Gerard Lopez (LOSC) critique le projet de réforme de la Ligue des Champions : “un faux foot“, ”de la téléréalité”

Gerard Lopez ne veut pas que la Ligue des Champions se transforme en ligue quasi-fermée. / © FRANCK FIFE / AFP
Gerard Lopez ne veut pas que la Ligue des Champions se transforme en ligue quasi-fermée. / © FRANCK FIFE / AFP

Le président et actionnaire majoritaire du LOSC faut partie des farouches opposants au projet de réforme de la Ligue des Champions qui pourrait déboucher sur une ligue quasi-fermée. Il sera discuté lundi et mardi à Genève (Suisse) à l'assemblée générale de l'Association européenne des clubs (ECA).

Par YF avec AFP

Une Ligue des champions semi-fermée dès 2024 ? Face à l'opposition de nombre de clubs et ligues inquiets d'une réforme qui menacerait les championnats nationaux, l'UEFA a temporisé mais le dossier, toujours brûlant, va agiter l'assemblée générale de l'Association européenne des clubs (ECA) lundi et mardi à Genève. Une réunion au siège de l'UEFA, programmée le 11 septembre au lendemain de ce conclave annuel, entre l'instance européenne, l'ECA et l'association des Ligues professionnelles, a été reportée sine die.

Ce report "révèle une forte opposition", estime Bernard Caïazzo, président de l'AS Saint-Etienne, l'un des clubs les plus mobilisés contre la réforme. "Il y avait déjà eu, après la réunion de l'ECA à Malte (en juin), des signes de défiance", ajoute-t-il. Le report de la réunion du 11 septembre "est un premier signe officiel alors que c'était la réunion qui, certes ne devait pas sceller la réforme de la C1, mais (devait) donner une orientation claire".
 
Liverpool, vainqueur de la dernière édition de la Ligue des Champions. / © Paul ELLIS / AFP
Liverpool, vainqueur de la dernière édition de la Ligue des Champions. / © Paul ELLIS / AFP

Présenté en mai par l'UEFA, le projet prévoit, dès 2024, une C1 avec 4 groupes de 8 équipes, offrant d'avantage de matches et donc de recettes aux participants. 24 équipes sur 32 seraient automatiquement reconduites d'une saison sur l'autre, ce qui, pour ses opposants, engendrerait une ligue "fermée", réduisant fortement l'aléa sportif.
 

"Le foot présenté dans cette Ligue fermée, c'est un faux foot"


Gerard Lopez, le président du LOSC qui retrouve cette saison la Ligue des Champions 7 ans après sa dernière participation, fait partie des farouches opposants au projet. "Le foot présenté dans cette Ligue fermée, c'est un faux foot, c'est de la téléréalité entre des clubs participants qui jouent juste entre eux (...). C'est mauvais pour le foot", estime-t-il, assurant qu'il fera "tout pour que ça n'arrive pas".

"Quand vous fermez à 90% la compétition suprême, vous tuez le rêve pour une équipe moyenne d'y accéder", appuie Bernard Caïazzo, son homologue de Saint-Etienne. Ainsi, cite-t-il en exemple le LOSC, 2e du dernier championnat de France et qualifié pour la C1, mais qui à partir de 2024 "ne pourrait plus connaître ce conte de fée de passer de la 17e place de Ligue 1 à la Ligue des Champions en 14 mois". "Une C1 à 32 clubs, avec les 4 demi finalistes de la dernière édition directement qualifiés et les finalistes de l'Europa League, on peut toujours en discuter", indique toutefois le dirigeant stéphanois. "Mais on ne peut pas partir sur la base de travail présentée."
 

Parmi les nombreux opposants à cette réforme, on compte aussi la Premier League anglaise, la Liga espagnole, 15 clubs italiens, des clubs suisses (Young Boys de Berne, FC Bâle), allemands (Schalke 04) mais aussi la Ligue allemande (DFL) et l'association des Ligues européennes (European Leagues). 

Pour ne pas perdre la face, UEFA et ECA se rejettent régulièrement la paternité du projet. Selon une source proche des discussions, le projet de réforme revient pourtant bien à l'Italien Giorgio Marchetti, directeur des compétitions de l'UEFA, en collaboration certes avec son homologue de l'ECA, le Belge Diederik Dewaele.
 

Le PSG, l'OM et l'OL y sont favorables


Pour une autre source proche du dossier, "5 ou 6 grands clubs européens influents au sein de l'ECA ont une grande part dans la proposition de réforme mais chacun essaie de la faire endosser par l'autre pour ne pas perdre en crédibilité."  Ces clubs ont notamment pour nom la Juventus Turin, dont le président Andrea Agnelli préside aussi... l'ECA, ou encore le Bayern Munich, deux clubs ultra-dominateurs dans leur pays mais inquiets de voir stagner leurs revenus issus de leur championnat national.
 


D'autres  grand clubs européens y sont favorables, comme le FC Barcelone ou l'Ajax Amsterdam et d'autres moins prestigieux mais dominateurs dans leur pays (Legia Varsovie, HJK Helsinki...). Le Real Madrid, club ayant le plus de revenus au monde, serait également favorable au projet selon la presse, même si son entraîneur Zinédine Zidane s'est dit réservé, défendant l'accès des plus petits clubs à la compétition reine.

En France, le PSG,  par la voix de Victoriano Melero, son secrétaire général, estimait en avril que "sur le principe, c'est un projet intéressant (...) car créateur de richesses pour l'ensemble du football". L'OM qui rêve d'être invité à la fête, tout comme Lyon, y sont favorables. "Je pense d'abord qu'il faut se demander si c'est le sens de l'histoire d'aller vers une ligue fermée ou quasiment fermée. Je pense que oui, qu'on le veuille ou non, c'est l'évolution du football", estimait en mai son président Jacques-Henri Eyraud. "Sur les principes, plein de choses me vont bien", ajoutait son homologue lyonnais Jean-Michel Aulas.
 

"Rien n'est résolu"


Cet été, durant ses "club forums", l'ECA a continué à présenter le même schéma de départ (C1 à 32 équipes dont 24 directement qualifiés) malgré les nombreuses réactions hostiles. Une légère inflexion est néanmoins perceptible dans sa rhétorique. Dans un communiqué publié le 16 août, l'association concède ainsi que "la structure actuelle des compétitions européennes de clubs ne sert pas l'intérêt de la majorité des clubs, particulièrement ceux n'appartenant pas aux grands championnats".

"Rien n'est résolu", observe Raffaele Poli, chercheur au Centre international d'étude du sport (CIES) de Neuchâtel. "Les propositions étaient un pavé dans la mare". Pour autant et même si cela prendra plus de temps que prévu, la réforme semble bien sur les rails. "Il y aura quand même plus de matchs européens, des poules avec 16 matches et un resserrement de l'élite", pronostique-t-il. 

Plusieurs fédérations ont formulé des contre-propositions qui suggèrent notamment des quotas de qualification non par pays mais en fonction de l'indice UEFA d'un club, ainsi qu'une meilleure redistribution des revenus.
 

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