ENTRETIEN. "C’est historique" : vainqueur de la Transat Jacques Vabre, Thomas Ruyant signe un triplé inédit

Il vient de réaliser un triplé historique. En remportant la Transat Jacques Vabre dans la catégorie Imoca, Thomas Ruyant inscrit à son palmarès une troisième course prestigieuse en 3 ans. Victoire encourageante un an avant le Vendée Globe où il fera partie des favoris grâce à un nouveau bateau plein de promesses.

Ce n’est pas les tempêtes Ciaran et Domingos qui auront eu raison de sa détermination. Thomas Ruyant, skipper dunkerquois de 42 ans, a remporté la Transat Jacques Vabre avec son complice Morgan Lagravière.

11 jours, 21 heures et 32 minutes de course pour le duo qui signe une troisième victoire d’affilée après la Route du café en 2021 et la Route du Rhum. Thomas Ruyant ne l’a jamais caché, son objectif désormais : la victoire du prochain Vendée Globe. Il nous a accordé un entretien.

France 3 Hauts-de-France : Thomas Ruyant, vous venez d’entrer dans l’histoire de la voile en gagnant 3 courses majeures en 3 ans (Transat Jacques Vabre en 2021 et 2023 et Route du Rhum 2022). Est-ce que vous réalisez la portée de cet exploit ?

Thomas Ruyant : Je réalise parce qu’on a ce type d’interview justement. Les gens me rappellent bien cet enchaînement de 3 transats. Maintenant, je prends les choses une par une. Tant mieux si on l’a remportée, je ne pensais pas vraiment aux deux autres avant. Ce sont des moments d’exception qu’on est content de réaliser.

Ce n’était pas une course facile, tout s’est joué dans les dernières heures…

Sur les transats, qui sont des formats sprint par rapport à ce qu’on est capable de faire avec nos bateaux, on sait que les arrivées sont serrées. Ce n’est finalement que 11 jours de mer.

Aujourd’hui, avec 40 bateaux au départ des courses en Imoca, il y a du match en permanence, à tous les étages de la course. Il faut s’arracher pour finir quelques heures avant les autres.

Quel était votre sentiment en franchissant la ligne d’arrivée avec votre binôme Morgan Lagravière ?

On vient d’écrire un truc historique, d’enchaîner trois victoires historiques sur les plus grandes courses. J’essaie de garder un peu d’humilité par rapport à ça.

C’est une grosse performance collective.

Thomas Ruyant

On profite évidemment. On met beaucoup d’énergie, beaucoup d’intensité, il y a beaucoup de fatigue quand on coupe la ligne. Toute cette adrénaline se libère au moment où on coupe la ligne. C’était partagé avec toute l’équipe qui était sur place, c’était partagé avec Morvan, tous les partenaires...

C’est une grosse performance collective. Il y a quelques mois, on n’était pas vraiment sûrs d’être au départ du Havre avec un bateau bien abîmé en milieu de saison. Finalement, on était prêts et aujourd’hui on arrive en tête en Martinique. Il y a beaucoup d’émotion et beaucoup de positif. On a envie de garder ces moments-là le plus longtemps possible.

On vous a suivi une dizaine de jours sur l’océan Atlantique, mais derrière cette victoire, il y a un gros travail de préparation, dans l’ombre ?

Bien sûr. C’est vrai qu’on a ce côté un peu visible de notre sport pendant ces gros événements, ces épreuves historiques : la Jacques Vabre ou la route du Rhum par exemple.

C’est un travail de longue haleine, avec une équipe assez conséquente pour faire tourner un bateau comme cela. Quand on additionne toute cette énergie, ça fait beaucoup de travail. Mais ça rend les choses encore plus fortes quand on y arrive, et qu’on arrive en tête.

Votre nouveau bateau "For People" a été mis à l’eau à Lorient en mars 2023. Est-ce qu’on peut considérer aujourd’hui après cette victoire et malgré les avaries cet été que ce bateau est "bien né" ?

C’est vrai que c’est une nouvelle machine qui a été mise à l’eau en début d’année. Comme tout nouveau bateau, il y a ce qu’on a envie de faire sur le papier, on imagine ses qualités, ces défauts... c’est comme ça qu’on les conçoit. Quand le résultat est au rendez-vous et que ce qu’on a imaginé devient réalité, c’est super.

Je pense qu’on a passé un gros cap avec ce nouveau bateau, même en termes de plaisir à naviguer. Ça reste un monocoque de 60 mètres, mais c’est un bateau plus marin, plus barrable et ça, c’est une nouveauté. On a travaillé à un poste de barre à l’intérieur du bateau et c’est ce qui nous a notamment permis de faire la différence.

C’est aussi un bateau qui passe mieux la mer et qui augmente ses vitesses moyennes. Toutes ces petites choses qu’on souhaitait voir sur ce bateau, on voit aujourd’hui qu’elles font la différence. Je suis content de l’avoir pour la prochaine Vendée, le gros objectif de notre équipe.

Vous réalisez un autre exploit sur cette Transat Jacques Vabre en plaçant deux bateaux sur le podium. Vous êtes skipper mais aussi à la tête de TR Racing et votre ancien bateau désormais baptisé "For the planet" (Sam Goodchild – Antoine Koch) termine 3ème à seulement 9 minutes du deuxième. C’est assez unique de réaliser une telle double performance ?

C’est un projet assez décalé par rapport à ce qui se fait dans le milieu aujourd’hui. On a monté une écurie avec deux bateaux, ce qui nous a permis de mutualiser beaucoup de choses : l’outillage, les locaux, le bureau d’études, les partenaires, la communication et surtout un projet sportif.

Beaucoup de gens n’y croyaient pas trop, disaient : "tu vas donner les clés d’un bateau que tu connais parfaitement à un super marin, est-ce que ce n’est pas une connerie ? Est-ce que tout mettre en commun, ce n’est pas se tirer une balle dans le pied ?" Aujourd’hui, on est tous convaincus que c’était une bonne chose à faire quand on voit qu’on fait premier et troisième sur cette transat Jacques Vabre. C’est juste dingue.

Après quelques jours de repos, vous allez déjà bientôt reprendre la mer, en solo cette fois ?

Les bateaux reviennent en Bretagne avec une course qui s’appelle "retour à la base". C’est une course en solitaire qui va permettre de qualifier les bateaux pour le Vendée Globe. Je ne vais pas dire que c’est une formalité, mais presque, car ça fait partie de notre programme.

Comment vous sentez-vous quelques heures après votre arrivée ?

Beaucoup de fatigue. On a vécu un truc d’une intensité folle avec Morvan. On a évidemment bien fait la fête. Je n’ai pas encore tout le repos pour repartir mais ce sera ma ligne de conduite pour les jours qui viennent : bien dormir, faire de grosses siestes, bien manger, reposer le corps... Physiquement, 11 jours en mer avec cette intensité-là, ce n’est pas anodin.

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