Le Doliprane et l'Amoxicilline se font de plus en plus rares dans les pharmacies des Hauts-de-France

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Depuis plusieurs semaines, les pharmacies peinent à se fournir en paracétamol et en Amoxicilline, un antibiotique largement prescrit pour les infections bactériennes. "On ne peut pas satisfaire tous les besoins", alerte un professionnel de la région.

De Lille à Quaëdypre, en passant par Lumbres, les problèmes d'approvisionnement de médicaments n'épargnent pas les pharmacies de la région. Si le niveau des stocks varie d'une officine à l'autre, le constat est similaire : depuis plusieurs semaines le doliprane pour enfant et l'amoxicilline, entre autres, manquent à l'appel.

"Nous manquons de plusieurs références, assure Germain Delahaye de la pharmacie rue Nationale, à Lille. Par exemple, nous n'avons plus d'Amoxicilline sous forme de sirops." "Pour le Doliprane, nous sommes en rupture de stock de suppositoires 150 mg et 250 mg et de gélules 500 mg et 1000 mg", affirme Audrey Legrand, pharmacienne à Quaëdrype.

Grégory Tempremant, président de l'union régionale des professionnels de santé-pharmaciens, alerte sur la situation : "on ne peut pas satisfaire tous les besoins." Et cela depuis "plusieurs semaines, voire plusieurs mois". Sans savoir quand les stocks retrouveront un état normal.

Les pharmaciens en mode "débrouille"

Pour faire face, les professionnels comptent sur l'entraide entre officines. "On arrive à se débrouiller en orientant nos patients vers d'autres pharmacies", indique Sophie Gammet, à Lille. Certaines alternatives médicales existent aussi pour pallier les manques.

"Parfois, pour remplacer l'Amoxicilline en sirop, on peut casser un comprimé en deux", explique Audrey Legrand. Ce qui n'est pas toujours possible, selon l'âge et le poids de l'enfant. En cas de rupture et de manque de palliatif, alors les pharmaciens peuvent être amenés à rappeler le médecin pour modifier la prescription. 

Devant cette situation, certaines personnes pourraient être tentées par l'automédication. Grégory Tempremant prévient : "ça peut-être très dangereux". Par exemple, substituer un Doliprane en sirop par de l'ibuprofène buvable "peut être pire que mieux". Il est fortement recommandé de demander à son médecin ou pharmacien en amont.

Tensions sur l'approvisionnement

D'où vient cette pénurie ? Qui concerne principalement les versions pédiatriques du paracétamol utilisé contre les douleurs et la fièvre (dont la marque la plus connue est Doliprane, produite par le laboratoire Sanofi) et l'antibiotique Amoxicilline, le plus prescrit dans les cas d'infections bactériennes.

"C'est multifactoriel", avance Grégory Tempremant. Il y a d'abord un problème d'ordre industriel, avec une "diminution de la production" et des soucis "d'approvisionnement" de ces médicaments. "Les principes actifs viennent de l'étranger, explique le pharmacien. Alors avec l'augmentation des coûts de transports, la France a du mal à se fournir."

Grippe, bronchiolite, Covid...

Le professionnel pointe également du doigt la "surconsommation mondiale de médicaments". Avant de critiquer la politique de souveraineté sanitaire de la France. "Les industries du médicament partent à l'étranger, déplore-t-il. On nous a bien dit que le Doliprane allait être produit dans une usine en Isère mais qu'on nous dise quand. On attend des actes."

Cette pénurie est aussi accentuée par la combinaison des pathologies automnales et hivernales : grippe, bronchiolite, Covid-19. "On a beaucoup d'enfants malades, confirme Sophie Gammet. La demande de médicaments explose."

Le gouvernement face aux critiques

Cette pénurie, c'est aussi l'occasion pour des personnalités politiques de critiquer la stratégie sanitaire de la France. C'est le cas de François Ruffin, député de la Somme, invité sur la matinale de RMC le 30 novembre. "On est en France, en 2022, et on a le ministère de la Santé qui recommande aux médecins de donner moins de Doliprane [...] et absolument en cas de grand besoin, parce qu’il y a une pénurie en cours", a déploré l'élu de la Nupes.

Le gouvernement, lui, se veut rassurant. Le ministre de la Santé, François Braun, a assuré sur BFM politique, dimanche 4 décembre, qu’en ce qui concerne "le Doliprane, il n’y a pas de problème. Les industriels nous ont garanti que là, c’était bon. Nous avons rétabli nos stocks. Il faut voir que quand on parle de pénurie, ça veut dire que nos stocks diminuent, mais nous avons toujours un peu de stocks." Au sujet de la production d’amoxicilline, le ministre est moins optimiste, déclarant qu’à ce jour, "les industriels font le maximum pour remonter".

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