"Ils veulent juste qu'on leur donne une chance" : une élève albanaise et sa famille menacées d'expulsion, ses professeurs se mobilisent

Des professeurs de Roncq organisaient ce samedi 6 avril 2024 une opération "faisons du bruit" pour venir en aide à une élève albanaise et sa famille menacés d'expulsion. Le père et le frère, malades, étaient venus trouver en France des soins indisponibles en Albanie. Aujourd'hui frappée d'OQTF, la situation de la famille est critique.

C'est l'incompréhension qui a déclenché la mobilisation. Ce samedi 6 avril, à 11h, les professeurs du collège Paul Éluard et de l'école Neruda de Roncq ont manifesté leur soutien à une famille albanaise frappée d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Liviana, 13 ans, son frère de 8 ans et leurs deux parents ont dû quitter l'Albanie en 2022, en quête de soins pour le père et le frère de Liviana, atteints de pathologies graves. Depuis, ils se sont fait une place dans le cœur des nordistes.

Une famille en détresse

C'est la maladie qui les a poussés à émigrer. Alors que le père de Liviana souffre depuis ses 20 ans d'une cécité progressive et irréversible, son petit frère naît avec une malformation des reins. Il doit suivre un régime alimentaire strict et veiller à son hygiène, sans compter "qu'il peut avoir besoin d'une opération à tout instant", explique Marie-Noëlle Cowdry-Besnard, enseignante devenue proche de la famille.

Deux maladies graves qui mettent la famille en difficulté. "Le père est en incapacité de travailler et la mère tente de subvenir à leurs besoins en enchaînant les petits boulots", explique Louis Lécareux, l'un des enseignants du collège mobilisé.

En Albanie, les soins nécessaires au père et son fils ne sont pas dispensés. La famille n'a plus le choix, tous quatre quittent à contrecœur leur terre natale en 2022. Ils arrivent dans le Nord au printemps, et s'installent à Roncq où ils scolarisent leurs deux enfants.

En un an à peine, Liviana, scolarisée au collège Paul Éluard acquiert de solides bases de français, et est repérée par ses professeurs. "Elle est timide mais obtient de très bons résultats, et ce malgré la barrière de la langue", explicite Louis Lécareux. La famille, installée dans un centre d'hébergement était en situation précaire mais s'intégrait doucement.

La petite a apprit le français à une vitesse fulgurante, je leur donne des cours et le père s'accroche, alors qu'il est malvoyant.

Marie-Noëlle Cowdry-Besnard, enseignante mobilisée

Marie-Noëlle Cowdry-Besnard, professeur d'anglais, aide la famille à apprendre le français. Elle décrit une famille déterminée : "la petite a appris le français à une vitesse fulgurante, je leur donne des cours et le père s'accroche, alors qu'il est malvoyant", raconte-t-elle. 

Tous leurs efforts ont été coupés court en juin 2023, à la réception d'un courrier émis par la préfecture du Nord. Estampillé de la formule "Liberté, Égalité, Fraternité", la lettre informe la famille de "l'arrêté portant refus de l'admission au séjour, assorti d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français."

Une injonction d'OQTF, ordonnant le retour des parents et de leurs deux enfants dans leur pays d'origine. Ils doivent quitter la France dans un délai de 30 jours par leurs propres moyens, et ce malgré la détresse de soins dont est frappée la famille.

Dénoncer une injustice

S'ils sont encore là un an plus tard, c'est en partie grâce aux enseignants de Liviana, pour qui la décision est injuste : "la famille n'a jamais posé de soucis", témoigne Louis Lécareux. Dans l'incompréhension de la décision, ils ont monté un comité de soutien pour accompagner la famille.

En quelques mois tout s'écroule, la famille se bat pour rester mais la situation se dégrade. Les deux parents et leurs enfants n'ont plus les moyens de se loger, et perdent leur accès aux restos du cœur à cause des restrictions budgétaires.

Alors, pour aider leur élève, les professeurs se mobilisent. Une première levée de fonds menée par Marie-Noëlle Cowdry-Besnard permet de couvrir quelques mois de loyer. Les quatre membres de la famille sont hébergés dans un studio pour une personne. Mais la solution est provisoire : "l'argent sera épuisé au 16 mai, et alors ils seront à la rue", déplore l'enseignante.

Près d'un an après l'OQTF, la situation est critique. Pour Marie-Noëlle Cowdry-Besnard et ses collègues, la solution était toute trouvée : faire du bruit. C'est pourquoi enseignants et parents d'élèves se sont rejoint ce samedi matin devant le collège pour manifester leur soutien à la famille : "On est venus avec des casseroles et tout ce qui peut faire du bruit."; appuie l'enseignante. 

Ça nous brise le coeur on ne sait pas quoi faire de plus

Marie-Noëlle Cowdry-Besnard, enseignante mobilisée

Leur dernier espoir : obtenir un titre de séjour pour soin. La demande effectuée il y a plusieurs mois n'a toujours pas réussi à traverser le millefeuille administratif : "d'après les premiers échos qu'on a eus, la décision serait défavorable, s'inquiète Marie-Noëlle, ça nous brise le cœur on ne sait pas quoi faire de plus." 

Après avoir passé une année acharnée à apprendre le français et à découvrir la culture, la famille ne se voit plus vivre ailleurs : "ils ne demandent pas la charité ils veulent juste qu'on leur donne une chance", conclut Marie-Noëlle.

Sans titre de séjour, ils n'ont le droit à aucune aide et dépend entièrement des dons. Pour aider la famille, le comité de soutien est encore à la recherche de dons de produits d'hygiène et de nourriture (halal). Ils sont à déposer directement au collège Paul Éluard, à Roncq. 

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