Emploi, santé, patrimoine : quelles avancées pour le Pacte Sambre-Avesnois-Thiérache ?

En novembre 2021, Emmanuel Macron était venu dans l'Aisne acter le redéploiement du Pacte Sambre-Avesnois-Thiérache. Un chantier transversal mêlant actions pour l'emploi, la santé, le patrimoine ou la mobilité. Un an plus tard, les partenaires ont communiqué un premier bilan.

Un nouveau point d'étape pour un chantier monstre qui doit transformer radicalement tout un territoire. La préfecture des Hauts-de-France a diffusé ce 7 février le premier bilan de l'acte II du Pacte Sambre-Avesnois-Thiérache. C'est Emmanuel Macron lui-même qui s'était déplacé dans l'Aisne, en novembre 2021, pour acter la prolongation de cet ambitieux programme. 

Le premier acte du SAT, une "belle réussite"

L'acte I, signé en novembre 2018 à Sars-Poteries, engageait l'Etat, les départements de l'Aisne et du Nord, les intercommunalités et les communes du territoire vers un objectif commun. A l'époque, les chiffres de l'INSEE attestent des "difficultés socio-économiques" de la Sambre-Avesnois-Thiérache :  le taux de chômage moyen est affiché à 20,8%, soit sept point de plus que la moyenne nationale.

Ce territoire de 311 communes et quelque 300 000 habitants est aussi en proie à la désertification médicale : la zone compte en moyenne 71 médecins généralistes pour 100 000 habitants, 20 points de moins que la moyenne nationale. 

Le Pacte SAT veut donc s'atteler à développer l'emploi et la santé mais aussi la mobilité, la sécurité ou le patrimoine. La première mouture achevée, le bilan du Pacte I est largement salué d'un bout à l'autre de l'échiquier politique. 

Parmi les belles réalisations de l'acte I du Pacte SAT, on trouve notamment l'ouverture au public du nouvel hôpital de Maubeuge et les cinq projets de maisons de santé validées par l'ARS.  Sur le volet sécurité, la construction d'un nouveau commissariat à Aulnoyes a été financée et entamée, tout comme la nouvelle caserne de Solre-le-Château.

Pour Bernard Baudoux, maire communiste d'Aulnoye-Aymeries et président de la communauté d'agglomération Maubeuge-Val de Sambre, "sur le Pacte I et II, c'est un bilan très, très positif, même si tout n'est pas parfait. C'est la première fois qu'autant de moyens financiers sont mis à disposition de notre territoire et à partir des projets qui ont été conçus sur le territoire. Je pense que nous allons faire un bond en avant."

Les travaux de la RN2, symboles de continuité

Projet phare également, le chantier de la mise à 2X2 voies de la RN2, entre Avesnes-sur-Helpe et Laon, réclamé de longue date sur le territoire, est lancé.

Les partenaires ont donc voulu poursuivre l'effort ensemble. Un an plus tard, la préfecture livre le premier bilan de l'acte II. Selon le chiffre avancé par l'autorité territoriale, "au total, les partenaires ont mobilisé 172 millions d'euros en faveur du territoire."

La continuité de l'action territoriale est illustrée dans ce point d'étape par les avancées de la mise en 2x2 voies de la RN2. Selon le bilan préfectoral, cette modification en profondeur a déjà été réalisée "sur plus de 80 % de l’itinéraire entre Paris et Laon et le sera sur environ 50 % de la section située entre Avesnes-sur-Helpe et Maubeuge à l’horizon 2025".

L'enjeu est jugé central pour travailler sur le désenclavement du département de l'Aisne et les élus du territoire se sont battus pour que l'élargissement soit mené dans sa totalité, jusque Paris. 

Le Pacte II a aussi confirmé l’opération du contournement d’Avesnes-sur-Helpe sur le trajet de la RN2, un autre volet important sur l'aspect des nuisances résidentielles. Les travaux ont commencé en avril 2022. 

De nouvelles entreprises pour de nouveaux emplois

Au titre de leurs réussites, les acteurs du pacte vantent les avancées sur le volet de l'emploi, à commencer par les infrastructures. Le bilan met en avant l'implantation d’une zone d’activité économique sur le site de la Marlière, à Feignies. Ce site dit "clé en main" de 35 hectares a vocation a accueillir le secteur industriel mais aussi artisanal et tertiaire "afin de créer un écosystème propice au développement du territoire."

La Communauté d'Agglomération Maubeuge-Val de Sambre a lancé en décembre 2022 un appel pour trouver un constructeur immobilier, qui serait aussi en charge de la gestion du complexe. 

Dans le même esprit, deux réalisations seront finalisées en 2023 dans le secteur. D'abord, à Guise, la création d'une "boutique apprenante" qui permettrait de développer des initiatives locales vertueuses sur le plan écologique et sociale. La préfecture note également à l'ordre du jour "l'implantation d’un atelier d’abattage et de transformation de la volaille."

Enfin, le pacte a soutenu les efforts des départements envers le retour à l'emploi des bénéficiaires du RSA. La semaine "Réussir sans attendre", organisée en novembre, a mobilisé en 2022 quelque 1600 allocataires. 155 d'entre eux sont repartis avec une promesse d'embauche, 32 autres avec une entrée en formation. Cinq jours supplémentaires seront alloués à cette initiative en 2023. 

De nouveaux habitants au Familistère de Guise

Sur l'aspect attractivité, les acteurs du Pacte n'ont pas non plus négligé la valorisation patrimoniale. Le Familistère de Guise, monument classé de l'architecture ouvrière, accueillera de nouveau des résidents. 78 logements vont être réhabilités et mis aux normes en termes d'accessibilité.

Les partenaires du projet espèrent y accueillir des jeunes actifs et des seniors dès 2024 pour créer une résidence intergénérationnelle. Près de 2,5 millions d'euros sont investis pour cette transformation portée par l'Etat et le département de l'Aisne. 

Les investissements dans ce deuxième volet du Pacte SAT ont aussi bénéficié au forum antique de Bavay, l'un des mieux conservés en Europe. Les vestiges de ce carrefour stratégique du monde romain sont désormais couverts et protégés par une infrastructure permanente qui devrait permettre au site historique de diversifier ses activités. 

Sur le volet santé, des avancées trop fragiles

Sur le volet tout aussi central de la Santé, les chantiers du Pacte SAT se sont focalisées autour du dispositif des Maisons de Santé Pluridisciplinaires (MSP). Le 1er octobre 2022, la MSP de Jeumont a ouvert ses portes "avec 19 praticiens : médecins généralistes, infirmières, kinésithérapeutes, dentistes, pédicure-podologue" détaille la préfecture. Des services qui devraient encore s'étendre puisque "des vacations en diététique et gériatrie et des consultations du planning familial et service prévention santé du Département y seront aussi organisées".

L'acte II du SAT a aussi bénéficié à des maisons de santé déjà existantes pour les rendre plus attractives. Ainsi, la MSP d'Aulnoyes a pu faire l'acquisition d'un rétinographe, un équipement qui permet de détecter certaines pathologies de l'oeil. La MSP de Maubeuge, elle, s'est équipée d'un fauteuil podologique. Enfin, la MSP de Haumont a pu rénover les logements situés au premier étage, qui permettront d'accueillir un médecin et quatre internes en colocation. 

A citer également, le projet de reconstruction de l'EHPAD de Landrecies, aujourd'hui vétuste. La capacité d'accueil de 45 lits ne sera pas augmentée mais la résidence sera relocalisée en centre-ville. Avant tout, le projet met l'accès sur la qualité de vie et le partage : l'EHPAD sera structuré autour de maisonnées abritant chacune 7 ou 8 résidents et les espaces communs ouverts à tous les habitants de la ville. 

Malgré ces réalisations, pour le président d'agglomération Bernard Baudoux, le volet santé reste le moins abouti. "Nous n'avons pas assez de médecins pour proposer des maîtres de stages aux internes et ils ont trop de travail. Et si les internes ne trouvent pas de place chez nous, il n'y a aucune chance qu'ils reviennent plus tard exercer. Les MSP sauvent les meubles mais il n'y a simplement pas assez de professionnels et le chiffre continue de baisser. Il y a une vraie volonté, mais on n'avance pas assez vite", déplore-t-il. 

Les élus locaux espèrent donc voir s'intensifier les efforts en faveur de la lutte contre la désertification médicale.