ENQUÊTE. Dunkerquois : pourquoi l’installation d’une usine de frites Clarebout à Saint-Georges-sur-l'Aa fait polémique

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Entre les habitants de Saint-Georges-sur-l'Aa et l’agro-industriel belge Clarebout, il y a de la friture sur la ligne. Un collectif de riverains dénonce un manque d'informations, lié en partie au confinement, et demande le report de l'enquête publique en cours.

Par Loïc Beunaiche

Clarebout, poids lourd des produits surgelés à base de pommes de terre, espère s'implanter dans le Dunkerquois, entre Saint-Georges-sur-l'Aa et Bourbourg. Ce projet représente un investissement de 140 millions d'euros avec 320 emplois à la clé.
 

Sur plus de 20 hectares, une usine fonctionnant 24h/24 pourrait y produire quotidiennement 1 400 tonnes de frites, flocons et autres spécialités. L’unité de transformation de pommes de terre consommera plus de 1 750 000 m3 d’eau par an et sera dotée d’une station d’épuration. Pas forcément vue comme une bonne nouvelle par tout le monde...
 
L'usine pourrait créer 320 postes dans le Dunkerquois... et pourrir la vie des riverains.

 
Cette implantation n'est en effet pas sans enjeu environnemental, qu'il s'agisse – entre autres – de la qualité des eaux et la disponibilité de la ressource, la qualité de l’air ou les nuisances liées au trafic routier induit par le projet.
 

Enquête publique confinée

 
Le projet nécessite donc le dépôt d'un dossier de demande d'autorisation environnementale et d'un permis de construire au préalable. Une enquête publique est également nécessaire, destinée à « assurer l'information et la participation du public à l'élaboration de certaines décisions susceptibles d'avoir une incidence sur l'environnement ». C'est sur ce dernier point que des habitants de Saint-Georges-sur-l'Aa s'élèvent.
 

Démarrée début mars, l'enquête publique a dû être suspendue, crise sanitaire oblige. Elle a été reprise le 23 avril, en vertu d'une ordonnance du gouvernement, stipulant que cette enquête publique porte sur un projet présentant « un intérêt national et un caractère urgent ».

Seules sept autres enquêtes publiques ont obtenu une telle dérogation en France. Pourquoi celle-ci ?  Selon la Préfecture du Nord,  "une ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la crise liée au covid -19 a permis la reprise en format dématérialisé des enquêtes publiques pour les projets à fort enjeux. La liste des projets concernés a fait l'objet d'un décret en date du 21 avril dernier. Considérant les caractéristiques du projet porté par l'entreprise Clarebout (projet stratégique pour le développement du Grand Port Maritime de Dunkerque et pourvoyeur de nombreux emplois), il fait, à juste titre, parti des projets listés dans ce décret du 21 avril dernier. L'enquête publique a donc été rouverte par arrêté préfectoral du 23 avril 2020, au format dématérialisé."

 

Le déconfinement n'étant que progressif, l'enquête s'est donc poursuivie de manière dématérialisée, et a été close le 23 mai dernier. Des conditions dénoncées donc par un collectif d'habitants, via une page Facebook ou encore une pétition, qui réunit à l'heure où nous écrivons plus de 1 320 signatures, soit quatre fois la population de Saint-Georges-sur-l'Aa.
 
Des riverain mécontents dénoncent une enquête publique au rabais à cause du coronavirus. / © Collectif Non à La Friture à Saint-Georges-sur-l'Aa
Des riverain mécontents dénoncent une enquête publique au rabais à cause du coronavirus. / © Collectif Non à La Friture à Saint-Georges-sur-l'Aa

 

Une pétition et un manque de confiance envers le projet
 

« Le dossier ne peut être consulté en mairie. Impossible également d'organiser une réunion publique » nous explique Eulalie, une Saint-Georgeoise. « On manque d'informations sur le projet, la plupart des habitants du village – 300 et quelque habitants – n'en avaient même pas connaissance, et il est impossible actuellement de se réunir, de se mobiliser ».
 

 
Pour un autre habitant qui souhaite rester anonyme, « reprendre l'enquête en plein confinement, dans le dos des personnes, ne donne pas confiance au projet. D'autant plus que de nombreux Saint-Georgeois n'ont pas accès à internet ».
 
Clarebout rappelle à cet effet que « la première phase d’enquête publique avait fait l’objet d’annonce dans les journaux, d’affichages en bonne et due forme dans les mairies, de communications par les diverses municipalités concernées »En parallèle, l’entreprise Clarebout est venue présenter son projet à la population lors d’une réunion d’information organisée le 5 mars par le Secrétariat Permanent pour la Prévention de la Pollution et des risques Industriels (SPPPI).
 
 

EELV monte au créneau

 
Des habitants inquiets, notamment face aux témoignages venus de riverains d'autres sites Clarebout en Belgique. « Cela fait peur, que ce soit en terme d'odeur, de fumée de graisse, ou de pollution visuelle », reprend cet habitant. « Personnellement, j'ai construit ma maison à la campagne pour une certaine qualité de vie, pas pour avoir une usine à côté. Alors le minimum face à de tels projets, c'est d'être réellement consulté. »
 

 
Europe Écologie Les Verts Hauts-de-France s'interroge aussi sur le projet. « Doit-on rajouter des pollutions olfactives, atmosphériques, visuelles et sonores dans la zone industrielle de Dunkerque, qui est déjà source de nombreuses pollutions ? » demande le parti écologique dans un communiqué de presse.

 

« Comment accepter que 34,3 tonnes d'ammoniac soient réparties sur le site pour assurer les besoins en réfrigération, quand toutes les garanties de sécurité ne sont pas précisées ? L'ammoniac étant un gaz écotoxique, acidifiant et eutrophisant, c’est prendre à la légère les risques sanitaires et écologiques inhérents à ce genre d’activité industrielle », renchérit EÉLV.
 
L'enquête publique s'est achevée le 23 mai dernier. "Les très nombreuses contributions déposées par les citoyens démontrent que l’information du public a pu être réalisée dans de bonnes conditions, malgré le contexte sanitaire, grâce aux moyens appropriés et  déployés", affirme la Préfecture du Nord. Sur les potentielles nuisances que vous évoquez, l' implantation de l'usine permettra de constituer une filière agro-alimentaire propice à absorber la production locale  voire la surproduction actuelle. Les produits seront exportés à travers le monde ce qui fera travailler le port de Dunkerque et participera à améliorer la balance commerciale extérieure française. L'implantation est prévue sur une zone dédiée " grande industrie" aménagée afin d'accueillir des entreprises clefs en main."


 

Clarebout veut rassurer sur l'impact environnemental

 

  • Quid de la qualité des eaux et la disponibilité de la ressource ?

« Une gestion durable et responsable de l’eau est l’un des premiers points d’action de noter stratégie environnementale. Nous avons déjà pour le projet de Dunkerque imaginé un plan de récupération et de transformation de l’eau vertueux. En partenariat avec la la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL), nous envisageons pour une partie de nos besoins de récupérer des volumes d’eau disponibles à la surface du canal de Bourbourg et considérée aujourd’hui comme impropre à la consommation pour la transformer en eau potable et l’utiliser dans notre chaîne de production.

Cette eau et les autres sont ensuite traitées dans nos installations d’épuration pour repartir dans un réseau dédié. Ce processus a pour objectif de réduire considérablement notre consommation en eau, de préserver nos ressources et protéger notre environnement. »
 

  • Quid de la qualité de l’air ?

« En ce qui concerne d’éventuels rejets dans l’air, il s’agira pour l’essentiel de vapeurs résiduelles, c’est-à-dire de l’eau, et en aucun de vapeurs de cuissons qui seront, elles, contenues à l’intérieur de l’usine et traitées afin d’éviter toute éventuelle nuisance.

Nos équipes internes et nos experts externes s’attachent à étudier tous les cas de figure pour mettre en place les procédés les plus efficaces sur ce point et assurer la préservation du cadre de vie général. Filtres, hauteurs de cheminées, investissements divers, nous ne ménageons pas nos efforts sur ce point non plus.

Des mesures et relevés seront également programmés rigoureusement et nous permettront d’être à la fois plus réactifs et donc plus performants sur ces sujets. »
 

  • Les nuisances liées au trafic routier induit par le projet ?

« Nous avons fait procéder à des projections et modélisations par des bureaux d’études externes. Si ce projet est synonyme de plus d’emplois, cela ne signifie pas pour autant plus de désagréments. Connecté au port, le site exportera sa production par voie maritime ce qui signifie dans l’absolu, moins de camions pour la distribution.

Soucieuse de privilégier le circuit court et le partenariat avec les producteurs très locaux, le transport de matière première sera contrôlé et limité à de petits trajets sur des axes pensés et aménagés dans le schéma d’infrastructure du port (ZGI) et de la CUD. Une attention particulière sera accordée à ne pas encombrer davantage les axes stratégiques que sont l’A16, l’A25 et les D601, 300 ou 943.

Le réaménagement du carrefour RD11/RD17 sera réalisé dans le cadre de l’activité globale du port de Dunkerque et permettra une connexion directe aux axes autoroutiers pour éviter les traversées de zones habitées. Clarebout suivra pour cela les préconisations du port, de la CUD et de la préfecture. »

 

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