Lille : 7 ans après, la mère d'Ingrid, retrouvée morte dans la Deûle, pense que l'enquête a été bâclée

© FACEBOOK / DR
© FACEBOOK / DR

Les circonstances entourant la mort d'Ingrid Marchal en 2012 n'ont jamais été élucidées.

Par Quentin Vasseur

"Je suis une maman meurtrie, en colère contre la justice." Près de sept ans après la mort d'Ingrid Marchal, dont le corps a été découvert le 31 décembre 2012 dans la Deûle à Lille, Dominique Blondiaux raconte dans un livre son combat difficile pour répondre à une simple question : pourquoi et comment Ingrid a-t-elle perdu la vie ?

 

"Ma fille n'a été qu'un numéro de dossier"


Ingrid Marchal, 32 ans et originaire de Villers-Outréaux (Nord) et travaillait comme assistante de justice dans une grande banque. Elle vivait à Lille, où elle sortait peu. Le soir du 14 décembre 2012, elle quitte son appartement "sans son sac, sans ses lunettes, en laissant sa lampe de chevet allumée" chez elle. 

Son corps sera retrouvé dans la Deûle le 31 décembre, soit 17 jours plus tard. Démarre, pour cette mère qui ne croit pas à la thèse de l'accident, un parcours du combattant face à une "justice débordée" pour qui Ingrid "n'a été qu'un numéro de dossier."
 

Un chemin de croix qu'elle raconte dans le livre Ingrid, le mystère de la Deûle (éditions Les lumières de Lille).
 

Elle y détaille le parcours de la jeune femme brillante et discrète, sa relation avec son supérieur hiérarchique, marié, plus tard auditionné comme témoin dans l'enquête, mais aussi la découverte du corps, les expertises contradictoires, les courriers qui se perdent ou les magistrats très différents qui se succèdent sur ce dossier.

 

Trois rapports d'autopsie différents


Des embûches et des erreurs, dûes à une "justice débordée", que n'a jamais digérées Dominique Blondiaux. un mouchoir utilisé par les chien pisteurs alors qu'Ingrid n'en utilisait pas, des traces d'ADN qui n'ont jamais été prélevées sur ses vêtements, des fadettes (relevés des communications téléphoniques) mal exploitées... ou encore ces expertises contradictoires, sur des hématones ante-mortem ou post-mortem retrouvés sur le corps d'Ingrid. "Il y a eu un rapport d'autopsie et deux expertises complémentaires demandées par les juges, tous les trois différents alors que ce sont les mêmes légistes qui les ont faits !"

"C'est impossible de se contredire comme ça ! Je ne peux pas accepter ça !" tempête la mère qui a fait de la recherche de la vérité son combat personnel.

Symbole de ces erreurs à répétition : de l'autopsie jusqu'à l'appel, Ingrid est appelée Corinne.
 

 

"Écouter la partie civile, c'est enquêter !"


Plusieurs fois, elle sollicite la troisième magistrate nommée sur cette affaire pour la rencontrer et contester formellement les déclarations du témoin auditionné. "J'avais la preuve, noir sur blanc, qu'il avait menti sur certaines choses" souligne Dominique Blondiaux, mais "la magistrate m'a raccroché au nez. Pourtant, écouter la partie civile, c'est enquêter !" Plus tard, cette magistrate lui enverra un courrier dans lequel elle indiquera que "son emploi du temps ne lui permettait pas de me recevoir".

À chaque année, son rebondissement. Le dernier, en septembre, a pris la forme d'un courrier recommandé de la cour de Cassation confirmant le non-lieu. Malgré tout, Dominique Blondiaux espère encore relancer la procédure : selon son avocat, le fait que des scellés aient disparu devrait à lui seul motiver une réouverture de l'enquête. 

En attendant, elle reste soutenue par des centaines de personnes sur sa page Facebook et reçoit de nombreux messages de soutien. "C'est incroyable !". 

Même si elle se dit "déçue, vraiment déçue" par la façon dont le dossier a été traité, Dominique Blondiaux garde foi, en hommage à la vocation de sa fille défunte. "Ingrid a été assistante de justice, donc je fais confiance à la justice."
 

Sur le même sujet

Les + Lus