cœur comme au Secours Populaire, "on s'adapte dans l'urgence" pour l'aide alimentaire

"Privés des bénévoles âgés, on s'est adaptés dans l'urgence" mais "on manque de masques !", lance un représentant du Secours populaire. Au bout du fil, la préfecture du Nord réunit virtuellement une quinzaine d'associations spécialisées dans l'aide alimentaire, après un mois de crise sanitaire.
 

Des bénévoles des Restos du Cœur à Orléans, le 26 mars (image d'illustration).
Des bénévoles des Restos du Cœur à Orléans, le 26 mars (image d'illustration). © Christophe ARCHAMBAULT / AFP
"Le confinement, c'était compliqué au début ! Certaines équipes ont dû cesser leurs activités", résume sur haut-parleur Clémence Audouze, membre de la société Saint-Vincent-de-Paul (SSVP), qui vient en aide aux plus démunis. Dans un grésillement poli, plusieurs interlocuteurs approuvent.

Pour ces associations fonctionnant "en grande partie grâce à des bénévoles âgés" - contraints de rester chez eux pour préserver leur santé - l'épidémie a "largement diminué les effectifs et réduit l'activité", tout en aggravant les difficultés des populations vulnérables, racontent-ils tous à Daniel Barnier, préfet délégué à l'égalité des chances.

Aux "Restos du Cœur" notamment, "30% des bénévoles ont plus de 70 ans". D'autres, salariés, ont "été arrêtés pour garder leurs enfants" ou ont "fait valoir leur droit de retrait", détaille Thierry Sarrazin, responsable de l'antenne nordiste.
 
"On a dû arrêter les maraudes, le temps de s'organiser...", ajoute-t-il, imité par plusieurs associatifs qui relatent tour à tour la "diminution forcée du nombre de distributions", le "fonctionnement dégradé" des structures, et même "la fermeture temporaire de certaines".

"Les besoins ont parallèlement augmenté !", réagit un participant. "On a eu beaucoup plus de monde que d'habitude, surtout la première semaine", renchérit un deuxième, quand  un troisième décrit "une fréquentation quasi-équivalente" à la période hivernale, avec "en plus, des familles démunies bloquées à domicile".


Système D 


"Drive, livraisons à domicile", "points de distribution fixes", "bons d'achat"... Avec des équipes réduites, des précautions sanitaires drastiques et des locaux pas toujours adaptés aux "mesures barrières", les associations ont dû "revoir leurs façons de travailler", expliquent-elles, invitées par le préfet à "partager les bonnes pratiques".

Au Secours populaire, "60% de l'activité est maintenue", se réjouit le secrétaire Jean-Louis Callens, évoquant les "5000 repas distribués aujourd'hui". "Le premier soir, on a distribué 30 repas. Lundi, on était à 400, dont la moitié dans différents hôtels réquisitionnés" pour les sans-abris, se félicite Thierry Sarrazin (Restos du Cœur).
 
La Croix-rouge explique ensuite comment sa "conciergerie solidaire" prend les commandes par téléphone, évitant aux plus fragiles de se déplacer. "Comment puis-je vous aider, au delà des aides structurelles ?", demande Daniel Barnier, le préfet délégué. "Allez voir la plateforme réserve civique, qui a déjà 1000 volontaires ! Nous avons aussi des candidats chez les fonctionnaires", propose-t-il, évoquant "deux inspecteurs du permis" partis "conduire un bus médicalisé" pour l'association La Sauvegarde.
 
"Il y a maintenant beaucoup de volontaires chez les étudiants, les salariés au chômage partiel", mais "il va nous manquer des moyens", déplore M. Callens du Secours populaire, regrettant que "350 000 euros n'aient pas pu entrer dans les caisses" avec l'annulation des évènements publics.

"On est inquiets, car on n'a reçu que 500 masques !", plaide-t-il. "Les masques sont réservés aux soignants...Nous avons réussi à étendre aux personnels des maraudes, (...) on essaiera encore d'aller plus loin", répond le préfet. Certains évoquent des "problèmes logistiques", comme la "recherche d'un camion réfrigéré" près d'un hôtel "dénué de frigos et micro-ondes", ou celle d'une salle des fêtes, "pour avoir des cuisines". "Mais demain ce sera sandwiches, c'est au jour le jour".
 

Des stocks pour "tenir deux mois"


"Point positif: l'approvisionnement se fait, les stocks permettront de tenir deux mois", se réjouit Jacques Devaux, président de la Banque alimentaire du Nord, qui fournit 160 associations partenaires. Si 20% d'entre elles ont cessé leur activité, "des partenariats ont été lancés en urgence" avec d'autres capables de "pallier des défaillances locales".

"Les dons sont nombreux, le public solidaire" et avec les "chèques services" de l'Etat et le soutien des collectivités, "on tient bon", assurent plusieurs intervenants.

Mais "il faudra varier les menus", observe M. Callens, car "à force, le pain, laitage, fruit et conserve, ce n'est plus suffisant".
   
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