Des élèves du Nord luttent contre le harcèlement scolaire : "je me suis rendue compte des dégâts que ça pouvait causer"

Prévenir et lutter contre le harcèlement entre élèves est un objectif du ministère de l'Éducation nationale. Dans le cadre de son concours "Non au harcèlement", des collègiens de Mons-en-Barœul remportent un prix pour leur affiche. A Louvroil, un court métrage dénonce avec force ce fléau. 

Les élèves du collège Rabelais de Mons-en-Barœul avec leur affiche, premier prix dans cette catégorie du concours 2020 « Non au Harcèlement » du ministère de l’Education nationale.
Les élèves du collège Rabelais de Mons-en-Barœul avec leur affiche, premier prix dans cette catégorie du concours 2020 « Non au Harcèlement » du ministère de l’Education nationale. © Collège Rabelais Mons-en-Barœul

Près de 700000 élèves toutes catégories sociales confondues sont harcelés chaque année, (source enquête victimation 2015 – DEPP). Echec scolaire, traumatismes plus profonds (angoisse, dépression, troubles du sommeil, etc.), ce phénomène inquiétant peut avoir de graves répercussions, allant jusqu’au suicide.

Parce que rendre les élèves acteurs de la lutte contre le harcèlement, est une des manières de lutter contre ce grave fléau, le ministère chargé de l’Éducation nationale organise chaque année un concours "Non au harcèlement". Objectif : donner la parole aux jeunes pour qu’ils s'expriment collectivement sur le harcèlement à travers la création d’une affiche ou d’une vidéo.

Où commence le harcèlement ?

Qu’elle soit verbale, physique ou psychologique, on entend par harcèlement, une violence répétée. Insultes, menaces, bousculades, messages injurieux à répétition, au sein de l’école, elle est généralement le fait d’un ou de plusieurs élèves à l’encontre d’un élève plus fragile ou plus timide qui aura plus de mal à se défendre

Lorsqu’un enfant ou un adolescent est insulté, menacé, battu, bousculé ou reçoit des messages injurieux à répétition, on parle donc de harcèlement.

Avec l’utilisation permanente des nouvelles technologies de communication (téléphones portables, réseaux sociaux), le harcèlement entre élèves se poursuit également en dehors de l’établissement scolaire, on parle alors de cyber-harcèlement.

La réponse des jeunes de Louvroil

Moqueries et messages injurieux dans son quartier mais aussi sur les réseaux sociaux, c’est ce que subit au quotidien, la jeune collégienne, Sephora dans le court métrage "DA’IMAN".

Un court-métrage réalisé à 90% par les enfants du Centre Socio-Culturel "Rail-Atac" de Louvroil. Comme l’explique Sophian Raki, le Directeur du centre social, "peu de temps avant le 1er confinement, nous avions été alertés par un problème de harcèlement, suite à une embrouille entre 2 jeunes fille. L’une des premières valeurs d’un centre social, c’est la dignité humaine, dès lors, il nous semblait primordial de dénoncer ce fléau et de sensibiliser sur l’importance de parler, que l’on soit victime, mais également témoin de harcèlement."

Les jeunes du centre social "Rail-Atac" de Louvroil avec leur encadrement par Script Show travaillent à leur court-métrage.
Les jeunes du centre social "Rail-Atac" de Louvroil avec leur encadrement par Script Show travaillent à leur court-métrage. © Centre social "Rail-Atac"

Jérémy Sirre, le Président de Script Show, l’association maubeugeoise d’audiovisuel qui a encadré les jeunes du centre socio culturel, salue l’implication de ces adolescents qui  ne sont ni acteurs, ni réalisateurs.

Ils ont voulu montrer à l’écran, que la répétition de « petites » moqueries faisait parfois plus mal et occasionnait plus de souffrance qu’un coup de poing par exemple.

Jérémy Sirre, Président de Script Show

D’où le titre du court métrage "Da'iman" qui signifie "Toujours" en arabe, choisi par les jeunes pour un scénario écrit de concert avec les responsables de Script Show.

Visible sur le net, le court-métrage sera présenté en juillet prochain au centre social de Louvroil, en présence d’un psychologue et donnera lieu à un débat.

Champion de France de la lutte contre le harcèlement !

C’est le titre que se sont attribués les élèves du Collège Rabelais de Mons-en-Barœul, depuis qu’ils se sont vu remettre par le ministère de l’éducation nationale, le 19 mai dernier, le 1er prix pour la catégorie "affiches collège". Un prix obtenu pour la création de l’affiche "Ensemble, gagnons contre le harcèlement", qui s’inspire du jeu du Scrabble.

Un projet valorisant, mené en dehors des heures de cours par un médiateur de Citéo, en collaboration avec le documentaliste du collège, un professeur d’EPS, l’assistante sociale, la conseillère principale d’éducation et proposé à un groupe d’élèves de cinquième et de troisième. Un projet porteur de sens, comme en témoigne Miliana, élève de 3ème : "cette expérience a changé mon regard, je me sens plus engagée, dans la lutte contre ce fléau."

Un projet pour activer les consciences, nous dit Meaza : "j’espère que notre participation va libérer la parole et encourager les témoins à en parler."

Si ce prix est une belle récompense pour ces collégiens volontaires, et leurs encadrants, il va permettre grâce à un chèque de 1000 euros de développer  d’autres actions, comme la création d’un groupe de parole, d’une radio au sein du collège pour favoriser l’expression, ou encore une cellule vidéo.

L'affiche du collège Rabelais récompensée dans le concours "Non au Harcèlement" s'inspire du Scrabble.
L'affiche du collège Rabelais récompensée dans le concours "Non au Harcèlement" s'inspire du Scrabble. © Collège Rabelais Mons-en-Barœul

Avec ce prix, c’est également l’ensemble des opérations de prévention menées au sein du collège qui sont saluées.

Et un et deux et trois pour le collège de Mons-en-Barœul

Car le collège Rabelais n’en est pas à son premier titre. Par deux fois, il a déjà obtenu un prix au niveau de l’académie. Celui de cette année sera officiellement remis le 17 juin dans l'établissement en présence de responsables de l’académie de Lille.

Comme l’explique Brahim Khiter, le directeur du collège, "nous avons depuis trois ans mis en place une politique éducative. Le harcèlement, mais également les addictions ou encore les inégalités filles/garçons sont autant de priorités pour lesquelles nous menons des actions de prévention et d’accompagnement."

De la prévention, qui passe par des actions concrètes tout au long de l’année scolaire, comme la création d’un jeu de société pour lutter contre le harcèlement, l’écriture d’une BD, la réalisation d’un escape game, ou plus récemment encore un parcours virtuel mettant en scène un personnage face à des situations de harcèlement.

Des actions qui chaque année se concrétisent par une semaine de prévention contre le harcèlement au sein de l’établissement scolaire.

Brahim Khiter, le rappelle, "l’objectif est véritablement de fédérer l’ensemble de la communauté scolaire sur cette thématique, qui peut faire beaucoup de dégâts." Une prise de conscience pour de nombreux élèves.

J’étais motivée pendant cette campagne de prévention, car je me suis rendue compte des dégâts que pouvait causer le harcèlement.

Aliocha, en 3ème au collège Rabelais

Un projet fédérateur, au point que cette année, l’ensemble des élèves du collège, a participé au concours national. Si le visuel de l’affiche a été imaginé par le groupe de volontaires et leurs encadrants, plusieurs slogans ont été soumis à l’approbation de l’ensemble des collégiens de Rabelais.

"Ensemble, gagnons contre le harcèlement" aura cette année, fait l’unanimité au sein du collège de l’avenue Adenauer, pour faire de ces collégiens, des champions de France de la lutte contre le harcèlement.

 

 

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