Covid-19 : le gouvernement envisage un dépistage test de toute la population à Lille et Roubaix

Le professeur lillois Philippe Froguel a soumis aux autorités sanitaires une note détaillée pour envisager le dépistage massif de toute la population des villes de Lille et Roubaix avant la fin du mois de novembre. Une technique qui pourrait ensuite être généralisée à toute la France.

Image d'illustration d'une file d'attente pour réaliser un test PCR.
Image d'illustration d'une file d'attente pour réaliser un test PCR. © PHOTOPQR/LA PROVENCE/MAXPPP
15 jours avant la date initiale fixée par le gouvernement pour entamer un déconfinement progressif, le ministère de la Santé entend jour après jour des professeurs et des chercheurs afin de déterminer la stratégie de dépistage à adopter. Parmi eux, le professeur lillois Philippe Froguel a semble-t-il réussi à capter l’oreille attentive des autorités sanitaires. 

Avec une poignée d’experts en tests, il a adressé une note à Emmanuel Macron il y a 7 jours pour lui soumettre l’idée d’un dépistage massif de la population à l’aube du déconfinement, en testant cette stratégie dans le Nord de la France, et plus particulièrement à Lille et Roubaix, avant de la généraliser à la France entière. Cette stratégie a déjà été mise en place à l'échelle d'une ville, Liverpool (voir encadré) ou d'un pays, la Slovaquie. Jeudi 12 novembre, le ministre de la santé Olivier Véran l'a appelé et lui a demandé une note technique plus poussée. Un rendez-vous a été fixé au mardi 17 novembre. 

"Nous avons eu une longue réunion avec le directeur général de la Santé, le ministre Véran et le directeur de l’ARS des Hauts-de-France hier, explique le professeur Froguel. Nous avons soumis l’idée d’un dépistage massif test à Lille et Roubaix, soit un peu moins de 400 000 personnes." La décision finale devrait être connue en fin de semaine, le dépistage pourrait quant à lui avoir lieu avant la fin du mois de novembre.

Un dépistage massif, c’est quoi ?

Cette stratégie de dépistage massif consiste à tester le maximum de personnes sur un territoire donné pour pouvoir isoler les personnes infectées. "On ne peut pas forcer des gens à se faire tester, ce n’est pas possible, explique le professeur Froguel. Il faut donc toucher toutes les populations. Vous êtes jeune, vous avez 20 ans, vous voulez faire la fête et retrouver une vie un peu plus normale, alors participez au test."

"C’est pas ça qui va éradiquer le virus, mais ça va nous permettre d’éviter une troisième vague en attendant le vaccin."

Professeur Philippe Froguel

Il faut également s’assurer que la quantité de tests nécessaires soit disponible. "On milite pour un mélange des tests PCR et salivaires, qui sont plus simples parce qu’on peut faire des auto-tests." Le problème, c’est qu’ils ne sont pour l’heure autorisés par la Haute Autorité de Santé Publique que pour les personnes symptomatiques. "Même si on milite moins pour les tests antigéniques, le gouvernement nous a affirmé qu’ils étaient disponibles pour être déployés massivement et rapidement."

Pourquoi Lille et Roubaix ?

Les villes de Lille et Roubaix ont été pré-sélectionnées par le Professeur Froguel parce qu’elles ont "malheureusement longtemps été les premières de la classe" en terme de contamination. A la fin du mois d’octobre, la ville de Roubaix avait le taux d’incidence le plus important de France, plus d’un habitant sur 100 était alors testé positif à la Covid-19. Dans la métropole lilloise, le taux d’incidence a fortement chuté depuis la mise en place des restrictions.
De plus, ces zones urbaines réunissant un peu moins de 400 000 habitants présentent l’avantage de tester rapidement et massivement selon le professeur, contrairement à des zones plus reculées. Il prend l’exemple du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui a annoncé il y a quelques jours le dépistage de toute la population régionale. "Cela sera bien plus compliqué à mettre en place dans les montagnes" note le chercheur.

Troisième raison possible, cette décision pourrait être motivée par un "concours de bonnes fées." Le professeur Froguel a proposé ces deux villes, tandis que l’ancien directeur de l’ARS des Hauts-de-France a récemment été nommé secrétaire général du ministère de la Santé. Un poids de plus ?

Quelle organisation ?

Dépister massivement une population demande une organisation colossale. Au-delà des tests, il faut pouvoir prévenir la population, avoir assez d’agents compétents pour réaliser ces tests et multiplier les lieux de dépistage pour les effectuer afin de toucher tous les publics dans les plus brefs délais. 

"On pense qu’il faudrait organiser ce dépistage massif dans le courant de la semaine prochaine. Si la décision est réellement prise à la fin de la semaine, on peut mettre ça en place."

Professeur Philippe Froguel

Le professeur Froguel en appelle ainsi à la mobilisation des élus et des collectivités locales pour porter le projet et prévenir les populations, via des SMS, des mails ou du porte-à-porte grâce au personnel communal. 

Selon lui, il faudra mobiliser entre 1000 et 2000 agents pendant deux à trois jours pour réaliser le maximum de tests sur un minimum de temps. Ils devraient être déployés dans des centres de dépistages existants comme celui installé dans le Zénith de Lille par exemple, mais également dans des tentes montées devant les pharmacies. "Il faudra également envoyer des équipes pour aller voir les personnes âgées chez elles" prévient le professeur.

Selon la proportion de positivité de ces tests, une surveillance sera mise en place et des tests aléatoires pourraient par la suite être pratiqués.
L’exemple de dépistage massif de la ville de Liverpool
Vendredi 6 novembre, un dépistage massif a été mis en place à Liverpool, l’une des villes du Royaume-Uni les plus touchées par la deuxième vague de Covid-19. Les 500 000 habitants ont été invités à être testés. Des moyens humains colossaux ont été déployés, notamment en ayant recours aux militaires et en déployant de nouveaux centres de dépistages. En parallèle, des  kits de tests individuels ont été donnés, avec pour objectif d'en envoyer jusqu'à 40 000. Au 16 novembre, 120 000 habitants avaient été testés. 
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