Atteinte d'un cancer du sein triple négatif, Sabrina Piazza a lancé une cagnotte pour se soigner en Allemagne

Sabrina Piazza est atteinte d'un cancer du sein triple négatif et doit débourser 145.000 euros pour financer une immunothérapie suivie d'une vaccinothérapie. En France, le traitement n'est qu'en phase expérimentale, c'est pourquoi la jeune femme doit aller se faire soigner en Allemagne. 

Sabrina Piazza
Sabrina Piazza © Mickael Mathis

"Je vis au jour le jour et je ne me prends pas la tête pour des bêtises", c'est la philosophie de vie de Sabrina Piazza, 41 ans, atteinte d'un cancer du sein triple négatif. Cette lilloise a été diagnostiquée d'un cancer il y a deux ans, en 2019 et se bat encore aujourd'hui. 

C'est lors d'une auto-palpation sous la douche qu'elle se rend compte que quelque chose ne va pas. "Il y avait une petite plaque sur mon sein droit, je suis partie faire des examens, s'en sont suivis des examens d'extension qui ont confirmé une tumeur dans le sein et rien ailleurs". 

12 chimios, 25 séances de rayons et une mastectomie

Elle entame une thérapie. "J'ai eu 12 chimiothérapies, une mastectomie, 25 séances de rayons et j'ai terminé fin janvier 2020". À ce moment-là, tout va bien pour la jeune femme, assistante sociale de profession, qui reprend progressivement sa vie là où elle s'était arrêtée. "J'ai eu un premier contrôle en juin 2020 : échographie, mammographie, tout était bon". 

J'ai eu 12 chimiothérapies, une mastectomie, 25 séances de rayon et j'ai terminé fin janvier 2020.

Sabrina Piazza

L'espoir commence alors à renaître, mais très vite, les choses commencent à se compliquer. "Un certain nombre de signes sont apparus, j'ai eu des migraines récurrentes". Un premier IRM cérébral en septembre ne dévoile rien. Un scanner du dos s'en suit et ne démontre aucune anomalie non plus. Pourtant, les douleurs sont là. 

"J'ai repris mon travail d'assistante sociale en février, j'ai commencé à avoir de petites douleurs, poursuit-elle. J'ai dû faire d'autres examens et on s'est aperçu que j'avais des métastases au niveau des poumons, des lésions cérébrales et des ganglions." Une annonce reçue comme "coup de massue" pour cette mère d'une fille de 21 ans. 

Une cagnotte pour suivre un traitement en Allemagne 

Pour espérer guérir, elle doit suivre une immunothérapie accompagnée d'une vaccinothérapie, "qui permet aux cellules de se défendre toutes seules". Sauf que pour l'instant, cette méthode de traitement est actuellement à l'essai en France et ne lui est pas accessible car elle ne remplit pas les conditions d'admission à l'étude. C'est pourquoi elle doit partir en Allemagne pour le faire. 

 

Mais cette thérapie a un coût faramineux : 145.000 euros qui ne sont pas remboursés. Sabrina Piazza a donc lancé une cagnotte pour faire appel à la solidarité des internautes. En l'espace de 12 jours, elle a réussi à récolter 88 000 euros. "Je m’attendais pas à ce que ça aille si vite, j’ai été agréablement surprise de la solidarité, des initiatives des gens, se réjouit-elle. Les gens viennent spontanément et me demandent s'ils peuvent vendre des bracelets, des vêtements, organiser des cours de zumba, de sport, de danse pour me reverser l'argent."

Elle peut aussi compter sur le soutien de son entourage, un noyau dur, très soudé. Il y également ces femmes atteintes d'un cancer (ou qui l'ont été) et qu'elle a rencontré sur les réseaux sociaux, avec qui elle s'entraide. Des "triplettes", en référence à sa maladie, comme elle, avec qui elle partage conseils et réconfort. Car le plus important pour Sabrina Piazza, c'est la sororité. 

Un message de solidarité 

Et au-delà de son propre cas, la jeune femme voit plus loin et plus grand. "Ce qui est important pour moi, c’est l’entraide et le soutien", explique-t-elle. Lors de sa première chimiothérapie, elle remarquait que les trois quart des patients étaient seuls et n'étaient pas accompagnés. "Je me demandais s'ils étaient seuls chez eux, s'ils avaient des proches, des référents, des personnes positives, des gens qui les portent. Parce qu'après une journée de chimiothérapie, on est crevé, il faut quelqu'un pour nous aider à la maison". 

Dans un élan de solidarité, elle a décidé, malgré sa condition physique, de passer un diplôme universitaire de patient partenaire et référent en établissement en cancérologie à l'université de La Sorbonne. Le but : accompagner des personnes atteintes de cancer pour les aider dans leurs démarches, écouter leurs craintes, leur expliquer certaines choses concernant leur maladie. 

S'il y a bien une chose que j'ai appris, c'est de profiter de chaque instant, de ne pas avoir peur, de ne pas douter de soi.

Sabrina Piazza

"Parfois, les médecins ont tellement de dossiers qu'ils bombardent les patients d'informations, constate-t-elle. Ce que je comprends. Mais ils ne vivent pas de l'intérieur ce qu'on ressent : les douleurs, les peurs, les craintes.". Le patient partenaire est un maillon, il permet de reprendre les informations, de refaire le point avec l'équipe médical et d'être à l'écoute. Un rôle qui tient à coeur à Sabrina. 

Et même si le temps n'est pas forcément aux bonnes nouvelles, elle garde l'espoir de jours meilleurs. Ce cancer lui a permis de voir le monde autrement. "S'il y a bien une chose que j'ai appris, c'est de profiter de chaque instant, de ne pas avoir peur, de ne pas douter de soi, conseille-t-elle. On hésite souvent à faire des choses dans sa vie par crainte de ne pas réussir, de ne pas être à la hauteur, alors que c'est ridicule ! Il faut y aller, essayer, échouer, se relever et rectifier le tir."

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