Douai : un homme chassé d'une salle de sport en raison de son odeur

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A Douai, un homme a vu son abonnement à sa salle de sport prendre fin brutalement. En cause ? Son odeur corporelle trop puissante selon le responsable de l'établissement. Pour l'homme, le vrai problème serait sa couleur de peau. 

Mercredi, à la fin de sa séance de sport au Multiform de Faubourg de Béthune à Douai, Freddy (nom d'emprunt) a eu une surprise fort désagréable. 
"Alors que je m’apprêtais à quitter la salle, le patron est venu vers moi et m’a dit que plusieurs clients étaient indisposés par l’odeur acide de ma transpiration, raconte le jeune homme à la Voix du Nord. Il m'a dit qu'il qu’il ne souhaitait plus me voir chez lui."

Inscrit depuis février, le trentenaire d'origine parisienne affirme être tombé des nues. "Ça faisait plus de six mois que je fréquentais son établissement sans qu’il se plaigne de quoi que ce soit. Je me suis senti rabaissé comme jamais dans ma vie." Rapidement le ton monte. La police de Douai est dépêchée sur les lieux sur un appel du responsable.  

Une odeur insup​portable

"L'odeur incommodait l'ensemble de la salle depuis des mois c'était devenu insupportable, indique le patron de Multiform. Ce n'est pas a première fois que ce genre de choses arrive. Je suis dans l'obligation de signaler aux gens qu'ils doivent prendre des mesures pour leur odeur sinon ça gêne la clientèle."

Si Freddy précise qu'il possédait des chaussures de sport dans son sac et une serviette comme le stipule le règlement. Un employé du club de sport de Douai rappelle que l'homme portait tout le temps la même tenue de sudation.  "Ce ne sont pas des choses faciles à dire, se défend le responsable de la salle. Je ne sais pas si c’est un problème d’hormones ou de vêtements, mais le problème se posait à chaque fois qu’il pratiquait, il sentait trop fort."

Délit​ de faciès ?

Pour Freddy, c'est moins son odeur que sa couleur de peau qui aurait posé problème. "Pour moi, c’est du racisme déguisé, explique-t-il. Je suis noir, autant dire que des blagues sur la forte odeur, j’y ai droit depuis que je suis tout gamin… Mais là, qu’on me mette dehors en prétextant sérieusement devant tout le monde que je sens mauvais, ça dépasse l’entendement." 

Un témoin habitué de la salle, présent lors de l'altercation du mercredi, abonde dans le sens de Freddy. "J'ai déjà couru à côté de lui et ça ne sentait pas mauvais" explique-t-il. L'observateur n'incrimine pas le gérant de la salle pour autant. Selon lui, le problème viendrait d'un noyau dur d'adhérents hostiles au public issu de l'immigration. Ces individus auraient tendance à isoler les membres maghrébins ou noirs, les poussant à quitter la salle les uns après les autres, sans que la patron ou le personnel ne soient au courant.

En attendant, le jeune homme a déposé une main courante au commissariat pour "insultes et menaces" et compte saisir dès lundi le procureur de la République. Pour les policiers, cependant, l'affaire est pour l'instant classée comme un litige commercial. 

Rien à se reproc​her 

Le patron, de son côté, se défend de toute volonté discriminatoire et clame que l'affaire "n'est pas personnelle". "La personne faisait son sport de manière discrète et je lui ai signalé de façon discrète aussi qu'il y avait un problème d'hygiène, détaille le gérant joint par téléphone.

 "Il y a une population hétéroclite dans ma salle de sport. C'est ridicule, si j'étais raciste je n'aurais pas accepté qu'il s'inscrive dans la gym pour commencer." Le patron de Multiform confiant, continue "il peut porter plainte je n'ai rien à (se) reprocher". Le règlement intérieur statue bien, en effet, que l’établissement Multiform "a le droit de refuser l’accès au client si celui-ci ne respecte pas le règlement intérieur."