TÉMOIGNAGES. Coronavirus : les commerçants lillois soulagés mais inquiets à la reprise : "On ne sait pas où on va"

En ce 11 mai, jour de déconfinement, les commerçants lillois s'affairent. Certains ont préféré retarder l'ouverture de leur boutique mais, ceux qui ouvrent ce jour sont partagés entre le soulagement de pouvoir accueillir de nouveau des clients et l'inquiétude vis-à-vis des risques pris. 

Les commerçants lillois sont partagés entre l'inquiétude et le soulagement lors de cette reprise post-déconfinement.
Les commerçants lillois sont partagés entre l'inquiétude et le soulagement lors de cette reprise post-déconfinement. © NOEMIE JAVEY - FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS
Marquage au sol, distanciation sociale, lavage de mains, ... Dans les commerces lillois, aussi, les consignes sanitaires sont respectées. Un moyen pour les commerçants de rassurer leur clientèle, timide en ce premier jour de déconfinement, mais aussi de se protéger des risques d'être eux aussi contaminés par le coronavirus.

Dans ce salon de coiffure bio, Évelyne Colle et son employée se démènent entre les différents appels de leurs clients : "Les coups de fil ne s'arrêtent pas. Toutes les clientes veulent venir d'un seul coup. Je fais passer en priorité le personnel soignant, puis les personnes qui ne sont pas en télétravail, mais certains ne comprennent pas. Elles veulent un rendez-vous aux horaires habituels", regrette la gérante. Difficile donc d'y voir clair entre les désistements et les clients qui ne veulent pas s'adapter aux nouvelles dispositions. 
 
Malgré la réouverture, l'inquiétude est présente : "On se fait du souci. Je suis sur mes gardes tout le temps, je suis stressée, car je risque ma peau tous les jours. On se demande si on sécurise suffisamment le salon. Il faut continuer en sachant qu'on est en danger."
 

12 000 euros de chiffre d'affaires perdus


Pour réduire les risques, la gérante du salon double les peignoirs, désinfecte les sièges entre chaque passage de clients, limite à trois le nombre de clients dans son magasin et le port des masques devient obligatoire "mais certaines clientes me demandent encore si elles doivent en ramener un", s'étonne dans un rire jaune la coiffeuse. "Les gens ne sont pas conscients du risque."
 
Avec ces deux mois de confinement, Évelyne Colle a perdu près de 12 000 euros. "Ce n'est vraiment pas une bonne période. On va travailler à perte pendant un moment. Je suis donc contente d'être rouverte, mais j'ai peur. Je me rassure en me disant qu'il n'y a qu'un salon de coiffure bio sur Lille donc mes clientes sont obligées de venir chez moi si elles recherchent cette qualité de produit."
 
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Des vêtements mis en quarantaine 


Dans la rue de Béthune, l'une des artères les plus commerçantes de la ville, les clients, peu nombreux, déambulent et passent de boutique en boutique. Certains magasins affichent sur leur devanture qu'ils ne rouvriront pas avant le 13 mai, d'autres attendent encore la semaine prochaine.

Mais dans leur majorité, les magasins de prêt-à-porter sont ouverts. À l'intérieur, les clients n'hésitent pas à prendre les vêtements, à les essayer. Pour Sandy Wambeke, responsable du magasin Morgan, c'est une question de confiance : "Au sein du réseau, on parle de ce déconfinement depuis trois semaines. On a eu le temps de se préparer."
 
© NOEMIE JAVEY - FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS

Pour assurer la santé des clients, de nombreuses mesures ont été prises. "On a mis en place un sens de circulation avec des marquages au sol, les vêtements après essayages sont mis en quarantaine puis on les passe à la vapeur pour les désinfecter, on distribue aussi du gel hydroalcoolique à l'entrée du magasin et on désinfecte les rampes, cabines, portes le plus régulièrement possible." 
 
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"On compte sur les clients pour notre survie."


Une des clientes, un sac de vêtements d'une marque concurrente à la main, se sent en sécurité : "On voit que les consignes ont été mises en œuvre, je suis contente."

L'effectif a aussi été réduit. De six employées, elles ne sont plus que deux : "Pour faire travailler tout le monde équitablement, on est toutes à 20 heures au lieu de 35 heures, et le reste nous est rémunéré en chômage partiel."
 
© NOEMIE JAVEY - FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS

Valérie Wartel, gérante d'une boutique de chaussures, a réussi à conserver son activité en réalisant les achats d'hiver, le travail administratif. Mais, à la fin du confinement, le bilan est dur : "C'est énorme, on a perdu deux mois de travail alors que les charges sont là et que le chiffre d'affaires ne rentre pas. On ne sait pas où on va, on espère que nos clients seront présents. On compte sur eux pour notre survie."
 


 
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