Ronchin : la libération conditionnelle d'un détenu, condamné pour violences et soupçonné de féminicide, fait polémique

Le Roubaisien de 32 ans, qui est dans l'attente d'un procès pour le viol et le meurtre de Sandra Helleputte, est retourné vivre sans injonction d'éloignement ni bracelet électronique à proximité du lieu de résidence d'une autre conjointe, également victime.

Des barbelés sur un mur d'enceinte de la maison d'arrêt de Sequedin.
Des barbelés sur un mur d'enceinte de la maison d'arrêt de Sequedin. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS
 La justice a-t-elle manqué de discernement en autorisant la liberté conditionnelle d'un Roubaisien de 32 ans, condamné pour de violents coups sur sa conjointe et toujours poursuivi pour le meurtre de sa première compagne ?

 

"Décision incompréhensible"


C'est ce que pensent, et dénoncent, les proches de Sandra Helleputte par l'intermédiaire de leur avocate Me Blandine Lejeune. Cette dernière évoque "une décision incompréhensible", d'autant plus que le trentenaire a réintégré son ancien appartement situé à Ronchin, près de Lille, dans la même résidence que sa dernière victime. Il n'y fait l'objet d'aucune mesure de restriction : ni bracelet électronique, ni injonction d'éloignement.

Sandra Helleputte est morte en mai 2015. Le Roubaisien est alors mis en examen pour homicide sur conjointe, avant que l'autopsie ne révèle en outre les traces d'un viol antérieur au meurtre (il faudra "deux ans de bataille" pour que ce chef d'accusation soit ajouté à sa mise en examen).

D'abord placé en détention, l'homme poursuivi pour féminicide est libéré la même année en raison d'un vice de procédure, lié à des copies de dossiers. "Déjà, à ce moment-là, la famille s'était beaucoup émue et avait protesté",  rappelle Me Blandine Lejeune.

 

De nouvelles violences en prison


Deux ans plus tard, "ce qui devait arriver arriva : il a récidivé et battu comme plâtre une autre victime, dans les mêmes conditions, sur fond de proxénétisme". Des blessures graves – notamment une fracture de l'œil – qui entraînent 15 jours d'ITT et nécessitent une opération chirurgicale.
 
Cette fois-ci, le conjoint violent est condamné en août 2018 par le tribunal correctionnel de Lille : 4 ans de prison de ferme, réduits à 3 ans par la cour d'appel de Douai. C'est cette peine que le Roubaisien purgeait à la maison d'arrêt de Sequedin en attendant son procès pour le viol et le meurtre de sa première conjointe. Une peine à laquelle s'étaient d'ailleurs ajoutés 8 mois de détention, pour des "actes répétés de violence" contre un co-détenu, devenu "son souffre-douleur" en prison.

Puis vient la libération conditionnelle, en avril 2020. "Ce n'est pas une remise de peine en vertu du Covid-19", assure l'avocate de la famille Helleputte. Ce qui ne l'empêche pas de soupçonner la pandémie d'avoir joué un rôle dans la décision du juge d'application des peines : "Ils ont quand même instruction de soulager les maisons d'arrêt..."

 

"Est-ce qu'il faudra qu'il l'achève pour que les choses bougent enfin ?"


Me Lejeune a été avertie par le procureur de la République de Dunkerque – où l'affaire est instruite depuis cinq ans – mais espérait que l'ancien détenu soit contraint de résider à Paris et de porter un bracelet électronique. Il n'en est rien.
 
"On est dans l’incompréhension la plus totale", confie Jessy Helleputte, la sœur de Sandra. "Au niveau de la protection des victimes, on est à contre-courant du discours du gouvernement ! C'est pour ça qu'on est en colère, est-ce qu'il faudra qu'il l'achève pour que les choses bougent enfin ?"

Une crainte d'autant plus fondée que tous les deux se seraient déjà croisés à deux reprises dans la résidence. Et qu'il s'en tourmenterait à présent à une autre femme vivant dans la résidence. "Il lui tournait déjà autour avant d'être incarcéré. Maintenant, il la harcèle, lui envoie énormément de textos, la suit jusqu'à sa porte..."

 

Débat psychiatrique


"Je trouve ça aberrant qu’il puisse vivre n’importe où alors qu’il est dans l'attente d'un procès !", s'indigne Jessy Helleputte. Un procès qui pourrait ne pas avoir lieu avant au moins 2022, car la procédure s'éternise autour de son état psychiatrique.

Une première expertise avait conclu à une altérité du discernement, mais la défense de l'accusé voudrait voir ce diagnostic évoluer en abolition du discernement, ce qui conduirait à le déresponsabiliser de ses actes.

"Moi je l’ai vu au procès" pour les coups et blessures infligés à sa dernière compagne, indique Jessy Helleputte, "et il était absolument pas comme ma sœur le décrivait. On suspecte qu’il joue beaucoup de ça pour obtenir gain de cause".

Mais la contre-expertise – d'abord refusée – prend du temps. Pourtant, "ça ne prend pas plus d'un an pour faire ça !" s'agace Me Blandine Lejeune. "Ce n'est pas la première fois de ma vie que je suis confrontée aux lenteurs de la justice, mais pour la famille ça devient insupportable."

 

Une femme en danger de mort


"Pour nous c'est compliqué, on n'arrive pas à faire notre deuil", reconnaît Jessy Helleputte. "On est dans le flou et là, on sait que tant qu'il y a la pandémie de Covid-19, ça ne va pas avancer."

"On se sent vraiment démunis et c’est vrament frustrant de se dire qu’on n'a pas les lois, qu’on n'a pas la justice pour nous alors qu’on devrait être dans notre bon droit".

Car si un procès ne ramènera pas Sandra, il pourrait faire en sorte que d'autres victimes ne partagent pas son sort. "Les faits sont avérés, les preuves sont flagrantes. Que ce soit maintenant ou après, à un moment, il paiera. On prend notre mal en patience, mais en attendant il y a d'autres personnes à protéger, dont cette fille qui est en danger".
 
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