Dunkerque : comment des artisans se sont fait voler 32 000 € sur leurs comptes après le piratage de leur téléphone

Plusieurs milliers d'euros se sont évaporés des comptes en quelques minutes au profit de bénéficiaires inconnus. / © FRANCE 3
Plusieurs milliers d'euros se sont évaporés des comptes en quelques minutes au profit de bénéficiaires inconnus. / © FRANCE 3

Sabine et David Starquit, un couple d'artisans dunkerquois, vivent un véritable cauchemar : la semaine dernière, 32 000 euros se sont envolés des comptes bancaires de leurs sociétés de serrurerie et de plomberie après le piratage de leur ligne de téléphone mobile.

Par Yann Fossurier

Sabine et David Starquit sont les propriétaires de la serrurerie Baeye, boulevard Paul-Verley, à Dunkerque. Ils possèdent également un second établissement, A Tous Services, spécialisé dans la plomberie. Aujourd'hui, leur vie professionnelle et personnelle a viré au cauchemar après la perte de 32 000 euros, évaporés des comptes bancaires de leurs deux sociétés, à leur insu.   
 

Quand s'en sont-ils aperçu ?


L'argent a été dérobé des comptes entre le 1er et le 3 septembre, mais Sabine et David Starquit n'ont été alertés par leur banque, le Crédit Agricole, que le 4 septembre. "Notre conseiller bancaire nous a appelés et nous a demandé si deux des RIB (relevés d'identité bancaire NDR) enregistrés l'étaient bien à notre demande", explique Sabine. "Ils étaient pour une seule et même personne, à hauteur de 1000 et 2000 euros. Je lui a dit que non, que c'était des comptes pro et que des virements à des particuliers n'étaient pas dans nos habitudes. Et là, il y a eu un blanc puisqu'il a dû sûrement dérouler la vue de notre compte sur son écran et il m'a dit "Ecoutez madame, je vous rappelle de suite, il y a beaucoup plus de prélèvements, il y a un souci, j'appelle tout de suite le service sécurité". Il a mis court à la conversation et moi, paniquée, je suis allée consulter mes comptes et effectivement je me suis rendue compte qu'il y avait un gros préjudice". 
 
Dunkerque : des artisans se font voler 32 000 € après le piratage d'une ligne téléphonique
Reportage de Yann Fossurier et Bruno Espalieu
  
Au total, 20 000 euros avaient été débités du compte de la serrurerie, 12 000 de la société de plomberie, en plusieurs virements compris entre 1000 et 2000 euros. Le tout au bénéficice de personnes ou de sociétés totalement inconnues du couple : une "Marie Delaunay", un "Anthony Sailly", un "Etablissement Biguet" ou un "BMA"... Sabine et David ignorent encore à ce jour s'il s'agit de noms fictifs ou de personnes dont l'identité a été usurpée.

Certains virements ont été effectués à quelques secondes d'intervalle. "14h31: 2000 euros, 14h32 : 2000 euros, puis 1000 euros, puis 1000 euros... en l'espace d'une seule minute, ils nous débitent 4000 euros", énumère Sabine en parcourant son relevé bancaire.
 

Comment les pirates s'y sont-ils pris ?


"Sur le coup, on ne comprend pas, on se demande comment s'est possible", témoigne Sabine. Très vite, un responsable du service sécurité du Crédit Agricole envisage une piste. "Il me dit : "Est-ce que vous avez eu des soucis de téléphone ?". Et là, je me dis "Mais oui..."".

Quelques jours plus tôt, en effet, Sabine a connu une étrange mésaventure avec son téléphone portable. Tout avait commencé par la réception d'un SMS inhabituel le jeudi 29 août. "Un message d'un numéro inconnu qui me disait que la portabilité de ma ligne vers La Poste était effective". Or Sabine est abonnée chez SFR et n'a jamais demandé de transfert de sa ligne vers un autre opérateur. "On a composé le numéro sur internet et plusieurs sites nous disaient que c'était une arnaque, donc tout ce qu'on a fait tout de suite, ça a été de supprimer ce SMS."

Sauf que ce transfert de ligne de SFR vers La Poste a bien été effectué, à son insu. "Le lendemain matin, le vendredi, je me suis servi de mon téléphone normalement et ça n'est que plus tard que je me suis rendue compte que je n'avais plus de réseau. Mon mari me dit "Non, ce n'est pas un problème de réseau, j'ai reçu un mail de SFR, ta ligne a été résiliée". On a appelé SFR et après plusieurs interlocuteurs qui me disaient que de toute façon, la résiliation ne pouvait être effective que par le biais de mon intervention - ce qui n'était pas le cas - , j'ai eu une énième personne qui m'a dit qu'en fin de compte ma ligne avait été écrasée par un autre opérateur. J'ai trouvé ça inconcevable, ça n'était pas logique."
 
Le ou les pirates sont parvenus à s'emparer de la ligne de téléphone mobile de Sabine. / © FRANCE 3
Le ou les pirates sont parvenus à s'emparer de la ligne de téléphone mobile de Sabine. / © FRANCE 3

Mais personne chez SFR ne parvient à lui donner d'explication. "Quand c'est arrivé, j'étais surtout agacée d'avoir passé 1h30 au téléphone, mais ça restait juste un problème technique, sans conséquence", se souvient-elle. Jusqu'au coup de téléphone de son banquier le mercredi suivant... "Si j'avais su que me faire écraser ma ligne à mon insu aurait eu des conséquences comme celles-ci, croyez-moi que j'aurais réagi..."

En clair, les pirates ont réussi à prendre possession de sa ligne mobile en la transférant chez un autre opérateur. Ils ont pu ainsi recevoir ensuite des codes d'activation envoyés par la banque sur le téléphone portable pour pouvoir enregistrer et valider des relevés d'identité bancaire puis effectuer des virements à leur profit. "Entre le temps d'enregistrement de nouvelles coordonnées bancaires et les virements, il y a 72 heures", explique Sabine. "Ensuite la banque vous demande si vous avez bien validé. Ils nous envoient un code via la ligne téléphonique. Certes, le hacker a piraté ma ligne, il a obtenu les codes activation, mais notre interrogation aujourd'hui, c'est de savoir comment ils sont allés sur nos comptes. Parce qu'avant d'entrer un code d'activation, il faut pouvoir entrer sur le compte bancaire et le piratage de la ligne aujourd'hui, ça n'est pas une réponse. Ça montre bien qu'il y une faille sur le système. On a plein d'interrogations auxquelles on n'a pas de réponse".

L'accès aux comptes en ligne est en effet protégé par un mot de passe, et Sabine et David ignorent pour le moment comment ceux qui ont détourné leur argent ont pu se le procurer.  
 

Reverront-ils leur argent ?


Le couple d'artisans a porté plainte contre X, au commissariat de Dunkerque, pour escroquerie au compte bancaire. Sabine et David Starquit envisagent également, sur les conseils de leur avocat, de déposer une seconde plainte pour usurpation d'identité. "Sur un des comptes, ils ont réussi à le mettre en débit, donc on est a découvert de plus de 1500 euros", détaille Sabine. "Ça crée de gros soucis dans le sens où une société se doit de payer ses fournisseurs... la banque va nous valider une autorisation de découvert plus important, donc on sait, de ce côté-là, qu'ils ne nous mettent pas en situation difficile financièrement, le problème, c'est que c'est traumatisant. On avait une trésorerie positive, confortable et deux entreprises qui fonctionnent et qui sont complémentaires mais qui aujourd'hui sont dans une situation très compliquée. Même s'il y a une commission qui va être mise en place par le Crédit Agricole le 16 septembre, ils nous ont dit qu'ils allaient nous soutenir, nous accompagner mais en aucun cas, ils nous ont garanti qu'on allait récupérer notre argent. Si on perd notre argent, demain, on ferme les deux structures, on met au chômage des gens... (Sabine est salariée de la serrurerie, ainsi qu'une autre employée NDR)".
 
Sabine et David Starquit espèrent récupérer l'argent dérobé sur leurs comptes. / © FRANCE 3
Sabine et David Starquit espèrent récupérer l'argent dérobé sur leurs comptes. / © FRANCE 3

Contacté mardi, le siège régional du Crédit Agricole Nord de France à Lille assure, par le biais d'un porte-parole, mettre "tout en œuvre, selon ses moyens", pour permettre au couple "à terme de récupérer une partie des fonds". Mais une partie seulement... "Le Crédit Agricole Nord de France tient (...) à rappeler que la sécurité de ses outils digitaux n’est pas mise en cause dans ce dossier", ajoute la banque qui se dédouane ainsi de toute responsabilité. 

"On n'a rien fait, on est victime et c'est difficile de se lever le matin en se disant qu'on va continuer comme si de rien n'était", déplore Sabine Starquit, les larmes aux yeux. "Je ne vais pas me permettre d'associer ça à un viol mais on nous a violé notre intimité, ce pour quoi on travaille tous les jours, on a deux enfants... c'est très compliqué moralement..."

[MISE A JOUR DU 16 SEPTEMBRE 2019] : le Crédit Agricole Nord de France a finalement accepté de rembourser à Sabine et David Starquit l'intégralité des 32 000 euros qui leur ont été dérobés. La banque a porté plainte contre les fraudeurs.
 

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