Coronavirus : "J'ai mangé chinois", "J'attends un colis de Chine", quand le SAMU du Nord reçoit des appels paniqués

Le SAMU reçoit des centaines d'appels, pas toujours cohérents.

© FREDERIK GILTAY / FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS
Des masques pris d'assaut dans les pharmacies, des centaines d'appels au SAMU... Les autorités sanitaires font face depuis le début de l'épidémie du coronavirus à une vague d'appels – 150 à 200 par tranche de 24H – pas toujours cohérents.

 

"Effets fantasmagoriques"


"On n'appelle pas le 15 si on attend un colis Amazon qui vient de Chine", peste Patrick Goldstein, chef du service des urgences et du SAMU au CHU Lille. "On n'appelle pas le 15 si on va au restaurant chinois. On n'appelle pas le 15 si on était Gare du Nord ou si on a été à Lille Europe et qu'on a croisé du monde. On n'appelle pas le 15 si on est chirurgien-dentiste et qu'on a des patients chinois qui sont pas allés en Chine depuis 10 ans."
 
En revanche, "les seuls appels qu'on devrait recevoir sur ce coronavirus, c'est : je reviens de Chine, depuis moins de 14 jours, je fais de la température, j'ai une infection respiratoire basse", martèle le médecin urgentiste.
 
Coronavirus en Chine : quand le SAMU est bombardé d'appels paniqués

"Il y a obligatoirement, et c'est probablement naturel, un certain nombre d'effets fantasmagoriques et de craintes qui sont totalement injustifiées" assure-t-il.

 

La grippe plus dangereuse ?


Ces peurs irrationnelles se traduisent également par une ruée dans les pharmacies, où les masques de protection sont pris d'assaut. "Il y a plus rien ! On a tout pris depuis 48 heures", déplore Mohammet Telha, pharmacien, pour qui "il n'y a pas de quoi s'inquiéter, les autorités sanitaires en France ont fait le nécessaire".
 
 "Il ne sert à rien de se précipiter dans toutes les pharmacies de France pour acheter des masques de protection" confirme Patrick Goldstein. "Si quelques précautions sont prises, si on se lave les mains, si on évite d'être en face de quelqu'un dès lors qu'on est un peu enrhumé, on sera plus à l'abri d'une épidémie de grippe particulièrement sévère cette année."
 
Ce que l'on sait du coronavirus
► Quel bilan pour l'instant ?
Il se monte ce lundi matin à 2744 cas, dont 80 mortels, en Chine, d'où l'épidémie est partie. D'autres pays d'Asie sont touchés et quelques cas ont été détectés en Australie, en France et aux Etats-Unis. Aucun patient n'est mort hors de Chine. "A l'heure actuelle, il est difficile de déterminer le taux de mortalité puisqu'au stade initial de l'épidémie, on détecte seulement les cas sévères plutôt que les cas plus légers, voire asymptomatiques" (sans symptôme), explique dans la revue médicale The Lancet la scientifique chinoise Lili Ren. En d'autres termes, on sait combien de patients sont morts à cause de ce virus, mais pas combien sont réellement infectés au total. Auparavant, seules deux épidémies mortelles ont été causées par un coronavirus : le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) et le Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient). "De façon générale, les patients (touchés par le nouveau virus) sont dans un état moins grave qu'avec le Sras", a déclaré ce samedi le professeur français Yazdan Yazdanpanah.

 Quels symptômes ?
Certains sont similaires à ceux du Sras, selon les travaux de scientifiques chinois publiés vendredi par The Lancet, basés sur les 41 premiers cas repérés en Chine. Tous ces patients avaient une pneumonie, la quasi-totalité avait de la fièvre, les trois-quarts toussaient, plus de la moitié avait des difficultés respiratoires. Mais "il y a d'importantes différences avec le Sras, comme l'absence de symptômes affectant les voies aériennes supérieures (nez qui coule, mal de gorge, éternuements)", analyse l'auteur principal de ces observations, le Pr Bin Cao. L'âge moyen des 41 patients est de 49 ans, 30 d'entre eux sont des hommes et 27 s'étaient rendus au marché de Wuhan, d'où est partie l'épidémie. Enfin, près d'un tiers a présenté une détresse respiratoire aiguë et six sont morts.

► Quelle transmission d'humain à humain ?
C'est une question centrale. Si le risque de transmission d'humain à humain était d'abord jugé "faible", il ne fait aujourd'hui plus de doute. Reste à connaître son intensité. "Le problème, c'est que nous n'avons pas encore assez de données pour déterminer précisément le taux de reproduction de base de cette maladie", souligne le Pr William Keevil (Université de Southampton, Angleterre). Utilisée en épidémiologie, cette unité désigne le nombre moyen de cas provoqués par un seul patient atteint d'une maladie transmissible. "Si ce taux est élevé et que le virus mute à l'avenir vers une forme plus dangereuse, cela deviendrait préoccupant", selon le Pr Keevil. La période d'incubation (entre l'infection et l'apparition de symptômes) est estimée à deux semaines maximum.
 
► Quelle origine ?
Les chercheurs estiment que ce nouveau virus provient probablement des chauve-souris, comme celui du Sras, avec lequel il partage 80% de similitudes sur le plan génétique. Mais on ne sait toujours pas quel animal l'a transmis à l'homme. Mercredi, une équipe chinoise a émis l'hypothèse que cela pourrait être le serpent, mais cela a aussitôt été contesté par d'autres experts, qui penchent plutôt pour un mammifère. Identifier cet animal est important, car cela pourrait contribuer à juguler l'épidémie. Dans le cas du Sras, l'animal en cause s'était avéré être la civette, mammifère dont la viande est appréciée en Chine. "C'est en interdisant la consommation des civettes et en fermant les fermes d'élevage qu'on avait pu prévenir toute réintroduction" du virus, rappelle le Pr Arnaud Fontanet, de l'Institut Pasteur à Paris. A l'inverse, l'une des raisons pour lesquelles l'épidémie de Mers se poursuit est le fait que le réservoir du virus est le dromadaire, un animal domestique.

► Comment se protéger ?
Autorités sanitaires et scientifiques mettent en avant l'importance des "mesures-barrières", efficaces pour d'autres maladies virales comme la grippe : se laver les mains fréquemment, tousser ou éternuer dans le creux de son coude ou dans un mouchoir dont on se débarrasse ensuite, éviter de se toucher le visage (nez, mains, bouche)... En outre, si un cas est avéré, le patient doit être placé à l'isolement pour éviter la contagion. "Etant donné qu'un grand nombre de malades du Sras et du Mers ont été infectés dans des lieux de soins, il faut prendre des précautions pour éviter que le virus se propage dans les établissements de santé", écrivent des scientifiques internationaux dans un commentaire publié par The Lancet.
 
(AFP)
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société