LOSC : avec “une offre de 70 millions d'euros” pour Jonathan Ikoné, l'avenir financier s'annonce-t-il radieux ?

Jonathan Ikoné (à gauche), prochaine grosse vente du LOSC sur le marché des transferts ? / © PHILIPPE HUGUEN / AFP
Jonathan Ikoné (à gauche), prochaine grosse vente du LOSC sur le marché des transferts ? / © PHILIPPE HUGUEN / AFP

Dans une interview au Figaro parue lundi, le président du LOSC affirme avoir déjà reçu une offre de 70 millions d'euros pour Jonathan Ikoné. Après les ventes records de Nicolas Pépé et Rafael Leao cet été, le "trading joueurs" va-t-il gonfler durablement les revenus du club nordiste ?

Par Yann Fossurier

"Nous avons refusé pour à peu près 190 millions d’euros de transferts sur cinq joueurs cet été", a affirmé lundi Gerard Lopez au Figaro. "Il y a notamment eu une offre de 70 millions d'euros pour Jonathan Ikoné en provenance d’Italie. Si nous étions à Lille uniquement pour faire du trading et de l’argent, comme certains le disent, nous aurions pu faire des ventes pour 360 millions d'euros. Mais on ne l’a pas fait. Au contraire, on a été l’un des clubs les plus actifs en termes d’investissements (86,50 millions d’achat pour 165 millions de vente)."

En clair, après les ventes records de Nicolas Pépé (80 millions d'euros à Arsenal) et Rafael Leao (35 million, bonus inclus, au Milan AC), le président lillois en a gardé sous la semelle pour les prochains mercatos, afin d'assurer au LOSC d'importantes rentrées financières à moyen terme.
 

Contrairement à ce que sous-entend, avec une pointe d'ironie, Gerard Lopez, le "trading joueurs" ne vise pas à vendre chaque joueur à la première offre intéressante reçue, ce qui aurait pour conséquence d'appauvrir l'actif du club tout en l'affaiblissant sportivement.

Or le LOSC a besoin de briller sportivement, en Ligue 1 comme sur la scène européenne, pour "booster" des revenus commerciaux (droits TV, billetterie...) et valoriser son effectif. Nicolas Pépé n'aurait sûrement pas été vendu 80 millions d'euros cet été si les Dogues avaient de nouveau terminé le saison en bas du classement, comme ce fut le cas à l'issue de l'exercice 2017-2018 où le club nordiste a échappé du peu à la relégation.   

En restant compétitif sportivement, le LOSC se rend aussi plus attractif aux yeux des jeunes joueurs à fort potentiel qu'il cible pour son recrutement.
 

Vendre et acheter au bon moment


L'important, comme sur les marchés boursiers, c'est également savoir acheter et vendre au bon moment pour maximiser ses profits. "C’est une combinaison d’anticipation et de respect des promesses", indique Gerard Lopez au Figaro, sur le volet recrutement. "Dites à des jeunes joueurs : "Dans deux ans, on viendra te chercher ", peu d’entre eux vous croiront, car le monde du foot est ainsi fait. C’est pourtant notre discours. On prend contact avec les joueurs minimum un an avant leur éventuelle arrivée, souvent beaucoup plus tôt. Ils connaissent le projet et savent qu’ils viendront dans un club où les jeunes joueurs sont respectés."
 
Gerard Lopez et son associé Marc Ingla, directeur général du LOSC. / © FRANCK FIFE / AFP
Gerard Lopez et son associé Marc Ingla, directeur général du LOSC. / © FRANCK FIFE / AFP

En s'ouvrant cette année les portes de la Ligue des Champions, le LOSC s'est offert d'importants revenus supplémentaires (au moins 40 millions d'euros entre les droits TV et les recettes commerciales des matches européens) mais aussi la meilleure des vitrines : ses joueurs vont avoir l'opportunité, dès ce mardi soir contre l'Ajax, de s'illustrer face à de grands noms du football dans des matches retransmis en direct dans le monde entier. Et donc de prendre encore davantage de valeur.
 
Avant même le coup d'envoi à Amsterdam, certains joueurs lillois ont déjà vu leur cote flamber ces dernières semaines, si on se fie aux dernières évaluations publiées en Suisse par le CIES-Observatoire du Football.
 

Jonathan Ikoné, 21 ans, appelé pour la première fois en équipe de France avec laquelle il a inscrit un but, est désormais estimé entre 50 et 70 millions d'euros (le LOSC devra toutefois reverser un important pourcentage de la plus-value au précédent club du jeune milieu offensif, le Paris SG).
 

► Jonathan Bamba, 23 ans, le troisième mousquetaire de la fameuse "BIP-BIP" (Bamba-Ikoné-Pépé), le redoutable trio offensif lillois de la saison dernière, est coté entre 40 et 50 millions d'euros.

Victor Osimhen, 20 ans, arrivé cet été de Charleroi (Belgique) pour 12 millions d'euros (hors-bonus), occupe la tête du classement avec 5 buts inscrits en 5 journées. Il est déjà évalué entre 30 et 40 millions d'euros et ça ne va sans doute pas s'arrêter là.  "Lille va le vendre très cher, ce sera peut-être le joueur qu'ils vendront le plus cher de toute leur histoire !", estime Mehdi Bayat, l'administrateur délégué de Charleroi, son précédent club, dans une interview qu'il nous a accordée. "Ils ont déjà fait pas mal avec Nicolas Pépé, mais pour moi, ce sera au-dessus".

 


Yusuf Yazici, international turc de 22 ans, acheté pour un peu plus de 16 millions à Trabzonspor, vaudrait déjà entre 20 et 30 millions, du simple fait de jouer désormais en Ligue 1 et en Ligue des Champions.

► Zeki Çelik, autre international turc de 22 ans, a été recruté l'an dernier à Istanbulspor (2e division turque) pour seulement 2,5 millions. Sa cote est aujourd'hui située entre 20 et 30 millions.

 
Yusuf Yazici et Zeki Çelik, tandem turc à fort potentiel économique pour le LOSC ? / © PHILIPPE HUGUEN / AFP
Yusuf Yazici et Zeki Çelik, tandem turc à fort potentiel économique pour le LOSC ? / © PHILIPPE HUGUEN / AFP

Et ce ne sont là que quelques exemples...
 

Un modèle pérenne ?


Pour financer les investissements dans des jeunes joueurs à fort potentiel sportif et économique après son rachat du LOSC en 2017, Gerard Lopez a dû emprunter plus d'une centaine de millions d'euros via des obligations souscrites notamment par le fonds spéculatif américain Elliott Management. Une prise de risque qui a inquiété la Direction Nationale du Contrôle de Gestion (DNCG) qui avait interdit le club nordiste de recrutement lors du mercato d'hiver 2018 puis l'avait maintenu sous contrôle étroit jusqu'au printemps dernier (masse salariale et indemnités de transferts encadrées).    

Les bons résultats sportifs de la saison dernière, la qualification pour la lucrative Ligue des Champions, les ventes de joueurs et la recapitalisation effectuée en début d'année (abandon de 142 millions d'euros de dettes qui devront cependant être remboursées par Gerard Lopez et sa holding luxembourgeoise, Lux Royalty) ont permis depuis de rassurer le "gendarme financier" du football français. Le LOSC semble même faire école désormais, si on juge les projets relativement similaires qui commencent à émerger du côté de Bordeaux ou de Nice. 
 

"J’étais persuadé, et je le suis encore plus aujourd’hui, que, pour un club qui n’a pas les moyens du PSG, la seule façon d’être compétitif nécessite de laisser partir deux, trois, quatre joueurs chaque année",  explique Gerard Lopez au Figaro. "J’étais aussi convaincu que ça ne pouvait se faire que sur une base très jeune, car les joueurs expérimentés ont des salaires trop élevés et intéressent peu le marché. Ils sont aussi moins malléables".  

Le LOSC prouve aujourd'hui que ce modèle peut être rémunérateur et efficace à court terme, à condition toutefois que les départs n'affaiblissent pas excessivement l'effectif, comme ce fut le cas ces dernières années à l'AS Monaco. Le club de la Principauté a vendu à prix d'or les joueurs clés qui lui avaient permis de remporté la Ligue 1 en 2017 et d'atteindre les demi-finales de la Ligue des Champions (Kylian Mbappé, Bernardo Silva, Thomas Lemar, Fabinho, Tiemoué Bakayoko, Benjamin Mendy...). Depuis c'est le declin...  les nouvelles recrues ne s'étant pas révélées à la hauteur de leurs prédécesseurs. Monaco a ainsi joué le maintien la saison dernière et son début de championnat cette année n'est guère reluisant... 

Pour éviter pareille mésaventure, le LOSC s'appuie sur un homme clé, qui fut aussi celui de Monaco jusqu'en 2016 : Luis Campos, conseiller sportif de Gerard Lopez.
 
Luis Campos (à droite) en janvier 2017. / © DENIS CHARLET / AFP
Luis Campos (à droite) en janvier 2017. / © DENIS CHARLET / AFP

Le Portugais et son équipe de scouts ont su jusqu'à présent recruter malin et efficace, malgré quelques ratés (Anwar El Ghazi, Farès Bahlouli, Thiago Maia...). "Luis est le moteur de nouvelles idées pour Christophe (Galtier, l'entraîneur du LOSC NDR) et moi", souligne Gerard Lopez dans son interview au Figaro. "Quand il vient nous voir pour nous dire que Domagoj Bradaric, un espoir de l’Hajduk Split, sera l’un des meilleurs latéraux du monde ou que Tiago Djaló, un jeune Portugais qui n’a jamais évolué en première division, sera titulaire dans notre défense centrale, et que cela fonctionne plus tard sur le terrain, c’est bluffant".

Mais combien de temps Luis Campos, maillon essentiel du projet, restera-t-il à Lille ?  " Luis est pas mal sollicité, c’est vrai", reconnaît le président du LOSC. "Mais il est très heureux au club, où il jouit d’une grande indépendance et de beaucoup de liberté. Il est lié par contrat au LOSC à très long terme via sa société. Et je ne parle pas de deux ou trois ans. Mais il n’est pas pour autant menotté". Gerard Lopez se dit pêt à accepter notamment que d'autres clubs puissent accéder, moyennant finances, à la très riche bases de données que Campos et son équipe ont constitué en supervisant plusieurs milliers de joueurs, le Portugais ne travaillant pas directement pour le LOSC, mais pour Scoutly Limited, une filiale externalisée.   
 

Jusqu'à présent, le LOSC a aussi bénéficié de l'inflation du marché des transferts (+25% par an sur les cinq dernières années selon le CIES-Observatoire du Football). Mais les prix des joueurs vont-ils continuer à flamber ou cette bulle financière finira-t-elle par retomber, voire éclater ?  "On voit (...) une diversification des modalités de paiements, par exemple avec les prêts, les prêts avec obligation d’achat ou encore des paiements échelonnés sur plusieurs années", constate Raffaele Poli, directeur du CIES, dans un récente interview au journal suisse Le Matin. "Cela montre qu’on s’approche de la limite de ce système. (...) C’est une sorte de chaîne alimentaire, quelque part, mais il n'y a pas tant de gros poissons que ça. Si les gros décident d’investir des grosses sommes, toute la chaîne se met en marche. Mais s’ils décident, pour X ou Y raison, de ne pas trop investir, toute la chaîne pourrait en souffrir."

Cela ne semble pas vraiment tracasser Gerard Lopez qui a fait part au Figaro de ses projets de développement pour les années à venir. "Nous allons regarder avec quelles associations il est possible de travailler pour notre projet de club omnisport", indique ainsi le président lillois. "Nous souhaitons aussi collaborer avec des clubs à l’étranger. Nous avons de très bonnes relations avec des clubs portugais (le LOSC a un partenariat avec Belenenses SAD, auquel il a prêté 5 joueurs cette saison et cédé un autre NDR), mais cela peut être dans d’autres championnats. Le LOSC va aussi continuer à se renforcer financièrement dans les mois à venir. S’il fallait le résumer, notre projet est basé sur l’anticipation dans tous les domaines : le scouting, les achats et ventes de joueurs, mais aussi la finance. Dans ce domaine-là, je pense que nous sommes potentiellement " top 2" en France".
 

"Aujourd’hui, je suis président d’un gros club de Ligue 1, et qui est parti pour le rester. Il faudra compter sur le LOSC pour les dix ou quinze années à venir", conclut-il, optimiste.

 

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