Inégalités sociales et environnementales : la double peine pour certaines communes des Hauts-de-France

Une étude publiée par France Stratégie souligne une "corrélation" entre l'exposition d'un territoire à diverses pollutions et ses problématiques de précarité sociale. Dans les Hauts-de-France, les anciennes zones industrielles sont les premières frappées par cette double peine.

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C'est une première étude encore limitée, mais les résultats livrés par France Stratégie sont sans appel. L'organisme d'analyses placé auprès de la Première Ministre, habitué au décryptage des questions socio-économiques, s'est intéressé à une question encore peu explorée : "Inégalités environnementales et sociales se superposent-elles ?"  La réponse, c'est oui et de manière assez manifeste. Plus précisément, le cabinet réaffirme une "corrélation entre exposition multiple [aux polluants] et précarité sociale pour certains territoires".

"L'effet cocktail" des polluants, angle mort de la santé publique

Trois zones ont été définies grâce aux résultats de l'étude : les grandes villes, les zones industrielles, et les zones agricoles. Elles n'abritent pas les mêmes populations et ne sont pas soumises aux mêmes polluants, ni à la même quantité d'agents polluants. Si on considère, par exemple, la pollution de l'air, Les zones agricoles sont plus particulièrement exposées à l'ammoniac issu des engrais. Les zones industrielles, elles sont plus exposées au dioxyde de soufre et les zones résidentielles aux particules fines. Toutes peuvent avoir un impact grave sur les voies respiratoires. 

Le rédacteur et les rédactrices de l'étude, Julien Fosse, Camille Salesse et Mathilde Viennot, ont "conduit une analyse croisée de six types de pollutions des sols et de l'air [...] en fonction des caractéristiques socio-économiques des populations". Un travail qui a débouché sur la création d'un Indice d'Exposition Multiple (IEM), allant donc de 0 à 6. Ces juxtapositions ne sont pas sans effet : certaines substances chimiques à priori peu dangereuses "s'avèrent beaucoup plus néfastes dès lors qu'elles interagissent. C'est l'effet cocktail. Or, les seuils de toxicité aujourd'hui ne prennent pas en compte ces innombrables interactions potentielles". Un angle mort de la santé publique, que France Stratégie invite à considérer bien plus attentivement. 

A première vue, lorsqu'on établit des moyennes nationales, "les ouvriers et employés semblent nettement surreprésentés dans les communes les moins polluées". Mais ce résultat est un trompe-l'oeil : sur plusieurs territoires, les chercheur.se.s ont constaté des dynamiques rigoureusement inverse. "Dans les zones industrielles, les chômeurs et les ouvriers sont plus souvent localisés dans les communes à fort IEM. Les zones rurales, plus fortement exposées aux pollutions d'origine agricole, sont caractérisées par un niveau de vie médian inférieur de 9% à la moyenne, un taux de pauvreté plus élevé et une population beaucoup plus âgée" constate ainsi France Stratégie. 

Les Hauts-de-France, un ancien territoire industriel hautement pollué

Dans le cadre de cette étude, la région Hauts-de-France est largement utilisée pour des études de cas, comme un territoire particulièrement concerné par la double peine sociale et environnementale. Les sols de la région sont "particulièrement pollués" : 9% des communes sont concernées, soit 51% de la population. Dans le département du Nord, ces chiffres sont encore plus alarmants : "22% des communes présentent des sols non-conformes à la réglementation, soit 65% de la population de ce département" contre 46% au niveau national. Pour ne rien arranger, les auteurs constatent également chez nous une forte densités de sites classés pour la protection de l'environnement (ICPE) et de sites Seveso. 

Les Hauts-de-France ayant été longtemps un territoire d'industrie, sur le plan de la pollution de l'air, c'est logiquement le dioxyde de soufre qui menace principalement nos poumons. L'étude le démontre, les émissions moyennes de ce polluant dans notre région sont 2.5 fois plus importantes qu'au niveau national. Une fois encore, le département du Nord est le plus critiquement touché. 

Logiquement, le territoire présente un IEM préoccupant. En France, quatre régions dont la nôtre se partagent les 57 communes présentant un niveau d'exposition maximal aux six polluants étudiés. 17 d'entre elles, soit près de 30% des communes concernées, sont localisées dans le seul département du Nord. 

Ces difficultés environnementales se conjuguent bel et bien aux situation de précarité sociale. Au niveau national, les chiffres sont clairs : "les communes à IEM égal à 6 comportent 4 points de plus de chômeurs que la moyenne nationale". Dans les Hauts-de-France, ce constat est encore plus net, puisque le taux de pauvreté moyen y est établi à 22% (contre 16.5 en France). Les ouvriers et employés y sont aussi présents en nombre supérieur, une statistique qui découle directement du passé industriel de la région. Et les auteur.e.s de la note d'analyse l'affirment : "on observe que le taux de pauvreté croît bien avec l'exposition [aux polluants]. Dans les Hauts-de-France, le taux moyen de pauvreté atteint 18% dans les communes les moins exposées et 26% dans les communes à IEM maximal."

D'Evin-Malmaison à Halluin, les communes polluées déjà en lutte

Cet impressionnant travail de collecte et de croisement statistique a pourtant ses limites, la faute à des données limitées. France Stratégie regrette ainsi "l'absence de données épidémiologiques permettant d'étudier la répartition géographique de maladies susceptibles d'être induites par certains polluants" et des données sur les polluants "très disparate selon les territoires et la nature des pollutions."

L'exposé de ces limites, déjà connues dans le champ de la santé environnementale, n'est pas sans rappeler des cas individuels déjà bien connus dans les Hauts-de-France. A Evin-Malmaison, 83 habitants bataillent toujours pour faire reconnaître les responsabilités de l'Etat dans l'empoisonnement au plomb de leurs terres, causé par l'ancienne usine Métaleurop. Plus récemment, le maire d'Halluin, Jean-Christophe Destailleur, alertait sur le cocktail de polluants présent sur sa commune et son inquiétude autour des nombreux cas de cancers recensés sur son territoire.

Les recommandations de l'étude produite par France Stratégie vont dans le sens de ces maires qui cherchent plus d'information pour protéger leurs habitants. L'Agence Régionale de Santé, dans le dossier Halluin, a promis d'étendre le champ de ses recherches. En France, chaque année, entre 48 000 et 97 000 décès prématurés seraient liés à la seule pollution atmosphérique.