Parkinson : le traitement "révolutionnaire" du CHU de Lille cherche 30 millions pour s'exporter en Europe

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Écrit par Yacha Hajzler .

La maladie de Parkinson, qui touche 22 000 personnes dans les Hauts-de-France, reste encore très difficile à maîtriser et traiter. Les équipes du CHU de Lille ont obtenu d'excellents résultats avec un essai clinique inédit. Le rendre accessible à toute l'Europe est la prochaine étape.

"Je suis ravi parce que ce que je voulais, c'est aider les patients. Scientifiquement, on a prouvé que c'était vraiment le cas et c'est très gratifiant. On a maintenant une grosse pression : passer à la phase 3, et que ça devienne un vrai traitement à long terme pour tous ceux qui en ont besoin", s'enthousiasme Matthieu Fisichella. Docteur-ingénieur en chimie biologique, il travaille depuis 2013 auprès des équipes du CHU de Lille pour mettre au point un nouveau traitement "révolutionnaire" contre la maladie de Parkinson. 

DIVE, un système créé, développé, et testé à Lille

Développé par les professeurs David Devos et Caroline Moreau, le nouveau système nommé DIVE fonctionne sur le même modèle qu'une pompe à insuline. Alors que Parkinson détruit les neurones dits "à dopamine", impliqués dans la gestion des mouvements et des émotions, cette pompe sera chargée d'envoyer de la dopamine directement vers le cerveau tout au long de la journée. Selon les premiers essais, cette méthode permet de réduire drastiquement le traitement médicamenteux, et les effets secondaires très lourds qu'il entraîne. 

La start-up InBrain Pharma a été fondée par les professeurs Devos et Moreau et Matthieu Fischiella, qui en est l'actuel PDG. "On avait d'excellents résultats pré-cliniques, mais à chaque fois qu'on allait voir un industriel pharmaceutique pour présenter notre projet et le faire développer, on nous disait : "oui, c'est très intéressant, très pertinent, mais est-ce que vous n'avez pas des résultats de tests ?". C'est toujours trop tôt ou trop risqué ! Après plusieurs essais, on s'est dit que le seul moyen de pouvoir avancer au stade clinique, c'était de créer une entreprise", explique Matthieu Fischiella.

30 millions d'euros pour pouvoir vendre en Europe

Quatre patients ont pu bénéficier de ce nouveau traitement de pointe, un chiffre qui devrait être prochainement porté à 12 patients. Pour pouvoir commercialiser le traitement, en France mais aussi en Europe, il est nécessaire de passer par ce que l'on appelle un "essai clinique de phase 3", sur une centaine de patients à travers toute l'Europe. "Il faut assurer l'achat des pompes, payer les hôpitaux, fabriquer le médicament... Cela veut dire du matériel, des équipes, et c'est une structure entière à monter. Cela représente un coût global de 30 millions d'euros, on n'est effectivement pas sur des petites sommes."

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Eric Feurtet, atteint de la maladie de Parkison, fait partie de l'essai clinique du CHU de Lille. ©Martin Vanlaton / France Télévisions

Dès le début 2023, InBrain Pharma va donc soumettre son idée à des fonds français, européens ou internationaux. Le marché américain est en effet envisagé, mais à plus long terme, la France et l'Europe restant la priorité. Aux Etats-Unis, où beaucoup de soins de santé ne sont pas remboursés, le coût du traitement pour Parkinson est estimé entre 2 500 et 45 000 dollars par an (chiffre 2017), selon l'avancée de la maladie. Des sites spécialisés diffusent d'ailleurs des conseils pour aider les malades à payer la facture. 

En attendant de pouvoir mener son essai clinique à grande échelle, le CHU de Lille et InBrain vont s'attaquer à la création d'un site de production pilote, pour le médicament diffusé par la pompe à dopamine. "Le médicament est pour l'instant produit en quantité limitée à la pharmacie centrale de Lille, ce qui était parfait pour cette phase 2. Pour une centaine de patients dans toute l'Europe, il faut une autre structure, plus industrielle."

En France, 200 000 personnes sont atteintes de la maladie de Parkinson, dont 22 000 dans les Hauts-de-France. En Europe, cette maladie concerne 1,2 million de personnes, selon les chiffres de l'Association Européenne de la maladie de Parkinson (EPDA). 



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