Pollution Metaleurop : 87 habitants d'Evin-Malmaison demandent réparation à l'Etat devant le tribunal de Lille

87 habitants de la commune sont reçus ce 23 novembre devant le tribunal de Lille pour faire reconnaître la responsabilité de l'Etat dans la pollution massive qui empoisonne encore aujourd'hui les terres de cet ancien bastion industriel où régnait la fonderie Metaleurop.

Metaleurop a fermé en 2003, mais la pollution générée pendant des années sur le site de l'ancienne fonderie empoisonne encore les communes avoisinantes. La zone est considérée comme l'une des plus polluées de France. Fleuron de la métallurgie pendant l'époque industrielle, "l’usine a été depuis un siècle à l'origine de rejets considérables de plomb, cadmium et zinc qui ont entraîné une pollution des sols d’une ampleur singulière. Les rejets de métaux lourds, malgré une diminution drastique depuis trente ans, restent significatifs" constate la DREAL dans un rapport daté de 2001.

Evin-Malmaison, un préjudice qui n'en finit pas

A Noyelles-Godault, Courcelles-les-Lens ou Evin-Malmaison, les habitants sont encore victimes de cette pollution industrielle qu'on leur a largement caché des années durant. Le cadmium, composant cancérigène du tabac, "se révèle être un contaminant de la chaîne alimentaire potentiellement préoccupant" note l'Anses dans un avis de 2018 sur la viabilité des terres agricoles de l'ancien bassin industriel. Ingéré, il peut causer des troubles des reins, une fragilité osseuse ou encore des troubles de la reproduction. Le plomb, lui, "cible le système nerveux central, en particulier au cours du développement chez le fœtus et le jeune enfant" mais aussi les reins et le système cardiovasculaire.

Conclusion de l'Anses : "Les sols agricoles situés autour de l’ancienne usine de Métaleurop présentent des médianes de concentrations anomaliques jusqu’à 10 fois plus élevées par rapport aux valeurs usuelles de la région", et dans un rayon de plus de 4km. Les niveaux d'imprégnation au plomb des habitants de la zone étaient encore en 2018 jugés "préoccupants" et en partie expliqués par la consommation de légumes du jardin contaminés par la pollution imprégnée dans les sols. 

Dans les années 90 arrivent, un peu tard, des initiatives de préservation. Un plan d'intérêt général (PIG) est mis en place, qui délimite notamment des zones plus ou moins polluées. Mais le document est lui aussi remis en question : "moi, mon terrain est considéré comme pollué, mais pas celui de mon voisin" ironise un riverain.

Les biens immobiliers acquis dans la zone, eux, ne valent plus rien : la construction est limitée, comme la culture des légumes (les aromates pompent davantage les métaux lourds, par exemple) ou même les jeux d'enfants dans les jardins. En 2017, les habitants avaient fini par obtenir un abattement de leur taxe foncière au vu de ce préjudice, dit "abattement Métaleurop". Mais ils n'ont pas fini de demander des comptes.

Ce 23 novembre, 87 habitants d'Evin-Malmaison avaient rendez-vous devant le tribunal administratif de Lille. Ils demandent réparation à l'Etat, pour un montant de 5,6 millions d'euros de préjudice.

Les Evinois devant la Justice

Bruno Adolphi, président de l'association Pour l'Intérêt Général des Evinois (PIGE), le rappelle : "L'empoisonnement des gens s'est fait petit à petit. Metaleurop était classée SEVESO et classée protection de l'environnement. L'Etat devait donc contrôler la pollution émise, mais en plus de 100 ans d'activité, ça n'a pas été respecté. Il y a eu des mesurettes, l'entreprise a continué de polluer. (...) C'est une carence fautive de l'Etat : on a des preuves flagrantes que les bêtes mouraient dans les champs dès 1950 !" Depuis 2016, la loi pour la reconquête de la biodiversité prévoît en effet que "toute personne responsable d'un préjudice écologique est tenue de le réparer".

Mais cette visite au tribunal n'a pas tourné en la faveur des membres du PIGE. Le rapporteur public du tribunal administratif de Lille a proposé ce mardi de rejeter les 87 requêtes, estimant qu'il n'y avait pas de faute de l'Etat, et que le préjudice avancé n'était pas indemnisable. "Metaleurop n'aurait pas fait l'objet d'un contrôle fautif de l'État... Ça, je dois vous dire que j'ai mal à l'avaler", a réagi Me David Deharbe, l'avocat des requérants, à la sortie de l'audience. Le tribunal rendra sa décision à compter du 21 décembre. 

Ce n'est en tout cas pas la dernière bataille juridique autour de la pollution signée Metaleurop. Christophe Pilch, président PS de la communauté d'agglomération d'Hénin-Carvin s'est joint en 2019 à l'effort judiciaire, via une procédure séparée voulant cette fois contraindre l'Etat à la dépollution des sites concernés. Elle demande, via une nouvelle procédure, 574 millions d'euros. En 2020, le même tribunal administratif de Lille avait reconnu la responsabilité de l'Etat dans la pollution de la métropole lilloise.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
pollution environnement justice société