Lille : le Père Arthur Hervet, "prêtre des Roms" est décédé

Le prêtre lillois Arthur Hervet, connu pour son engagement inflexible envers la communauté rom dans la métropole lilloise, est décédé ce lundi à l'âge de 82 ans des suites d'une longue maladie. 
Le père Arthur Hervet dans l'un des camps Rom de Lille, en 2013
Le père Arthur Hervet dans l'un des camps Rom de Lille, en 2013 © DENIS CHARLET / AFP
Il était surnommé le "Ratchai"des roms, "prêtre" en langue tsigane. Jusqu'à son décès ce lundi 23 novembre, le père Arthur Hervet n'aura eu de cesse de défendre la communauté rom de la métropole lilloise, n'hésitant pas à interpeller les pouvoirs publics et à parfois créer la polémique.

Sa mort, "laisse un grand vide qui sera difficile de combler, dans les rangs de celles et de ceux qui luttaient contre la stuation insupportable faite aux réfugiés roms, victimes de persécutions à travers toute l'Europe" a déclaré la Ligue des droits de l'Homme de Lille dans un communiqué. 

Une vie consacrée à l'autre

Breton d'origine, Arthur Hervet s'est consacré toute sa vie à aider son prochain. En 1968, il est ordonné prêtre et s'engage auprès de détenus comme aumônier, à la prison de la Santé, puis auprès des prostituées et des SDF, avant de devenir aumônier national des bateliers sur la péniche Je sers à Conflans-Saintes-Honorine.

Son dernier combat se fera à Lille où il arrive en 2006. Un moment qui correspond à l'arrivée massive de populations Roms de Bulgarie et Roumanie, deux pays qui intégrent l'Union Européenne en 2007. Témoin de leur pauvreté et du rejet dont ils sont victimes, le père Arthur Hervet se dédie entièrement à la défense de cette communauté. Avec ardeur. 

Un combattant de la misère

Le prêtre asssomptionniste n'aura jamais peur d'agir, même lorsqu'on lui interdit. En 2010, il installe, juste après Noël, treize familles roms dans une ancienne aumônerie étudiante à Villeneuve-d'Ascq, sans attendre l'aval de la mairie. En 2013, il apporte symboliquement une croix dans le campement de Croix, partiellement évacué la veille, pour dénoncer les multiples expulsions. 
 
Mais son coup d'éclat le plus retentissant a lieu en août 2010. Après un été marqué par une série d'évacuations de campements tsiganes ordonnées par le président de l'époque Nicolas Sarkozy, le prêtre assomptionniste rend symboliquement sa médaille de l’ordre du Mérite mais surtout il déclare : "Je prie, je vous demande pardon, pour que M. Sarkozy ait une crise cardiaque.
 
Il reviendra sur ses propos et les nuancera, mais ses déclarations et ses actions forgeront sa réputation de défenseur indéfectible de la communauté roms.

Un homme irremplaçable

"Pendant 14 ans, il a été constant dans son combat. C'est l'un des premiers à s'être ému de leurs conditions de vie, à donner de la voix devant les élus et les pouvoirs publics", confie Dominique Plancke, animateur du Collectif solidarités-Roms de Lille Métropole. 
 
"Jusqu'au bout, malgré la maladie, il venait aider, distribuer des denrées alimentaires, était inquiet pour le sort des autres",  continue l'animateur, qui a connu le prêtre sur le terrain en 2010. Depuis l'annonce de son décès, le collectif reçoit de nombreuses réactions de membre de la communauté roms qui l'ont connu. "Pour eux, c'est une figure, quelqu'un qui a toujours été à leur côté. C'est l'une des premières personnes qui leur a tendu la main."
 
L'association lilloise Père Arthur ami des pauvres, fondée en 2016 et qui vient en aide aux plus démunis continuera d'honorer l'engagement pris par le prêtre, son combat pour la dignité pour tous. Mais Dominique Plancke l'assure, le père Arthur est difficilement remplaçable, et "même si on s'est préparé à la suite, ce ne sera plus la même chose, il n'y aura plus de Ratchai."
 
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